Evènements

Xème BIENNALE DE LYON

Hou Hanru

photo : Osama Dawod
photo : Osama Dawod


Le Spectacle du quotidien,
par Hou Hanru


La Mariee était en Rouge
de J-P Gavard-Perret

gavart-perret : la mariée était en rouge

Si toutes les veuves ne sont pas joyeuses, elles ne sont pas forcément tristes pour autant. Parmi elles, une s’était mariée en rouge : elle déplace les états d’âmes par le miracle de son écriture. Le pourpre lui va donc comme un gant. Pas n’importe quel pourpre : celui du sang. Quand elle écrit il faut lui répondre d’une même encre, attendre que cela passe et voir ce qui en coule. C’est en le découvrant que l’on reprend conscience. On ne retire plus le corps de l’écriture : on l’accepte même si le sexe en reste l’énigme suprême. Cela dessine un bord d’ombre, un duvet si fin qu’il tombe en fragments. Mais demeurent l’interstice, le passage. Ils ouvrent à une étrange intimité. On s’y laisse emporter.

» disponible chez Amazon
» commandez chez l'éditeur


HOU HANRU OU L' ELOGE DU  PROCESSUS : Xème BIENNALE DE LYON
par Jean-Paul Gavard-Perret

La Xème biennale de Lyon : le site - le catalogue

biennale lyonHou Hanru est l’un des grands « missionnaires » de la scène artistique contemporaine. Commissaire d’expositions, écrivain et critique d’art il initie une voie basée sur des échanges interculturels. Au concept de globalisation il oppose sa vision d’une  mondialisation ouverte et plurielle. Son engagement se définit par une réponse lucide à la question de l’  « immigration ». Il la conçoit comme un enrichissement mutuel entre les peuples. Après avoir partagé avec Denys Zaccharopoulos le commissariat de l’exposition du Pavillon français de la Biennale de Venise il est responsable de la.10e Biennale d'Art Contemporain de Lyon

Né en Chine en 1963, et travaillant entre Paris et San Francisco, Hou Hanru est, aussi directeur des Expositions et des Programmes Publics ainsi que titulaire de la Chaire d'Etudes Scénographiques et Muséologiques au San Francisco Art Institute. Il a conseillé plusieurs institutions culturelles dont le Solomon Guggenheim Museum à New York, le Fonds Deutsche Bank à Francfort, le Walker Art Center à Minneapolis et le Musée Kumamoto d'Art Contemporain au Japon. Enseignant et conférencier auprès de nombreuses institutions il collabore à un grand nombre de revues d'art contemporain. Il a assuré le commissariat de nombreuses expositions : Walter and McBean Galleries du San Francisco Art Institute, depuis 2006, Biennale d'Istanbul en 2007, plusieurs Biennales de Venise ou encore à celle de Gwangju en 2002  et de Shanghai en 2000.

Il a monté avec sa compagne l’association « Vices et Vertus » et défend des artistes asiatiques comme Chen Zen, Miyajima ou Huang Yong Ping. Son activité ne se limite pas à une défense et illustration de l’art oriental.  Son objectif premier est de repousser les frontières géographiques, de brouiller les repères et de mettre les artistes à l’épreuve de divers contextes. Pour Hanru les différences culturelles s’étoffent et créent des coutures au contact les unes des autres. L’hybridation culturelle reste donc centrale dans le conception de types d’art dont il se veut le médiateur. Il  poursuit une quête politique, sociale, esthétique et déclare que « La force des artistes, c’est de dépasser ces idées toutes faites d’intérieur et d’extérieur, physiques et mentales. »

En investissant de plus en plus de lieux (  la Surcrière 'entrepôt Bichat,  la fondation Bullukian et le musée d'Art contemporain ) La Biennale de Lyon déploie désormais grâce à lui comme aux administrateurs de cette manifestation l'une des plus grandes expositions d'art contemporain en France. Espace de réflexion et de proposition, la diversité des « oeuvres d'art » proposées construit une fédération représentative de la création contemporaine. L’objectif de Hou Hanru est de "donner une sorte de réponse à beaucoup de sujets urgents aujourd'hui". Une soixantaine d'artistes sont invités par le concepteur et « chef d’orchestre » autour de quatre thématiques sur le spectacle du quotidien.

