Artistes de référence

Anthony Giguet

Anthony Giguet
le site





Faces : Visages maquillés du Carnaval de Venise
de Sergio Zaccaron , Renato Pestriniero

De l'ombre surgissent des visages comme seule Venise sait en faire naître...

» disponible sur Amazon

ANTHONY GUIGUET : DENUDARE
par Jean-Paul Gavard-Perret

"C'est en défaisant qu'on fait" (B. Noël.)

"Cosmos love" - 90/90cm tissu Gloss et bois laqué
giguet anthony
Tout l’art d’Anthony Giguet lutte contre la ressemblance et nos constructions mentales. De la matière sont tirées des comètes faites de cambrures et de spasmes Elles sortent des limbes du quotidien sans pour autant devenir des chimères. L’artiste garde du visible des structures parfaites, impeccables. Son premier travail comme chaudronnier et soudeur dans l’industrie lui ont permis d’affiner une technique parfaite. Elle entraîne en un minimalisme vers d’extraordinaires voyages entre le dehors et le dedans. L’œuvre ne peut représenter un miroir. Sinon de "notre tête au delà" (Bernard Noël). Au monde approximatif l’artiste propose son univers fini même lorsque ses sculptures concrétisent des « séquences de la vitesse ». L’œil danseau sein d’un ballet formel métallique et mental pour des passes inédites. Le concept le plus abstrait devient donc matière mais aussi pure effluve. Le métal comme le mental s’aèrent sans faire offense à l'émotion. Au contraire.

En détournant les techniques et les matières destinées à l’automobile ou au textile Anthony Giguet fomente ce qu’il nomme ses « monochromes volumiques » compactes mais aussi en saillies. Ce sont des structures mystérieuses à la beauté éthérée et émouvante en dépit de leur aspect apparemment « glacé ». Ferronneries hiéroglyphiques, cubes bizarres, apparences contre la profondeur, présences contre absences, achèvements mais aussi ouvertures : tout est transmutation pour de paradoxales béatitudes. Les courbes d’angoisse s’érotisent avec leur lumière « chromatiques ». En un tel dédoublement du monde, le compact filtre l’air par effet de surface. Il montre par dessus ce qui est fomenté en dessous. Enfournant des concepts dans son œuvre pour leur donner une forme Anthony Giguet recourbe le langage articulé par effet de tensions.

Le concept n’a donc plus besoin de traités métaphysiques : une image suffit. C’est vieux comme le monde : souvenons-nous de l’adage « une image vaut mille mots ». Encore faut-il que l’image tienne la route et crée un lieu imaginaire là où tout pourrait sembler figé.. La compacité crée le clair, le transversable. Il y va d'un dégorgement, d'un envol dans la matière la plus dure. Face à la fenêtre de l'occident l’artiste n'a même pas besoin de faire référence au vide de l'orient ou à la brutalité africaine : il invente un paysage particulier. Les images (léchées) de matière débaroulent dans l’espace pour permettre de comprendre ce qui l’anime ou le bloque au moment où l'œil devient l'abîme de la conscience.Aussi abrupte que poétique l’aventure plastique devient la passerelle enchantée capable de franchir l'abîme de l'évidence. Et si généralement « Le corps répugne aux déclarations d’amour géométriques » (Martin-Scherrer), celui du regardeur est saisi ici par l’ubiquité diaphane du chrome et les esquisses intuitives de l’échange entre la noirceur du monde et la clarté de l’art. S’y fonde une harmonie d’échos. Ils ouvrent à une vision spirituelle dans la tension qu’ils inspirent et dans l’apaisement qu’ils créent. L’objet et le vœu du créateur ne font qu’un : si le premier est supprimé le second tombe. La compétence à la fois technique et poétique de l’artiste créent donc d’étranges centres de gravité. Nous voici faisant corps avec des œuvres saisissantes et leurs ondes de choc. S’ensuit une résonance inédite de remous. En cela l’infusion poétique de l’œuvre va bien au-delà des mots : dans l’invention d’un silence partagé fait de portes secrètes de sourdes « revenances » jaillissent au sein de la clarté.

Giguet rappelle que le plaisir de l’art est d’abord un mystère. Un mystère parfait et durable en un sublime denudare. Celui-ci représente le moyen de refonder une relation particulière au monde. Il s'agit de faire corps avec ce qui n'en a pas. L'image terrasse autant qu'elle nous redresse à l’arrière des yeux, à l’endroit de ce que l'on songe dans le plaisir comme dans la terreur. Du plaisir de la pensée à celui de l'art il n’y a plus qu’un pas. Il permet de passer à un plaisir plus vaste, à une extase nue. Le désir de l'artiste n'est pas celui du voyeur mais tous deux avancent ensemble. Ils saisissent le fascinant de l’inextirpable en un pacte. Celui-ci suppose non l'épuisement les images, mais l'effacement de leur apparence de premier degré. Guiguet crée le lieu du lieu, le seuil unique de la présence que l'image érige en une étreinte visible : étreinte de l'étreinte où le désir puise son impossible prise par la perfection des traits, leur accord inattendu.
Pour Anthony Guiguet la sculpture est une pensée incarnée. Et à travers elle il pose trois questions : Comment la sculpture a-t-elle prise sur nous, comment l’atteignons-nous, comment nous touche-t-elle ? L'artiste ne résout pas de telles questions mais il sait déplacer nos points de vue en inventant de nouveaux espaces, de nouveaux contacts en incarnant ces questions essentielles. Ce qui est bien mieux que de croire y répondre. Il met à nu l’objet de la pensée et des questions abstraites. Il permet de voir le rapport évident du lieu tactile au lieu de la pensée et d'en toucher le mystère.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.