L'ANIMALITE DES POUX DINGUES
par Jean-Paul Gavard-Perret

"Le Bestiaire imaginaire - L'animal dans la photographie de 1850 à nos jours",
Palais Lumière, Evian, (hiver 2010-2011)
Réunissant une centaines de photographies d'animaux réels ou imaginaires, l'exposition d'Evian permet de situer la place de l'animal dans la photographie. A côté des noms "classiques" (Jeanloup Sieff, Brassai, Walker Evans) cette plongée animalière permet de présenter des œuvres d'artistes importants mais moins connus tels que Crystèle Lerisse (qui s'essaye là dans un univers qu'on ne lui connaissait pas) ou encore Marteen Wetsema ou Joel Peter Witkin peut-être plus attendus dans un tel registre.
De tels artistes "dessinent" la perte ou la résurrection donc chaque animal peut devenir le prétexte. Les travaux sont parfois mélancoliques, parfois baroques. Le monstre ou le simple insecte en dessine le lieu. Tous deviennent le (beau) prétexte à une plongée dans un imaginaire qui se creuse afin de laisser libre cours à une domaine éloigné (en apparence) de d'anthropomorphisme. Car ce bestiaire nous habite tant ses locataires restent peu ou prou nos semblables, nos frères.
Les photographes réunise apprennent aussi comment - et afin de demeurer fidèle à la vie - il faut savoir mettre des images que les animaux qui peuplent non seulement le réel mais l'imaginaire. La photographie peut donc la diptère comme le rhinocéros lorsque la décision radicale qui habite un artiste l’impose. Chacun d'eux traque et décrypte nos infirmité de nymphes. Il opère la coagulation de nos fantasmes ou invente des métamorphose des ordres orthoptères, rynchotes, carnassiers, végétariens qui nous nous grignotent ou que nous dévorons.
Avec ce bestiaire nous sommes donc poux parmi les poux. Mais il faut aller les chercher plus loin que dans la tête. La photographie grâce à eux nous parasite : car les artistes par leurs prises et leurs mises en scènes créent l'espace qui nous sépare moins d'eux que de nous-mêmes. Ils rappellent la vie d'avant le jour et d'avant le langage.
Il convient donc d’entrer dans le grouillement photographique et s'y débattre non sans ambiguïté. Witkin ou Lerisse chacun à leur façon prouve ainsi que le morpion persiste sous les formes les moins attendues. Il ne cesse de nous aiguillonner pour exciter nos regards et créer des germination là où parfois ça gratte. La photographie animalière permet donc de ne pas se débarrasser des nuisibles de l'inconscient. Au contraire. Elle en perce la peau. Et soudain nous retournons au sein de nos galeries intérieures.
Chaque animal par la magie de l'art est aussi tenace qu’impatient. Preuve qu’il n'esr pas qu‘une invention faite pour cacher la peste qui nous terrasse. Il la fomente. Ses formes visitent nos miasmes, en signent leur extension. Exposer ne revient plus à se défaire de l'animal - nuisible ou non. C'est remettre au jour ce qui fait la débauche, la pusillanimité, l’absence de vertu dans un surgissement bestial. Et en cette confrontation, celui qui regarde à savoir l'Ange redevient la bête. Et cela prouve que ce que nous pensons reste souvent une erreur conforme. De tels photographies n’espèrent donc rien des hommes. Elles renvoie à nos deux chaos . Celui de nos marais, celui des nos étendues continentales. Dans les deux lieux les bêtes innombrables accouchent notre chimère. Nous en restons pétris.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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