Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Zhao Liang


Zhao Liang

Zhao Liang à  Nantes

Zhao Liang récompensé au Festival des 3 continents de Nantes en 2007(France)

Zhao Liang né en 1971 à Dangong, province de Liaoning (Chine). Ecole des Beaux Arts de Luxun et Académie de la Photographie et du Cinéma de Pékin.
Zhao Liang a été invité à nombreux salons et évènement un peu partout dans le monde et en France en particulier (Arles, Nantes, Paris...). Il vit et travaille à Pékin.



C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale. En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.

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Zhao Liang : la vie à l'envers

par Jean-Paul Gavard-Perret

Beijing green n°7
coutoisieThree shadows photography art center

Avec méthode et un souci de perfection Zhao Liang déplie le paysage chinois en une sorte d’"obscénité" puisqu’il propose une suite d’ouvertures possibles. Il illustre combien le monde chinois ne ressemble plus à ce qu'il était une fois  que le substrat rigide des forces de l’ordre du géant communiste se désagrège. Liang montre les grues à l’œuvre dans sa poétique des ruines. Pourtant l’avenir ne brille pas pour autant de tous ces feux. Dans « Jerks don’t say fuck » par exemple  il  s’intéresse aux travaux de modernisation qui secouent Pékin tandis tandis que ses souvenirs sont mis en branle par les bruits de bottes des soldats. On les voit défiler au pas au moment où ils sont envoyés pour réprimer les émeutes de juin 1989. Dans un tel vidéo-film le rythme binaire occupe l’espace et la nature de l’image. A la polychromie intense répondent  des séquences en noir et blanc focalisées sur un personnage unique. Le rythme des vidéos devient si intense que les hommes se transforment en abstractions colorées. Pour autant l’artiste chinois met à jour l’ennui que la société fomente. A l’image ancestrale de la bureaucratie chinoise répond un futur qui ne laisse pas forcément prévoir que des enchantements.

Zhao Liang reste un artiste aussi déroutant  que subtil. Il fait douter de l’authenticité de toute les images. Et il prouve que la réalité ne sa laisse pas facilement saisir. Proche d’autres vidéastes tels que Song Dong, Wu Ershan, Liu Wei ou encore Qiu Zhijie il montre une réalité en  double teinte et qui paraît fortuite. Chaque séquence ajoute une couche de doute comme si elle servait à reformuler ce qui a été montré précédemment et à expliciter, en creux, les interrogations personnelles  de l’artiste. Le tout dans un désir évident de faire durer une forme de vacuité pour dire le malaise de toute civilisation. A la fois documentariste mais bien plus que cela,  le vidéaste énonce de façon amère ce qui tient du constat et de la fiction (mais plus réel que le réel lui-même).

L’homme semble donc un étranger partout. Surtout s’il est pauvre. C’est bien le constat que tresse une œuvre qui finalement se teinte d’un certain optimisme : ce qui succède au système communiste permet un espoir.  On retrouve cette même bouffée optimiste dans le « Burning Mirror » de Song Dong. Chez l’un comme chez l’autre le réel présent reste trouble au milieu des espaces en démolition mais tout semble dire : ça ne peut pas être pire qu’avant. Toutefois l’œuvre de Zhao Liang peut être (déjà) vue comme un commentaire sur la globalisation qui mène vers un modèle standard de vie urbaine. L’artiste a réfléchi sur les liens qui unissent au delà des différences culturelles le vidéo art et le cinéma orientaux et occidentaux. Chez les vidéastes des deux cultures surgit  une froide et violente monstration. Sous la surface animée des apparences, et même lorsqu’elle semble animée et comique, la tragédie rôde. On retrouve d’ailleurs la même violence chez Qiu Zhijie dont les vidéos installations viennent troubler l’évolution exponentielle d’une société en devenir. Mais Zhao Liang va plus loin. Dans une de ses pièces maîtresse au moyen de cinq moniteurs surgissent le bruit du frottement d’une allumette, puis une lueur sur les objets de la maison du grand-père de l’artiste 'vieux meubles, ustensiles entrevus le temps que la flamme dure). Tout cela donne du monde une vision hallucinante que Zhao Liang traite pas ses montages en cascades.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Zhao Liang - Beijing green n°2
coutoisieThree shadows photography art center

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.