Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Maria Foskolaki

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MARIA FOSKOLAKI : LE FEMININ DU DESIR

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Avec les détrempes, les  encaustiques et les aquarelles de Maria Foskolaki les cycles font un écart et les  vieilles mythologies ne se ferment plus en cercle. La chaîne de la genèse est emportée dans une turbulence particulière par le mouvement même qui anime chacune des œuvres de l'artiste.

Résoudre leur énigme reviendrait à se prendre pour Oedipe, pour le meurtre ou le manque. Alors il convient de se laisser  porter par des représentations qui entre la psychologie et le symbolisme rompent les visions légendaires.  Éros déborde mais de manière pudique. Il donne la place qui lui revient à la femme. Maria Foskolaki la représente souvent de manière plus incisive que son pendant masculin souvent plus ou moins "flouté".

Parfois la femme par son corps plus durable que celui de son partenaire creuse son nid dans l'interstice d'une gémellité. La hiérarchie des sexes n'est plus fonction de la peur. Elle ne collectionne, ne capitalise plus les exploits, elle ne détruit plus tout ce qu'elle touche. L'artiste franchit une fracture,  recoud une fêlure.  Si bien qu'elle ne cesse de créer des images où non seulement les faces opposées des choses coexistent mais où le féminin prend toute sa dimension et son  accomplissement.

 De manière insidieuse et sensible, avec les seuls moyens plastiques l'artiste reprend diverses représentations de la femme et de certains mythes par diverses situations et  mises en scène. Chaque œuvre saisit une attitude, une posture, un embrassement.  Telles des idoles légères les femmes sont arrachées aux carrières antiques et montent vers des voûtes célestes ou vers des îles où le vent souffle comme il veut

La femme devient la déesse d'une religion des plus païennes. Maria Foskolaki en est la prêtresse libératrice à travers ses figures alanguies et discrètement érotiques. Les encaustiques créent une pluie, les détrempes un ruissellement dont le cercle ne cesse de s’agrandir. On est dedans sans y être mais cela permet de savourer jusque dans l'écart la substance même d'une sorte d'intimité utérine suggérée.

Les figures féminines de l’artiste harcèlent donc l'origine. Celle-là arrache à la barbarie iconographique et « mâle-igne »  ses figurines féminines. Elle corrige le un avec le deux, soigne le fruit plus que le tronc. Elle loge  l’air dans  la fleur. Le sexe masculin glisse ainsi à l’oubli, s’ampute de lui-même de sa déité autoprogrammée.

Maria Foskolaki démembre certains rêves de jouissance mais  pour mieux en remonter d’autres. Quelque chose communique avec le tout dans des formes évanescentes. La créatrice s'emploie à ce que le centre de l’amour coïncide avec le centre de la vie même si, comme le suggère certains tableaux de manière explicite ou implicite le mensonge rôde. Toujours est-il que par l'œuvre  le recentrage par et pour le féminin a lieu. Maria Foskalki est une artiste qui ne laisse pas indifférent et qui mérite considération.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.