Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Julia Williamson

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JULIA WILLIAMSON : HUMAINS TROP HUMAINS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Le monde de Julia Williamson est peuplé de gremlins et autres elfes. Mais ne nous y trompons pas : ce sont nos semblables, nos frères. Il est vrai que de part son métier de base (infirmière psychiatrique) l’artiste a compris nos avatars et les monstres qui nous habitent. Encore faut-il être capable de les restituer. L’artiste le fait. Car elle a trouvé un langage approprié et la matière adéquate. De son village du Grésivaudan, entre Isère et Savoie, elle a travaillé plusieurs années à la restauration d’archives, de livres et de cartes. Elle a appris la complexité d’un élément apparemment basique : le papier. Ecoutons là parler de son évolution : « Mes premières créations furent des fées et des lutins, mélange de rêves et de réalité, en pâte polymère. Avec l’envie de modeler et de sculpter des créatures de dimensions plus imposantes, le papier mâché c’est imposé à moi comme La Matière. La colle que j’utilise est composée d’eau et d’amidon de maïs que je laisse mijoter quelques minutes.Son lieu de vie est d’ailleurs propice à la matière choisie. La vallée où elle s’est installée fut un des hauts lieux de la fabrication du papier avant de devenir une terre des maïs.

Recyclant la matière l’artiste la décale afin de créer un bestiaire et une humanité aussi improbable que réelle. Elle fait sourdre par ses créations des joies et des terreurs enfantines. Afin de mieux nous voir, il convient donc de regarder ses créatures. Leur lointain fait leur proximité. Nous retenons de tels personnages car ils nous touchent, nous émeuvent et nous font rires (peut-être afin de mieux nous apprivoiser). Et nous ne cessons d’en chercher dans leur matière frustre nos indices, nos traces, la rencontre impossible avec notre inconscient, ce seuil infranchissable.  Julia Williamson provoque le désir du partage mais, aussi, un nécessaire écart.  Ses monstres » sont autant d’hommages à ce qui nous taraude. Car l’artiste nous ne rêve pas en images elle nous plonge dans un gouffre sans fonds que les mots ne ferraient que contourner. A ce titre le papier « mâché » prend tout son sens. Il bouffe les mots et a recours à l'innommable.

La voix intérieure devient geste, attitude là où l’artiste sacrifie le détail à la vue de l’ensemble. D’où cette dérive en forme d’approche, cette approche en forme de dérive. Avec autour comme une musique venant de partout, venant de nulle part. Quelqu'un parle à travers le corps papier. Quelqu’un au fond de nous. Il semble connaître le mystère que nous ignorons. C’est en ce sens que les elfes et gnomes de l’artiste interpellent. Jusque dans quel gouffre  et vers quelle faille ? Julia Williamson ne le dit pas. Reste que sous l'écume de ses gestes de création un océan de  joie, un autre de terreur émergent. Soudain des choses ignorées dévalent de la tête et des doigts de l’artiste pour nous les faire savoir. Des êtres nous regardent comme nous les regardons en un étrange effet de miroir.  Ils  ne disent rien mais nous attendent et nous toisent. S’ils ne disent rien, ils n’en pensent pas moins. A nous de tenter de nous les approprier puisqu’ils nous appartiennent.


Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.