Artistes de référence

CATHERINE BOLLE

Catherine Bolle

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Points perdus cardinaux
de Catherine Bolle


Catherine Bolle, artiste plasticienne (peinture, gravure, estampe, sculpture, créations verre et lumière, mise en espace, etc.) est, quoique de nationalité française et suisse, vivant à Lausanne, une créatrice à vocation européenne, et même mondiale. Ayant fait ses études scientifiques à Lausanne et Genève, artistiques postgrades en art visuel à Sierre et collaboré longtemps avec l'atelier Raymond Meyer, elle a fait des stages et des résidences, à Paris, en Belgique et au Costa Rica, ainsi que des voyages d'étude et d'information aux Etats-Unis, au Japon, en Inde, en Italie, en Israël, en Islande, en Lituanie et ailleurs. Elle a à son actif une dizaine d'expositions personnelles et a participé à une trentaine d'ex-positions de groupe en Suisse et dans le monde....» Amazon


MURS MÛRS DE CATHERINE BOLLE
par Jean-Paul Gavard-Perret

La ville de verre | 2007

La démarche de Catherine Bolle est aussi réflexive que poétique. Ancrée dans la finitude son œuvre soulève le réel non sans complexité mais aussi légèreté. Peintures, photographie, installation, gravures, sculptures créent d'étranges miroirs et « étendages ». L'artiste projette, incorpore, investit, transfuse, passe à travers murs comme à travers des miroirs. Elle les outre passe en explorant les effets induits sur le spectateur.

Tout chez elle est double. Même en ses séries la césure est présente. La solidité et la fragilité se juxtaposent. Ouverture, liberté, intensité, sérénité mais aussi inquiétude. Le tout jusque dans la sophistication du presque rien – ce luxe parfait de l'art qui ne cherche pas à faire beau mais à réfléchir (à tous les sens du terme). Mais il y a en plus dans l'œuvre : surgissent comme des notes, des sonorités. Longueur des blanches, rondes durées. Et ce en un mouvement suspendu, imperceptible qui tend vers l'ouverture par des accords au sein même d'une sorte de chaos.

Par ailleurs le temps reste dans l'œuvre une matière à travailler. Catherine Bolle le malaxe par diverses matières afin d'en décrasser l'épaisseur. Elle fait disparaître les ombres comme dans un sirop. Ses mains créent des murmures. Paradoxalement vos images ne viennent pas du dehors de la vue, elles sont en dedans, derrière les paupières. Elles sont toutes sur le front, dans la nuque. Bref l'artiste dénude l'œil qui dévoile comme elle dénude les murs douteux imposés par on ne sait quelle décision esthétique (ou politique).

Tels sont les « devoirs » que s'impose Catherine Bolle et qu'elle impose aux paysages en ses divers transfuges. Du premier miroir (le mur) il ne reste plus rien. L'artiste le met aux arrêts. Ou plutôt lui donnent une intension nouvelle. L'oeuvre s'immisce et glisse entre le regard et la paroi : l'un devient le désir, l'autre l'aveu du masque. Deux angles donc dont le mur, nourri d'une telle œuvre, devient le sillage et le sillon. En ce sens l n'est plus objet de perdition.

D'une de ses mains la créatrice tend le miroir, de l'autre le fait trembler. Elle donne un architecture valide aux espaces. Son processus imaginaire rétablit un « équilibre ». Le mur que l'on a cru voir n'était pas sûr d'être lui-même. Dès lors il peut se prendre pour un autre, pour autre chose que le peu qu'il est. Salué d'indifférence tandis qu'on passait sans se voir, soudain il devient quelque chose qui se brise en des métamorphoses. Catherine Bolle lui accorde donc une chance imprévue par effet d'énigme. A ce titre elle devrait faire s'interroger bon nombre d'architectes sur leurs décisions plus que problématiques.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.