Yan Pei-Ming ou l'anti-portrait.
par Jean-Paul Gavard-PerretYan Pei-Ming : "L'homme le plus puissant"
Huile sur toile - FRAC Auvergne
Un autoportrait, une tête de Bouddha, un militaire et des visages anonymes, un portrait (déformé) du président Mao en gisant font partie des peintures monumentales chère à Yan Pei-Ming pour qui l'art est le moyen le plus simple de s’exprimer. Il compose de grands panneaux (dans une sorte de style graffiti à grands coups de brosse, à l’aide d’une gamme chromatique réduite au noir et blanc. Ce peintre n’est pas à proprement parler dans l’esprit de la dissidence. Son point de vue iconographique est moins politique qu’ontologique. La thématique centrale de l'oeuvre demeure l’homme en général plus que l’homme chinois en particulier. Ming cherche à cerner le premier à travers ses grands visages qu’il maintient à mi-chemin entre l’anonymat et l’individualité et son travail peut être considéré comme une sorte de portrait universel. « Ce que je peins dans la permanence est au fond une idée de cette humanité » écrit celui qui opère une synthèse entre la conception occidentale qui pense la vie et l’homme comme un processus d’individualisation, et la culture chinoise dont il hérite, dans laquelle la notion d’individu est sinon absente du moins présente de manière différente.
Chacun de ses portraits suggère une histoire tout en conservant sa part d’opacité. Sa figure de Mao, qu’il a peinte à de nombreuses reprises dès le début de sa carrière, ne fait pas d’exception à la règle. Car si les traits du dirigeant chinois sont globalement reconnaissables, son visage n’en est pas moins flou, comme effacé par les coups de pinceau : la peinture le rend à l’anonymat. Représenté, embaumé sur son lit de mort, il est à la fois l’idole qui s’est imposée à la mémoire collective, et un homme parmi d’autres, se confondant avec le reste de l’humanité dans la mort. Cette œuvre confirme ce que Ming affirme des visages qu’il peint : « Quand je fais un visage, il est tout à fait autonome et ne représente pas un personnage précis. Je travaille sur l’anti-portrait ». C’est bien là le paradoxe d’un peintre qui n’en manque pas et qui doit paradoxalement ses succès au portrait.
Yan Pei Ming est donc un cas particulier dans la peinture du temps. Plus passéiste que ses confrères, moins engagé qu’eux, ce qui le rend intéressant demeure son opacité face à lui-même, face à la peinture et à la société. Celui qui disait « A quoi sert de manger du riz quand on est sur le point de mourir et qu’on va êtres gorgé d’étoiles et de rien », crée lentement une œuvre à la fois gigantesque (par ses dimensions) mais tout compte fait intimiste. Certes il ne se pose pas de question sur les transparences ou l’opaque des demains. Ce qui intéresse celui qui se proclame « le survivant » demeure les invariants humains révélés au sein d’une peinture à l’instinct. Certains la jugent sommaire et d’autres proche de celle d’un Bacon. Yan Pei Ming ne s’en soucie guère car au moment où il sera saisi par le foudre dernière (dont dit il « la cendre me brûle déjà ») d’autres viendront pour continuer sa quête esthétique de l’humain trop humain et de ses dégâts.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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