Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

René Wirths

Cent énigmes de la peinture
de Gérard-Julien Salvy

Depuis des siècles, le langage de la peinture est riche en énigmes ou équivoques mystères du modèle ou de la main à laquelle on doit l'oeuvre, incertitude quant à l'identité du sujet, incohérence de sa représentation, contradiction troublante entre le titre du tableau et ce qui est montré, jeux illusionnistes liés aux vertiges du regard et au contenu crypté. Ce livre dévoile cent de ces secrets. Au terme de sa lecture, vous ne regarderez plus les tableaux comme avant!

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LES PARADOXES DE LA REPRESENTATION SELON WIRTHS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

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René Wirths, « La Vie », 13 mars – 14 avril 2010, Galerie Templon, Paris.


Né en 1967, René Wirths vit à Berlin depuis 1970. Il s’attache à peindre de manière réaliste des objets du quotidien afin d’en saisir et d’en fixer l’apparence : vélos, chaises, échelles, machine à coudre, cassette, fils, outils… Le peintre ôte tout contexte à l’objet ce qui en accentue tous les détails. Ceux-ci déterminent la taille de la toile, dont le fond est toujours blanc. « René Wirths est un peintre et il n’a jamais utilisé d’autre medium. Il était peintre avant que le marché de l’art crie à la « redécouverte de la peinture » pour l'énième fois. « Pour ce créateur, la peinture est et demeure la meilleure façon de percevoir la réalité et de la capturer de manière artistique » écrit Julia Trolp dans le catalogue publié à l’occasion d’une exposition à Berlin en 2007.

Lors de sa première exposition à la Galerie Daniel Templon en 2008, l’artiste proposait un ensemble de douze « natures mortes » spectaculaires : des objets de la vie quotidienne démesurés et parfois étrangement rétro. Vélosolex, cassette audio, pinceau, échelle. Tous étaient représentés de strict profil avec un réalisme saisissant. Avec « La Vie » il pousse un peu plus loin son expérience  avec des papillons, des portraits des dessins d’enfant chiffonnés et d’autres stigmates de la fragilité de l’existence. Tous ces « objets » sont exécutés stricto sensu en un réalisme saisissant.

René Wirths entre art conceptuel et hyperréalisme,  fait « poser » ces « choses » dans son atelier. Il les couche sur fond blanc tels quels afin qu’ils attrapent la lumière ambiante. Ses oeuvres gardaient souvent jusque là la marque de ce lent processus puisque l’artiste reproduisait sur la surface même des objets la réverbération des fenêtres de l’atelier ou bien le reflet de son propre corps en train de peindre l’objet. Désormais il radicalise encore sa préhension. Plus question de tels « accidents ». Il montre ainsi combien le visible et l'énonçable sont plus complexes qu'un simple principe d'évidence.

La visibilité de son « Schmetterling » (Papillon) en reste la parfaite illustration à travers les  tours et des détours de l'ombre et de la lumière et la répartition du visible sur les ailes de l’animal.  L’artiste le réinvente de toute pièce  jusqu’à ce qu’il devienne plus « vrai »  et concentré dans le secret de son « animalité ». De l'évidence de vérité à la vérité d'évidence le pas n'est donc jamais si loin. Face au leurre de cette évidence la seule rébellion demeure le secret de l’image.  Elle ne crée plus un mur entre la lumière et l'ombre, entre le visible et l'invisible, mais le perce. Tout fonctionne entre le primat des régimes et des dispositifs de visibilités sur les façons de voir et de  percevoir qui viennent mettre à mal les vérités d'usage. Le « Papillon » n'impose rien et d’une certaine manière il se cache.. Cela ne veut pas dire qu'il avance pour autant forcément masqué. Il peut aussi représenter en son silence  le  langage obligé venant s'inscrire en faux contre les lettres d'or de la "loi" de la réalité.

Dans sa réserve  la peinture hyperréaliste donne ainsi de l'existence contre l'essence. L’objet n’est plus instrumentalisé à savoir qu’il recèle ni couleur morale, ni volonté de puissance D'où sa nécessité afin d'affirmer - contre le bonheur que toute idéologie d'une société veut nous vendre - une "grâce" particulière et obsédante. Ni nimbé d’absurde félicité ni instigateur d’un abus de confiance, les objets peints par l’artiste berlinois n’ont plus besoin de nier ou d'affirmer. Il ne faut pas chercher ce qu’il cache, mais juste se laisser prendre à perte de vue en leur propension païenne contre le religieux que tout objet porte en lui dans notre société ou dans la peinture. Demeure un  vertige étrange qui s’inscrit contre la loi de la représentation mais au cœur même de celle-ci. Le plus lumineux n’est plus ce à quoi l’objet nous fait penser mais son injonction à nous  plier face à ce que nous voyons.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.