Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Zoe Gruni


 

Zoe Gruni

Née en 1982 à Pistoia (Toscane). Etudes à Ecole d'art de Pistioia puis à l'Académie des Beaux Arts de Florence.

"La multimédialité de mon travail me vient de l'exigence de le raconter depuis des points de vue différents, non pas d'un seul, étant donné la présence active du corps de l'oeuvre. Donc les moyens différents servent, en des phases différentes, à exprimer la même chose. Le dessin comme l'idée, la sculpture comme la matrice, la performance comme l'action et, par conséquent, la vidéo comme instrument de documentation et la photographie comme image finale. "


Trois faces du nom
de Jean-Paul Gavard-Perret

Les images osent à peine se poser à la surface. On distingue les traits, les faits demeurent presque imperceptibles avant de s'amasser peu à peu à travers les destins croisés de deux peintres (Gauguin, Hooper) afin qu'un troisième apparaisse. Il y aura donc juste ces images qui découvrent mais ne montrent pas, qui lancent, par la bande, une sarabande.

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Zoe Gruni : paradis perdus et retrouvés.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition "METATO", Galerie Depardieu (Nice) -23 octobre/28 novembre 2008

Pour Zoe Gruni l’art est le moyen de participer à la vie des choses et des événements. Se mettant à l'écoute des choses, elle cherche depuis toujours à travers son art une identité neuve sans renoncer à son appartenance à un territoire et une culture : l’Italie. Depuis on adolescence elle travaille de manière instinctive, et (dit-elle) « presque brutale » par réaction à l'homogénéisation. L’artiste s’exprime en divers langages divers la performance, la photographie, les objets et les vidéos. Les médias électroniques complètent désormais son approche multimédia. A cela une raison majeure : « l'exigence de le raconter depuis des points de vue différents et non pas d'un seul étant donné la présence active du corps de l'œuvre ». Les diverses approches servent, en des phases différentes, à exprimer la même chose : « Le dessin comme l'idée, la sculpture comme la matrice, la performance comme l'action et, par conséquent, la vidéo comme instrument de documentation et la photographie comme image finale ».

Lié à un esprit de liberté multiculturelle, qui est une caractéristique toscane, l’ariste cherche toujours plusieurs points de rencontre, par exemple, le travail manuel et le choix d'une matière pauvre et fonctionnelle, le chanvre, qui offre des ressources infinies et que, comme le porc, on utilise tout-entier. Le matériau chez elle passe de deux à trois dimensions en épousant la forme d'un corps, jusqu'à devenir une vraie personnalité, parfois reconnaissable (évêque, guerrier, épouse, juge...). zoé Gruni crée des personnages interchangeables qui ont besoin de se raconter par des moyens et des langages différents. Ces œuvres sont devenues progressivement de véritables spectacles. Dans celui qu’elle a intitulé "Entretien avec la pierre" (Roselle, Grosseto 2007) réalisé dans une vieille carrière abandonnée, les sculptures (rapportées à la musique et au théâtre) jouaient entourées par le public pendant qu'une actrice déclamait des poésies.

Si l’activité de la créatrice est marquée par l'attachement à ses racines culturelles, elle est imprégnée aussi par la nature et le corps. L’engagement physique s'exprime par un langage reconnaissable. De multiples éléments entrent en scène et interagissent au sein de dispositifs qui formulent des « images ». Celles-ci partent souvent d'une implication émotive (une forme, une atmosphère, une vicissitude intime, une expérience, un voyage). L’artiste fond ses images subjectives de sa mémoire avec les formes "communes" de la mémoire collective. Elle les expérimente avec le corps, puis s'incorpore à l'image pour la délivrer ensuite dans l'espace. C'est à cet instant qu’elle a l’impression de mettre « un peu de synthèse dans mon chaos ».

Dans l’espace émergent des effondrements silencieux. Quelque chose contraint pourtant la pensée à plier sous la sérénité. Les formes et les ombres contredisent le temps en embrassant tout l’espace de la prise photographique, sculpturales, etc. L’occurrence du dehors saisi par l’artiste devient un défi entre l’image et le réel par la mise en scène d’un suspens en des suites d’échos visuels capables de fomenter l’étrange fascination précaire à travers ce que le “ quotidien ” possède de plus humble. Le média artistique déploie alors un espace provisoire - parce que glissé en bordure du monde - dont Zoé Gruni ne retire pas forcément les éléments parasites. L’oeuvre devient alors une sorte d’autoportrait tant sa créatrice tente de retenir la passion qui lie à l’espace, à son éther vaporeux - ou délétère. Il n’existe plus de paradis terrestres, pas d’assise et aucune image pieuse. Tout est en précarité. L’artiste inverse le temps ou le retient à travers l’ensemble des rayons lumineux réfléchis. Nous sommes ainsi projeté dans un pervers jardin d’Eden. On avance dans l’œuvre avec le sentiment de regarder au plus secret de soi-même parce qu’on sent que se joue là un double duo : celui de l’être et de son ombre, celui de la femme et de la création unies dans leur dialogue silencieux.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.