Celui-là y impose sa vision engagée de l'art contemporain. Il tient  à offrir une autre logique de pensée de la biennale et par extension du rôle de l'artiste. Le commissaire cherche à construire un lien entre les pratiques artistiques et la vie réelle, entre la biennale et la ville. Avouons le : cet objectif n’a rien d’original. C’est même devenu le leitmotiv de la plupart des biennales et de tous les types d’expositions d’envergure.  Mais à Lyon, un grand nombre d’oeuvres présentées ont été produites spécialement pour les lieux retenus. Il s’agit selon Hou Hanru  de « faire de la Biennale de Lyon un espace de proposition de pratiques et de pensées ». Fidèle à une mode désormais politiquement correcte  le commissaire a tissé des liens non seulement avec les musées de la ville mais aussi avec ses habitants.  Particulièrement les défavorisés : à savoir ceux de la banlieue est et sud. Plus que jamais l’éthique esthétique (ou l’esthétique morale) joue à plein régime. Les bons sentiments sont donc de rigueur. En particulier pour un des programmes de la biennale. Dans ce projet intitulé « Veduta » les artistes travaillent en résidence en lien avec la population.

Pour Hou Hanru un commissaire n'est pas celui qui monte une exposition. Il s’agit avant tout de repenser le rôle de l'activité culturelle et artistique dans la société. Un projet artistique demeure à ses yeux  une proposition. Elle doit être inspiré par la recherche de la réalité.  Exposer n'a rien d’un but en soi, d’un aboutissement. Il faut concevoir ce qui est montré comme la plate-forme sur laquelle idées et débats doivent être présentés au public. Hou Hanru élargit même sa conception jusqu’à  prendre en compte la politique culturelle, l'urbanisme et l'éducation.  Il reste en cela fidèle à sa vision de l’art et à sa réflexion sur l’esthétique. Des sujets comme le rôle de l'art contemporain dans l'espace urbain, celui de la politique culturelle, de la limite entre l'espace public et l'espace individuel  demeurent à Lyon au centre de sa pensée et de ses actions.

Il s’intéresse aussi à des questions - tout compte fait plus centrales -  telles que  la problématique de l'alternative, la recherche de ce qui se cache au-dessous de l'apparence spectaculaire de la représentation d'un système dominant. Hou Hanru explore comment les gens  développent des tactiques,  des réseaux, des visions alternatives qui continuent à créer de nouvelles libertés. Mais c’est bien là tout le problème du commissaire d’une Biennale. Il est à la fois « producteur » d’images officielles au moment même où il veut faire la critique d’un ordre dont il reste sinon le complice du moins un des grands ordonnateurs.

Affirmer comme il le fait «  A Lyon j'ai décidé de saisir l'occasion pour penser une tradition intellectuelle, très liée à la critique et à la pratique des artistes français, au travers de la question : Comment affronter l'actualité de la société de consommation, la mondialisation » ne va pas sans soulever des interrogations.  Amener les deux notions de "spectacle" et de  "quotidien" qui sont des sujets d’une influence très importante dans le monde de l'art entraîne  aussi une ambiguïté majeure.  

Elle demeure centrale au cœur de cette Xème biennale comme elle l’était d’ailleurs dans la précédente. Mais Hou Hanru a bénéficié d’une chance imprévue qui le sauve au moins partiellement du dilemme insoluble induit par sa position pratique et sa position théorique. Il a dû travailler dans l'urgence après la défection de l’équipe initialement prévue.  Dès lors et  souvent il n’a pas eu de véritable choix. Il a fait avec, sinon le tout venant, du moins pas forcément avec toutes les collaborations espérées. Mais face à  la « maigreur » relative des propositions un surinvestissement des collaboration est né. Et ce jusqu’au bétonnage « idéologique » des  théoriciens intellectuels fomenteurs  du catalogue et justificateurs des « choix ».

