Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

XU Zhen

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


XU Zhen

XU Zheng est né en 1977 à Shanghaï. Il vit et travaille à Shanghaï.



C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale.
En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.


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Le Shanghaï de XU Zhen agir pour gravir

par Jean-Paul Gavard-Perret

Xu Zhen
XU Zhen - Tai Wan Dao
courtoisie ShanghArt Gallery

Xu Zhen joue un rôle important dans la construction du nouveau paysage artistique chinois. Il a créé à Shangai avec l’Italien Davide Quadrio « BizArt », centre d’art indépendant à but non lucratif qui fut pionnier en Chine lors de sa création à la charnière des deux millénaires (50 Moganshan Road, Building 7, 4/F, Shanghai 200060, P.R.C.www.biz-art.com). En 10 ans près de 220 manifestations y ont été organisées avec un fort accent mis sur les nouveaux médias - vidéos, photographies digitales, installations. Le centre est donc devenu une référence en matière d’art expérimental.

Rappelons à ce propos que légalement, en Chine, il est interdit de développer un système associatif ou une organisation non gouvernementale. C’est par le biais de sociétés privées (dans le cas qui nous intéresse la Shanghai BizArt Consultancy Limited) que transitent les activités commerciales. Design graphique, scénographie muséale, consulting artistique pour les institutions publiques ou les sociétés privées, recherche de partenaires financiers (en l’occurrence, toutes les institutions des pays européens sur place) garantissent l’autonomie et la liberté de « BizArt » et permettent d’échapper à la mainmise de l’état. Toutefois l’équilibre financier d'une telle institution reste précaire, Xu Zhen et Davide Quadrio doivent jouer souvent les équilibristes comme tous ceux qui se lancent dans une aventure comparable.

 

Aujourd’hui, Xu Zhen est invité dans toutes les grandes manifestations internationales comme la Biennale de Venise, à la FIAC, à la Biennale de Lyon. Mais il continue d’assurer les liens de BizArt avec la communauté artistique chinoise dans une ville, Shanghai, qui se distingue par sa croissance démographique phénoménale, par la rapidité des changements culturels et environnementaux. La rencontre entre le communisme de naguère et le capitalisme, la conflagration entre un univers axé sur la main-d’œuvre et les nouvelles technologies y sont frappantes. Shanghai, qui se reconstruit constamment, défait et refait au fur et à mesure les liens sociaux. La ville est devenue un non-lieu surmoderne et Xu Zhen à travers son œuvre en offre une lecture passionnante et passionnée.

La ville qui était connue dans les années 1930 comme la perle de l’Orient garde quelques vestiges de cette époque au sein de sa démesure actuelle. Cela laisse peu de place à l’humain comme le montre le travail de Xu Zhen. Il explore ce qu’il nomme « être-en-commun » au sein de la nouvelle donne économique. Plus particulièrement l’artiste pénètre l’intime et le sociétal à travers les usages du corps. Le territoire de chacun, la matérialité du corps, l’utopie présente dans la vie de tous les jours et en un univers en flux incessant, sont des axes de sa recherche au sein d’un univers en constante transformation, flexible et liquide dans sa forme. Surgie et ressurgie de sa terre, le ville vue par Xu Zhen n’est pas qu’un jaillissement d’étoiles. L’artiste sait y déceler le frustre et les frustrations et les profondes failles.
Derrière l’apparente résurrection nous percevons d’autres images d’un monde moins phosphorescente que l’on croit. Quel autre privilège accorder à l’art qu’une vision au futurisme paradoxal et modéré puisqu’il contient une foi dans le futur tout en proposant en même temps une critique afin que les perdants de « new deal » ne soient pas trop oubliés ?

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.