ZHANG ENLI : DE TOUS LES JOURS
par Jean-Paul Gavard-Perret
Zhang Enli : Big Tree n°4
courtoisie : The Museum of Chinese Contemporary Art
Né en 1965 à Baicheng, une ville du nord-est de la Chine, Zhang Enli vit et travaille à Shangai depuis une quinzaine d’années. Ses premières peintures montraient l’aliénation que subissent les êtres au gré des circonstances. Désormais le peintre se dégage un peu plus de la figuration humaine même si – à travers ses arbres par exemple – c’est bien toujours la condition humaine qu’il explore.
En même temps sa technique a beaucoup évolué. Les couleurs sont devenues plus subtiles et rejoignent par certains aspects la peinture traditionnelle chinoise. Dans des sortes de grands canevas il va vers une vision plus apaisée comme si avec la maturité il gagnait en confiance mais aussi comme s’il voulait surtout explorer les choses qui se cachent sous la réalité et qui demandent ainsi plus de « doigté ». Il évolue vers une vision empreinte d’une certaine spiritualité et va à la recherche dans la nature même comme dans la peintures de ce qu’on peut appeler des figures archétypales.
Son travail a trouvé une profondeur comme le souligne sa série « containers ». Il s’agit là de récipients de toute sorte (boîte, bouteille, etc.) retenus parce qu’il s’agit là d’un environnement domestique avec lesquels les êtres ont tendance inconsciemment à s’identifier. Le peintre tente à travers le plus banal, le quotidien devenu invisible tant il est présent, de provoquer une médiation sur l’essence de l’être et entre ce qui le remplit et le vide.
Quand aux peintures d’arbres de Zhang Enli elles sont encore plus anthropologiques ou d’une autre façon. La manière dont il les représentent devient un moyen de confronter l’arbre de vie à la non vie de l’homme, à ce qu’il abandonne de ses racines. Plus particulièrement ses « paysages » d’hiver montrent avec précision à travers cette « symbolique » comment nos jours se découpent. Le peintre est devenu un véritable ciseleur parfois extasié, parfois attristé qui fait de ses images des cratères à vif. Il y a dans l’œuvre la plus récente une sorte d’occultisme implicite d’où surgit le suc tellurique et le sel de la terre sous un ciel gris-bleu. On peut dès lors parler d’une forme d’exorcisme là où les arbres déploient leurs ailes silencieuses pour montrer que derrière la soumission perdure le libre arbitre et que la lumière fait toujours front à l’insondable profondeur du vide.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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