Artistes de référence

Caroline Coppey

Caroline Coppey : le site officiel




Art-thérapie : La peinture qui guérit
Michèle Curinier

Sous la forme d'un bref récit poétique, mêlant son itinéraire à celui des personnes qu'elle accompagne, l'auteur nous initie à la pratique de l'art-thérapie, ici la peinture thérapeutique. Elle nous montre comment l'acte créateur bouscule le fondement même de l'être. Le geste nécessite une liberté intérieure qui ne peut être fabriquée par la pensée. Il s'agit d'un chemin à parcourir où les sens nous ouvrent à la créativité et à la spiritualité. Le corps, le mental et l'âme peuvent s'accorder, faisant sauter les verrous de la dualité qui nous morcellent. Si la voie thérapeutique conseille de regarder ses blessures pour mieux les surmonter, c'est en reconnaissant les forces qu'elles ont fait naître en nous, que nous pourrons guérir et retrouver la vie. C'est dans une approche multidimentionnelle de l'être humain, une approche moins fragmentée de la médecine, de la psychologie et de la spiritualité, que l'on peut retrouver la joie en nous, l'élan vital qui guérit le corps et l'esprit, conduisant à notre véritable " moi ".
» Amazon

CAROLINE COPPEY : LE PRINTEMPS DES COULEURS
par Jean-Paul Gavard-Perret

 


Caroline Coppey explore la puissance des couleurs par la puissance du geste dans des peintures abyssales. Elle a créé pour cela un langage simple, plutôt géométrique et profondément lumineux. Il se développe selon des ronds jaunes, mauves ou verts sur le fond blanc de toiles laissées en partie à nu. Cette simplicité d'apparence reste pourtant des plus complexes. Les abysses explorés par l'artiste s'en trouvent renforcés. La fascination se crée par ce qui soudain s'opacifie, se matifie ou à l'inverse devient éclatant et gagne en luminosité.

Le monde qui l'intéresse est celui de ses propres émotions. Mais il n'est en rien fermé. Dans l'isolement et le silence Caroline Coppey fait surgir un champ du visible en ouvrant un accès comme défendu. Hors du tumulte elle achemine la vision où l'équilibre des masses s'agrège dans l'ajout des couleurs et la complexification des espaces afin de pénétrer par delà la conscience l'inconscient du monde, de l'être.

Existe là une singularité de l'empreinte de couleur et de lumière. Elle permet de dépasser la conscience habituelle que nous possédons du monde afin de nous faire toucher un état plus profond. C'est pourquoi «l'abstraction» qui existe dans la quête de l'artiste reste le moyen de tirer des éléments de la peinture un langage propre à dépasser le côté purement géométrique que pourraient susciter ses jeux de formes féminines. L'artiste montre de la sorte que nous sommes unis par chaque détail à une espèce de développement de cet ordre primitif. Tout se passe chez elle comme si la réalité n'avait pas besoin des hommes pour exister. C'est sans doute une vision utopique de l'art : mais «l'illusion» que l'artiste crée reste d'une prétention nécessaire.

Elle reprend les gestes fondamentaux d'un travail particulier fait à la fois de perfection et d'accroc. Et lorsqu'il élimine la matière c'est non seulement afin de la dissoudre mais pour créer une image en transfiguration. L'artiste désépaissit la surface de manière à pouvoir créer des réseaux insolents mais tendres.

La démarche instinctive de Caroline Coppey reste aussi le fruit d'un long ressassement. Mais loin de guider vers l'au-delà l'artiste fait revenir vers l'en-deça. C'est de fait une disponibilité qui ouvre à d'autres niveaux de réalité un peu à la manière des mystiques qui savent que pour atteindre un certain degré de concentration mentale il faut parvenir à devenir disponible avec une conscience déjà préparée sinon à la transcendance du moins au revers des apparences.

On imagine alors l'artiste dans son atelier qui doit ressembler à un laboratoire d'associations d'idées en train de construire un rituel ou un cérémonial dans lequel elle a besoin de plusieurs travaux en cours - un seul ne suffirait pas. Tous sont complémentaires afin de réunir des éléments d'un tout. Ils permettent de comprendre son intention globale à travers une série de "constantes".

Des gravitations à diverses valeurs créent une vibration particulière. Leur tonalité demeure une énigme : force et joie se confondent. Tout reste donc de l'ordre du mystère travaillé à la fois par une technique puissante et une sensibilité rare. Mais pour autant la pure émotivité «de surface» n'est pas recherchée. Chaque peinture devient l'objet d'une méditation inépuisable là où tout reste aussi éthéré que terrestre.

Est touché comme un écho de l'être. Mais pas n'importe lequel : celui qui se bat sans cesse contre lui-même. Il se perd dans ces rondeurs. Par leur nature même elles créent une disjonction tout en entrant en rapport les unes avec les autres. Il y a là ordre et désordre. Faille et présence tout est là. Et la peinture – volontairement – ne les comble pas tout à fait dans ce qui tient d'un effet kaléidoscope mais aussi de l'extase immobile.

L'oeuvre de Caroline Coppey à la fois rassemble et rompt pour déboucher sur une zone inconnue de rives particulières. D'ordinaire elles ne se laissent pas atteindre mais l'artiste y aborde. Douceur, plénitude affectent délicieusement cette effraction de la peinture en son exigence la plus hautaine.

Ce n'est donc pas seulement une pensée qui porte vers elle mais une sorte de demi-sommeil ou plutôt une fascination. L'artiste la crée par ses ponctuations vives. Le regardeur pénètre les cercles d'un pays intérieur ignoré mais comme perçu. Un pays antérieur à la conscience, une contrée incertaine. Caroline Coppey donne donc à voir, un autre monde se dessine. Son flux persiste. Au sein du mouvement et suivant la position des rotondités la dispersion insistante mais aussi l'amalgame créent l'unité secrète. Absolue, chaque œuvre dans sa discrétion rapproche de la lisière brouillée de la pensée.

Hantise, diaphanéïté au sein d'un certain vide programmé créent un lever d'espérance. On s'abandonne aux impressions afin de toucher le troublant laisser être au monde. Et si l'ornemental semble garder une place importante dans son approche la peinture n'est jamais traitée en simple effet de décor. L'artiste pense l'harmonie selon des principes non de régularité mais d'oppositions, de confrontations.

La vie ne cesse d'être présente dans une œuvre qui devient un immense poème visuel. S'y contemple le monde blanc et celui des couleurs. L'œuvre devient la narration de ce qu'on ignore encore afin de faire préférer à la douleur de la nuit la splendeur du jour.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues. Quelques ouvrages de J.P. Gavard-Perret