Artistes de référence

Michel Gémignani

Michel Gemigniani

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Contrats du monde de l'art de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc. Après avoir précisé le cadre juridique des droits de l'artiste sur ses œuvres, les règles de rédaction et négociation des contrats du monde de l'art, il propose 25 modèles de contrats expliqués et adaptés aux exigences actuelles du marché de l'art.
Pour chaque contrat, l'auteur étudie le contexte légal et jurisprudentiel, donne un commentaire pratique sur les différentes clauses proposées et fournit un mémo de négociation, pour savoir le négocier et pouvoir l'adapter.
A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.
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FUGUES ET REVERBERATIONS
par Jean-Paul Gavard-Perret

Michel Gémignani, « De plumes et d'eaux », Galerie André Djian, Chambéry, Printemps 2012.

Prologue
D'où vient le pouvoir du « corps » dérisoire de la plume d'investir de sa présence quasi transparente le bleu inatteignable ?
Gémignani nous met en connexion avec un pur mouvement, à une suite de variations. Le bleu de l'eau la signature blanche de la plume le fait trembler.
La solitude se fait insolente dans la convocation au chevet du bleu de cette apparition volatile.
L'enchantement est là. Dans l'illimitation du bleu soumis à la minime palpitation blanche. Elle lui tient de lit et de repère.
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L'eau (l'espace). La plume (le temps). L'eau. La plume « mal » dessinée, ou pas trop. Pour contenir le temps de son vol. Chantournement graphique. Inquiétude (maigre), plaisir d'un presque rien, d'un effluve, de traces fines mal effacées. A dessein. A dessin. Pour voir de tels espace-temps il faut pénétrer un temps-espace.

Les tableaux de Gemignani le balisent. Ils sont marqués par un rythme créé par les motifs et les couleurs. Ce sont des ritournelles polyphoniques pleines de résonances. Depuis plus de quarante ans l'artiste interroge les combinaisons de formes et de couleurs et donc la question de la picturalité.

Le thème même de l'exposition dit presque tout puisqu'il évoque l'enjeu d'une lutte. Celle qui oppose l'image à la matière. Partant du graphisme le peintre s'en libère en même temps que son geste ose des jeux de mouvements incessants. Il y a là présence et en même temps effacement, si bien que Gemignani devient le peintre de l'instant et d'un territoire par essence provisoire.

Venue de la tradition cette peinture ose l'invention en ignorant les modes. L'artiste y cultive son propre chemin sensible et audacieux. Il transpose les éléments perceptibles de l'univers. La couleur s'étend tandis que des éléments « narratifs » glissent dessus – sillages compris.

Chaque toile acquiert une grâce. Elle se percevait déjà dans ses tableaux des années 90 du peintre. Plus narratifs peut-être mais tout aussi allusifs. Les passants de l'époque, ces passants interchangeables, s'y allègent désormais de leur poids. On ne sait s'ils sont devenus des sortes d'anges… Mais ils traversent la frontière de l'air et de l'eau.

Passé et présent, occident et orient se croisent dans un lieu aussi lyrique que dépouillé. Le regard y apprend à saisir le fugitif. Le peintre explore par la « peau » de la peinture des surfaces mouvantes.

Gemignani ne cherche pas à proposer des suites d'aperçus qui voudraient coller au réel. Par effet d'aplat la peinture fouille pour faire respirer du vivant. L'empreinte matérielle de la plume n'est qu'un prétexte. Elle devient quasiment une forme abstraite. Elle n'est plus que sa trace, le seul indice pelliculaire ou plutôt lenticulaire. Elle tatoue le bleu de sa traversée.

L'artiste situe la plume à fleur d'eau pour inventer de nouvelles transparences qui imbibent ses toiles. Surgissent un lieu, un rythme où l'image cherche elle-même quelque chose. Il faut l'affronter, se mettre devant comme devant une limite béante, une indication, une dislocation.

Et soudain la fascination opère. On peut y trouver une suite d'images secondes. L'eau elle-même n'est plus un simple miroir (trompe l'oeil). Elle provoque un état de voyance. N'existe pas à proprement parler de paysage ou de contextualisation. Pour autant la peinture ne se limite pas à une décoration, à un effet d'ambiance.

Nous rentrons en état d'apesanteur : une rêverie se défait ou se construit – comme on voudra - dans différents types d'arrangements. Ils semblent aléatoires mais ne le sont pas même s'ils échappent à la simple rationalité.

Surgissent des sortes d'endroits secrets qui arrivent sans les avoir cherchés. Les découpes de bleu font autant songer à l'air qu'à l'eau .Tout remue et tout est calme. Si l'inquiétude persiste la peinture recèle des petits bonheurs. Le lyrisme se fait discret dans ces « poèmes » empreints de douceur, de minutie et de spontanéité.

Demeure un silence dans ce qui tient pourtant d'une sorte de murmure. Chaque noir est suivi de sa traîne de blanc sur un clapotis de bleu ensoleillé et chamarré.

Jean-Paul Gavard-Perret.
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.