Artistes de référence

Yolande Bastoni


Yolande Bastoni

Yolande Bastoni née en 1961 à Martigues. Ecole des Arts Décoratifs de Nice et Ecole des Beaux-Arts d’Aix-en-Provence.
Y. Bastoni, présente dans de nombreuses collections publiques ou privées, est invitée régulièrement à des grands salons nationaux et internationaux.


Yolande bastoni : le site


Comme un air de jamais vu.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Si Yolande Bastoni crée des artifices de dévoilement par une polyphonie de formes et de couleur ce n'est pas pour lever les masques. Ce n'est pas non plus pour démystifier le secret ou en montrer l'inanité, le trompe l'œil, pas plus que l'argutie méphistophélique. Ses dispositifs sculpturaux viennent remythifier le réel et montrer qu'il n'existe que là où nous croyons le cacher. L'artiste multiplie donc les masques dans les figures "de rien" . Mais en usant de ce subterfuge elle montrer "tout".

Il n'est a priori une arme privilégiée pour ces mouvements, ces glissements de matière et de sens : l'humour. Yolande Bastoni met en représentation ou en scénarisation le réel autant pour s'en amuser, que pour l'expliciter. Elle sait que la réalité ne s'explique pas en dix leçons. Elle l'exhibe par des colifichets (des colis fichés) pour s'en amuser et n'offrir au "mateur" que du leurre même s'il s'agit, ici, de tenter de disséquer, d'épuiser par divers points la réalité.

La créatrice ne prend pas soin de nous. Elle fait mieux : elle nous secoue par ces "airs de jamais vu", pas les fantasmagories de son imaginaire. Adepte de l'écart ironique elle nous prend en sandwich entre le signifiant et le signifié. Elle sait qu'il n'existe pas de sens à part, pas de vérité à part à chercher et à révéler. C'est là l'intelligence suprême et l'ironie (pléonasme ?) de sa quête. Pour elle toute identité de remplacement découvre notre secret : émerge la face imergée d'un iceberg en énigme et en miroir selon des dissemblances déraisonnables et des révélations sans vraisemblance.

L'"à-part" prend place en a parte, où la pensée devenant matière à voir se chantourne en fictions poétiques ironiques. Elles approchent le réel qu'en en s'éloignant, qu'en se moquant d'un sens supposé propre. Le trouble secret de l'œuvre passe donc à travers le jeu de formes et de couleurs qui sont autant d'exutoires à toutes les impuissances d'être et de penser. L'art éloigne du couple vérité/mensonge, force/impuissance, deux faces recto et verso d'une même logique ajustée au vrai, désajustée au faux. Yolande Bastoni ne cherche donc pas à dévoiler une vérité mais à creuser l'abîme qui nous en sépare. D'autant que pour elle l'être n'en possède pas puisque son critère n'est jamais la conformité entre la présentation et ce qu'il représente "au fond".

Ce qui l'intéresse n'est donc pas l'adéquation mais le désaccord, l'incongruité, la discontinuité. Il ne s'agit pas pour autant d'une leçon d'humilité mais d'une multiplication du travail de creusement de l'écart du manifesté, du découvert par celle qui - ni prosélyte, ni témoin, ni avocat du secret - forge un exercice de "bêtise" et d'incompréhension. En conséquence, il existe en cette approche une part de risque qui n'est pas plus celui du repli, du retrait que de la vie hors normes au sein de l'altérité et du jeu plus engagé qu'il n'y paraît. Un engagement particulier. Il ne donne d'autre certitude que le risque d'un pari excessif. Il n'a pas pour but d'expliquer les choses mais de les retourner.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.