Artistes de référence

Aurore de Sousa

Aurore de Sousa
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L'ombre nue
par Aurore de Sousa

L'ombre nue propose plusieurs séries de photographies d'Aurore de Sousa. Objets usuels, miroirs, meubles, albums anciens, sont autant de fragments et d'indices, d'histoires de vie réelles ou rêvées, cousues entre elles par des fils ténus et presque invisibles. Cette fresque monochrome est traitée dans des tons nuancés et vibrants d'une grande douceur. Les textes de Marcel Cohen voisinent cet univers sans jamais l'envahir. Ils suggèrent, sans recourir au romanesque, différents usages de la mémoire. Témoignage, souvenir, anecdote, comptage, récit d'événement, deviennent les objets de narrations inscrites dans la trame de l'histoire. L'insularité et la contingence de ces " faits " photographiques et littéraires forment un ensemble que le lecteur s'approprie, non sans un certain trouble de pensée.
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Guide juridique et fiscal de l'artiste
de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création.
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Les photographies qui ne meurent pas ignorent l'éternelle patience de leur créatrice ou L'œuvre d'Aurore de Sousa.
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Imaginons Aurore de Sousa battre la campagne pour regarder la terre, les cailloux, les brindilles et les insectes. Imaginons là s'inventer encore des souvenirs d'enfance grâce à de petites photos noir et blanc, se croire princesse et « grincesse » comme elle le fut sans doute gamine. Très vite elle a su prendre de la glaise afin de modeler ses premiers personnages. Elle a aussi découpé à cru des silhouettes dans des papiers de couleur. Elle entra « en art » comme on entre dans les ordres - mais en désordre. Puis il y eut les premiers émois du corps et de l'esprit. Des émois cinématographiques, artistiques, photographiques : Antonioni, Josa-Maria Sert Y Badia, Louise Bourgeois, Theodore Robinson.

Avec ses propres prises elle commença à composer des murs d'images. Et on aimerait la croire être montée un jour dans un train juste pour lire « la Modification » de Michel Butor. On ne sait cependant, si elle aurait poussé le vice jusqu'à suivre le même trajet que celui du personnage du roman afin de savoir si la réalité rejoignait la fiction. Arrivée à destination (Rome) elle aurait vu sans tous les films de Pasolini en s'émerveillant de ses choix plastiques. Ce qui est sûr et qu'elle lle pratiqua comme beaucoup l'amour puis la solitude. Et retour.

Oui on peut imaginer une vie. Pas n'importe laquelle. Celle d'une artiste rare, pleine d'ironie et attachante. Capable de rendre palpable le monde par un effet de sidération entre autres de ses angles de « tir ». Devant ces œuvres le voyeur est saisi d'envoûtement, d'attraction, de désir et - paradoxalement ? – de peu d'interdit. L'artiste joue sur l'aspect aussi grave que surprenant de ses créations. L'inconscient n'y butte pas forcément : il sent qu'il est soumis à aucune castration. Car si la plasticienne décide et tranche elle ne coupe rien. Elle creuse. Elle exhausse, érige aussi. Tout devient objet de mutation. Les objets, les paysages, les portraits - qui soudain n'en sont plus - du moins tel qu'on a l'habitude de les considérer.

Pour Aurore de Sousa la photographie – en dépit ou à cause de sa technique – s'apparente à une perte de contrôle. En ce sens il est comme le sexe. Du moins comme l'entend une de ses modèles - Louise Bourgeois - : " chez une femme le sexe apparaît au moment où elle perd le contrôle, chez l'homme il intervient comme affirmation de son contrôle ". C'est parce que dans le travail de l'artiste la perte domine qu'une liberté de création existe. Ce qui ne veut pas dire toutefois que l'artiste est adepte du grand n'importe quoi ou du simple geste. Ces œuvres sont des créations. Dévorées, dévorantes, trouées, renversée parfois afin d'offrir l'essentiel. Aurore de Sousa se délie tout autant des purs effets de réel ou de décor, que de ceux de la spiritualité et de la sensualité rase motte. En un tel travail tout perd de sa solidité d'apparence. Le dehors et le dedans deviennent des notions qui ne fonctionnent plus tant il y a des altérations de surface ou de représentation. Pour autant la création ne tombe pas dans le néant. Si la réalité perd sa substance, sa solidité, sa constante, l'art y gagne au moment où pourtant ses déterminations et sa validité oscillent, où il se perd en richesse d'apparat et n'est qu'incertitude.

Les perturbations inventées par l'artiste créent le trouble. Ses œuvres ne sont pas des séquences de fantasmes mais présences de l'absence, présences in absentia – à l'exemple de ses portraits. Au visage est par exemple préféré à la chevelure. La créatrice fait renaître le réel en inséminant du mythe paradoxal au sein de la fable des jours. Les visages sont des étrangers. Ils sont là pour mieux fuguer et occuper l'espace qu'ils déplacent. Méfions nous de leurs titres et de leurs formes. Et leur degré d'humour n'est pas forcément négligeable même s'ils peuvent inquiéter. C'est là un comble de finesse, un paradoxe spasmodique. Ce comble ou ce paradoxe Aurore de Sousa l'atteint en des structures oxymoriques. Elles témoignent d'une lucidité aussi amère qu'ironique. Même si l'humanité paradoxalement s'y concentre, y converge , y trouve son élément.

Mais l'artiste sait qu'à notre naissance notre peur est absolue et notre degré d'humour à son point zéro. La peur atteint son degré zéro à l'heure de notre mort tandis que son degré d'humour est à son comble - du moins espérons l'imaginer ainsi... Il faut donc s'abandonner à un tel déroulement et au jeu des photographies de l'artiste. Leurs courants travaillent à la limite de la rêverie et de la pensée, dans la région confuse où le monde montré se nourrit des formes et de couleurs presque irréelles et où réciproquement la réalité iconographique reçoit une atmosphère onirique par les mises en scènes distanciées

La technique d'Aurore de Sousa crée un art de l'étrange par la séduction paradoxale qu'elle propose hors des schémas admis et en son besoin de totaliser des spéculations conscientes et inconscientes. S'y mêlent, aux anxiétés de l'être enfermé, ses délires de liberté. D'où la force d'un face à face. Afin de « rejouer » qui nous sommes (le peu que nous sommes) et ce que nous faisons il transfigure et défigure la question posée par la représentation.

Ajoutons que chez une telle artiste le principe de la profondeur architecturale des photographies devient souvent celui de la solitude. Au sein même de l'amoncellement du paysage la photographe invente et recrée la psychologie la plus intime de qui nous sommes. A savoir des naufragés des rêves, les naufragés écrasés par le désert des choses. A sa façon l'artiste reprend les vieilles expressions pour les faire sculptures : celle-ci par exemple : « faire la tête ». Aurore de Sousa la saisit par le revers comme elle empoigne à rebours ce qu'on oublie de contempler avec nos regards aux paupières de porcelaine.

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.