Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Absorptions

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


La peinture monochrome à l'encre de Chine selon la méthode millénaire chinoise
par Liliane Borodine

L'auteur Liliane BORODINE, diplômée de l'Académie des Beaux-Arts de (Hangzhou province du Zhejiang) République Populaire de Chine, est Présidente de l'Association ASIART (Association pour la connaissance de la culture asiatique en France) qui a vu le jour en 1992. Depuis 1996, en collaboration avec Fabien Tavel, elle publie un journal trimestriel sur les us et coutumes de l'Asie. En 2000, elle crée un Atelier d'Art où elle donne des cours de peinture traditionnelle et de calligraphie.

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Absorptions

par Jean-Paul Gavard-Perret

« Encres »
Andelu, Balzamo, Deux, Ernst, Kim, Michaux, Picasso, Stuber, Walker, Winance, Wong Moo Chew.
Centre culturel de Roquefort les Pins (jusqu'au 7 mars).



Pablo Picasso - Don Quixote VI
(reproduction disponible chez Amazon)

L’encre est une technique particulière. Son liquide embue les figures du dehors, en consume le vernis jusqu’à la transparence noire. L’exposition de Roquefort les Pins permet d’en faire un tour exhaustif avec de grands artistes vivants (Andelu) et leurs illustres aînés dont celui qui y consacra une grande partie de sa recherche : le poète Henri Michaux. Comme il l’a envisagé l’encre reflète chez lui le monde à l’envers par ses taches qui deviennent autant de no man’s land.  Une telle technique ne laisse rien perdre de l’absence qu’elle retient.

 

Elle la  traverse pour nous retrouver, et pour nous faire renaître comme si nous étions morts avant. Les encres découpent le lieu vide de l’homme préoccupé de sa disparition mais il peut y retrouver l’altérité d’un regard sans défense. Dans l’encre l’ombre avale l’ombre et le corps. Elle le creuse pour ce qu’il doit être, pour que tout recommence. Et que tout reste à « écrire ».

L’image, chez Michaux, Andelu ou Wong Moo Chaew naît de l’espace entre les mots et le silence. A travers ce qui s’étend c’est l’âme liquide qui se déploie  pour faire parler le silence. Il y a dans l’encre (peut-être parce qu’elle est proche de l’écriture) une forme d’abstraction, de nudité sur lequel le regard s’arrête. Par son noir l’angoisse émerge mais ce que chaque artiste en fait lui donne des repères. L’encre est donc par excellence la taiseuse, l’intruse qui sait que les mots ne résolvent rien. Elle montre leur envers et en scanne la pénombre. Dans les brèches de  ses taches surgit aussi le lieu de l’être le plus le retiré. La feuille absorbe la matière et en devient son passager plus que son support. Et si la vie est un voyage,  l’encre  permet de repérer les paysages les plus insondables.

De telles oeuvres nous entraînent comme un enfant ou un vieillard qu’il faut brusquer un peu, « pour son bien ». Elle nous immobilisent sans nous  laisser en  paix telles des bouées de corps mort secouées par les vagues de noir.  Comme elles le font avec le papier, elles entrent en nous et nous pénètrent de leurs touches d’ultimes clartés. Le monde est devient alors une sorte de lieu du songe où toutes les âmes ayant perdu leur blondeur d’épi sont grises comme des chats la nuit.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.