L’ensemble s’est donc orienté autour de la façon dont les gens « ordinaires » organisent leur monde en dehors des spotlights du spectacle. Avec une ambiguïté centrale : comment rendre compte de cela par l’art qui – qu’on le veuille ou non – reste lui-même un spectacle ? Certes pour Hou Hanru  l'art n'est pas seulement une production de formes mais avant tout  le travail d'imagination qui propose et fabrique un nouveau monde. Et ce en un moment crucial. Celui où, plus que l’art lui-même,  le monde du spectacle est en crise. Le commissaire a donc choisi des œuvres qui selon lui illustrent la manière dont un événement telle qu’une biennale peut, dit-il, « devenir un site de production d'énergie qui transforme les identités ».

Un tel processus ne peut qu’être long.  C’est bien toute l’ambiguïté de cette biennale qui sur ce point (hélas ou heureusement) ne fait que suivre un mouvement esquissé depuis les années 90 du siècle dernier. La question reste de savoir si le spectacle du quotidien initié par Hou Hanru représente une réelle possibilité de créer un nouveau rapport au monde… Pas sûr.  Saluons toutefois la confrontation de ce que spectacle et quotidien peut susciter. De ce processus pourra peut-être s’esquisser une nouvelle définition de l’art et de l’esthétique quant à  leur potentialité de transformation des rapports humains dans la société.  Il n’est pas certain néanmoins que ce postulat mène où Hou Hanru comme beaucoup de ses collègues l’espèrent. Il existe des résistances vitales (et pas forcément passéistes et rétrogrades) dans l’art. Celui-ci ne se définit pas forcément comme un processus néo actionnisme social ou sociétal. Même si des artistes invités comme  Jimmie Durham, Lin Yilin ou Sarkis font bouger les lignes et permettent de réfléchir à cette problématique.

Pour Hou Hanru demeure  un point clé : « Ce qui est important, c'est que ces artistes viennent de différentes cultures et se trouvent dans une sorte de circulation, dans un espace entre toutes sortes d'identités ». Mais on peut lui rétorquer que tout artiste digne de ce nom fait repenser le monde. Toutefois le commissaire préfère ceux qui considère l’art non comme  un objet statique mais comme un processus.  Toutefois la résistance surgit autant de l’objet que de processus. Il n’existe pas une seule police de création. De même qu’il existe plusieurs types de gouvernance, l’art peut (doit) apprendre  à composer avec de nombreuses problématiques et postulations. De la multitude jaillit des lignes de force. Or la multitude que propose Hou Hanru demeure très orthonormée.

Le commissaire a eu cependant la bonne idée de faire intervenir  de nombreux collectifs d'artistes qui viennent casser le caractère égotique de l’artiste et la vision plus ou moins romantique de l’art. Le travail de groupe devient en effet une tendance forte de l’art. D’où la présence sur cette biennale lyonnaise de divers types d’alliances et d’hybridations jusqu’à transformer la notion d’objet en notion d’espace.

Reconnaissons enfin à Hou Hanru sa volonté de présenter un panel d’artistes très différents. Ils ouvrent des perspectives non univoques. Cela est rassurant. A Lyon des artistes conceptuels cohabitent avec des artistes de la rue. Ce choix donne à la question du quotidien tout son sens et pose de plusieurs manières l’interrogation :  Que fait on de la réalité à travers les pratiques artistiques ? Seul bémol : si les artistes invités réinventent leur quotidien, tous sont plus ou moins, mais plutôt plus que moins, choisis pour un parti pris de sociabilisation. Cela est louable . Mais cela suffit-il à faire tout l’art ? Le doute est permis. La question reste ouverte. Inventer le quotidien selon la perspective du maître des lieux peut de processus devenir procédé..Un tel glissement entérine un état acquis de l'art. Il ne fait rien bouger. C'est bien là où la biennale coince. .

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
Fnac_expos2_728.gif