Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Yu Youhan

Yu Youhan

yu youhan

Né en 1943, vit et travaille à Shanghaï.

voir ses œuvres : ShanghART Gallery



C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale. En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.

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Yu Youhan par delà le bien et le mal.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Yu Youhan - Wealth-calling boys are coming
courtoisie : ShanghART Gallery

yu youhanYu Youan né en 1943 à Shangai où il vit à nouveau doit sa reconnaissance internationales à ses « Maos » et ses « Nouveaux Maos » qui ont redéfini Le Grand Timonier en tant qu'icône culturelle de la Chine moderne.
L’artiste a refait les photographies célèbres de Mao en peintures assorties de fleurs et d'objets de la vie quotidienne pour les rendre plus amusantes et moins politiques. On a dit que l’artiste chinois peignait « Mao tel que Picasso l'aurait peint, Mao tel que Van Gogh l'aurait imaginé en Arlésienne portant un tablier avec les cheveux roux, Mao peint par Gauguin, en mettant en scène tous les grands artistes du vingtième siècle ». C’est vrai et faux à la fois. Yi Youhan s’est complu simplement dans un « à la manière de » qui avait de quoi plaire mais qui ne mène pas la peinture très loin. Et il en va de même lorsqu’il peint Mao en l’opposant aux grandes icônes internationales en particulier celles des États-Unis : Whitney Houston, la Statue de La Liberté, etc.

Il fut l’un des principaux représentants du mouvement d’avant-garde du « Political Pop » qui, dans les années 1990, créa un style original en mêlant des éléments d’art occidental à d’autres issus de l’iconographie chinoise, mouvement qui exerça une profonde influence sur la génération d’artistes chinois qui suivit. Mais Yu Youhan fut influencé par la Révolution culturelle et son imagerie très particulière maniant réalisme socialiste et propagande politique. Finalement, il s’est construit un univers très personnel, dont l’esthétique est une savante combinaison de traditions très diverses. Il demeure un personnage incontournable de la scène artistique chinoise car il est l’un des premiers peintres chinois de “style occidental” à avoir indéniablement trouvé un langage artistique qui lui est propre. L’artiste ne cherche pas à faire sensation, à impressionner ou à choquer. Il a pour dessein de nous intriguer,

Plus que quiconque Yu Youhan sait que seule l'invention poétique permet de prévenir la destruction imminente c'est pourquoi même lorsqu'il construit ses toiles « torpilles » il poursuit une visée rédemptrice.
Formellement accomplies ses peinture nous hissent hors du rien qui était là avant qu'elles n'existent. Le potentiel mimétique des figures qu'il construit fait partie de ce qui l'intéresse depuis le départ : à savoir un éloquence visuelle qui joue du velouté des surfaces, du mouvement et des directions des formes, le jeu des vides invisibles, la vulnérabilité paradoxale dominatrice d'ensemble quasi " guerriers " qui participent à l'effet miroir. Les morceaux de figures agencés pour un effet de souplesse et de légèreté démentent leurs composantes. Reste que l'aventure est spectaculaire et détourne de la modernité désuette - puisque les toiles prototypiques de l’artiste ne prétendent pas singer un futur. Yu Youhan sait qu’une vision réellement futuriste s'inscrit en faux contre les travaux aussi monolithiques qui s'ancrent seulement dans la commémoration fut-elle funeste du passé.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

La jeune femme qui descend l'escalier
de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

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» Editions du Cygne