Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Isabelle Hervé

Isabelle Hervé

le site


Guide juridique et fiscal de l'artiste : s'installer et choisir son statut, promouvoir et protéger son oeuvre
de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création.
»  disponible sur Amazon


Art et Fiscalite, Droit Fiscal de l'Art 2011
par Véronique Chambaud

Cet ouvrage, entièrement mis à jour, donne les repères indispensables pour comprendre et utiliser le droit fiscal de l'art. Il clarifie les problématiques de la fiscalité du marché de l'art et examine les obligations et impositions des intervenants culturels, tant professionnels qu'amateurs. Il présente les mesures de soutien à la création artistique et en évalue l'incidence sur le statut fiscal des artistes selon leur spécialité (plasticiens, photographes, graphistes). Il étudie les régimes fiscaux spécifiques de l'art tels que l'imposition des revenus artistiques, de l'atelier d'artiste, l'achat d'oeuvres à un artiste, le mécénat culturel, la vente d'art sur l'Internet, l'acquisition de trésors nationaux, la taxation des ventes publiques, la TVA sur les oeuvres d'art, l'imposition des plus-values de cession d'oeuvres d'art, le régime de l'ISF, la transmission d'oeuvres d'art, la dation en paiement, etc. Il fournit des exemples chiffrés, des tableaux synthétiques récapitulant les choix fiscaux, des barèmes, des formulaires de déclaration, des décisions de jurisprudence essentielles. Il réunit les textes sources utiles, législatifs et réglementaires, facilitant l'accès à la matière. Méthodique et pratique, à jour des dispositions applicables en 2010, cet ouvrage apporte aux professionnels de l'art, aux artistes, aux collectionneurs et à leurs conseils, les éléments d'action et de réflexion nécessaires à leurs obligations et décisions fiscales. » disponible chez Amazon




LES MIROIRS DEFORMANTS D’ISABELLE HERVÉ  : GEISHAS, PRINCESSES , GRINCESSES

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

isabelle hervéLe voyeur croit à la transparence des fables d’Isabelle Hervé. Leurs leurres le ravissent et le plongent dans une étrange culpabilité. Celle d’avouer la faute qu’il n’a pas commise. A savoir aller draguer des femmes dans un bar ou sur une plage où il n’est  jamais venu, de fantasmer sur les geishas d’un Japon où il n’a jamais mis les pieds.

Mais quoi de mieux pour le sortir de sa tombe ? Isabelle Hervé embaume le corps de ses princesses. A la fois par le mirage des ressemblances qu’elle invente et les déformations qu’elle provoque. « Femme spaghetti » ou « femme verre à vin » (nous les nommerons ainsi) s’offrent à nos délices. Mais derrière la volupté et aussi le rire l’artiste glisse des indices comme au fond d’un jeu de piste. La sensation la plus forte se crée sous la forme d’un retrait ironique signe d’une pudeur élégante.

L’œuvre tient en un langage plastique reconnaissable entre mille. Les silhouettes s’éloignent de qui elles sont par un traitement où la caricature n’est qu’un épiphénomène. Parfois les femmes ont tellement du mal à être contenues dans le cadre que l’artiste leur tord le coup mais sans la moindre violence. Moins abeilles détenues que princesses de leur logis éphémère les femmes restent avant tout belles. Elles imposent leur présence insolente sans complexes.

Oui, elles demeurent belles et luxuriantes jusqu’à leur difformité d’apparence puisque l’on comprend que celle-ci n’est qu’une métaphore. A travers elle l’érotisme demeure. Mieux : il s’exacerbe. D’où cet exploit dans l’art du temps : à la déceptivité fait place une  joie sensuelle, amoureuse. Même si parfois les postures d’une femme ou la narrativité d’une œuvre indique tout ce que ce sentiment peut générer. Mais passons.

Le voyeur se délecte des formes et des couleurs. Il rentre dans ce palais des glaces. Les fantasmes s’exacerbent au besoin. Mais dans tous les cas les écarts entre normalité et monstruosité sont hors de propos en dépit des apparences. Reste une proximité infranchissable peut-être générée par le sourire qu’induit le plus grand nombre des oeuvres. Dès lors, et comme tous les fantasmes, ceux que proposent Isabelle Hervé resteront lettres mortes.. Et c’est bien là le luxe d’une peinture qui joue bien plus avec le voyeur qu’avec ses personnages. De fait seul le premier subit des déformations auxquels ils ne s’attendaient pas. Il  ne pense plus – chose rare – avec son sexe mais avec sa tête ou son coeur.

C’est donc à ses femmes que l’artiste adresse des lettres d’amour qui ne s’écrivent pas.  Au besoin pour les mettre en garde. Mais surtout pour qu’éclate une plénitude vitale encombrée d’aucun concept. On peut appeler cette peinture vitaliste pour et par le bien qu’elle procure.  Rien donc de moins monstrueux. Simplement la féerie prend des chemins de traverse. On reste sous le charme par les notes de couleurs que l’artiste joue sur le clavier des sens. Que demander de plus ?

Reste à suivre le périple de ses princesses du quotidien devant leur café ou dans un balajo. Elles servent parfois de sparring-partner  à des matelots d’opérette sans que l’on tombe dans la bluette à la Peynet. Et il arrive souvent de rester bloqué sur une toile pour rentrer dans ses détails. Il le faut même : ne pas entrer dans les détails c'est ne jamais entrer dans la vie. C’est pourquoi il convient de voir qui se trouve vraiment dans des socquettes ou sous un léger t-shirt. Apparemment l’étoffe en devient si fine qu’il a déjà la dureté des seins qu’il ne cache presque plus.

Tout est bien. Tout est là. Le voyeur  se doit d’essayer de mettre les choses à plat, les déplier comme l’artiste le fait. On aime dans cette peinture le plat. Car par effet de pure surface Isabelle Hervé joue du trop plein comme du rapetissement, des monts et des vallées. Ses doigts caressent la toile d’une joie presque impudique par l’aventure inouïe du rire et pour  le plaisir d’un fragment d’un road-movie ou d’un discours amoureux. Le bonheur est surpris et la mort apprivoisée.

Par sa peinture les bancals que nous sommes peuvent danser sur le fil du jour. Avant de retourner de nuit dans des boites  où le soleil brille encore. Reste juste des coins d’ombres où  le secret de la féminité demeure voilé sous l’apparente extraversion de  « façade ». Et celui qui contemple les œuvres  ne se demande même plus comment il  pourrait en sortir : il se laisse emporter. C’est comme si le corps voyeur était traversé du corps voyant. La peintre. La Femme. L’Etreinte. Le flirte avec le vide. Ou plus si affinités. Grincesses, Princesses, le tour est joué.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.