Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Ilgvars Zalans

Ilgvars Zalans

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Guide juridique et fiscal de l'artiste :
s'installer et choisir son statut,
promouvoir et protéger son oeuvre

de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).

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ILGVARS ZALANS : LES EXTASES EMBRYONNAIRES

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les silhouettes et les personnages du peintre lituanien Ilgvars Zalans semblent se perdre hors du temps au milieu de la symphonie de couleurs qui les composent et des traits qui les rehaussent partiellement. L'oeuvre, quoique proche d'un certain effacement, n'en finit jamais avec la vie, avec la magie du possible. Demeure toutefois dans le même mouvement  quelque chose qui s'épuise mais que l'artiste s'efforce de retenir entre figuration et abstraction par le jeu des effets chromatiques.

Plus particulièrement les personnages (en groupe ou isolés) semblent se détacher du temps. Ils perdent l'illusion de s'appartenir mais dans ce qui ne tient pas pour autant à une éternité si ce n'est  "cette éternité négative, cette mauvaise éternité" dont parlait Beckett.. 

Ils donnent l'impression d'être pris dans un piège où ils demeurent figés en implorant le regard du spectateur. Bref ils sont atteints du syndrome d'être jamais nés ou trop mal. Il ne s'agit pas de rappeler le passé, de le convoquer pour reprendre pied, mais espérer qu'au bout de l'attente autre chose que la catastrophe les sorte de leur passivité..

Toutes les sensations (dont celle de l'attente) passent par la couleur. C'est en cela que les silhouettes restent conquérantes au sein d'un temps qui n'est plus qu'une variété du vide, qu'il n'est que l'ombre de lui-même. Neutralisés, les protagonistes demeurent donc vivants au sein de ce temps qui n'en finit pas, de cette éternité d'antichambre.

Jamais dans l'œuvre de Ilgvars Zalans ne peut s'inscrire le mot fin au nom de la lumière que la peinture crée. En cette lumière ce qui perd et se délite retrouve un mouvement sous forme de cerclage. Celui-ci peut se comprendre comme un mouvement qui tourne sur lui-même mais aussi comme une pulsion vitale.

L'inertie et la stagnation tels des signes du désastre sont donc contrecarrées par cette épiphanie des couleurs. Au milieu de paysages esquissés le brassage vital perdure. Le peintre ne se veut donc en aucun cas complice du néant et de l'enfermement. Il rode seulement dans leur périphérie et pousse l'être à sortir de ses supplices en  le faisant parcourir un trajet de l'éveil de la conscience.

Celui-ci est rendu sensible par la poésie de cette peinture. Elle répond à l'épreuve de la solitude. L’œuvre devient le moyen de sortir de l'insomnie. Elle absorbe l'obscur pour ne conserver que la clarté loin des univers de la boue pour créer au minimum une extase embryonnaire.

Par l'usage éprouvé de la couleur le peintre maîtrise le malaise d'être quelle qu'en soit l'origine. Et l'art du peintre trouve une large marge d'autonomie grâce à la maîtrise dont il fait preuve. Au "comment c'est" de l'existence il oppose les soubresauts picturaux. En eux l'image n'est jamais stérile elle est consubstantielle même à la matière de vie.

La poésie des couleurs retourne même ce que les contours dessinent. Cette poésie est le moyen de garder le contact avec les êtres et le monde pour mieux suggérer l'absolu qui n'est plus celui de la solitude. Si l'oeuvre n'est ni un moyen de chasser une obsession, ni de l'exorciser elle permet de contrarier la misère.

Par son travail Ilgvars Zalans n'abdique jamais. Il refuse l'isolement et la défaite. L'être peut encore agir car le mouvement et la couleur réintroduisent en lui le sentiment d'un temps actif, d'un temps agissant.

Les rondeurs de la peinture sortent donc des cerclages et de la négation pour entrer dans l'ordre de la pulsion, de la spirale, de l'Ascension. L'être « tombé du temps » peut retrouver un sens. Le peintre letton s'inscrit en faux contre tous les Apôtres de la perte, tous ceux qui se laissent envahir par elle. Fantômes parmi les fantômes ses personnages avant leur extinction, dans un dernier effort,  retrouvent un visage et un corps.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.