HUYNH ET L’AMOUR DU PORTRAIT
L’HOMME QUI MARCHE DANS LA COULEUR ET LA SENSATION.
par Jean-Paul Gavard-Perret
Le regard à l'oeuvre
livre de Jean-Baptiste Huynh

Jean-Baptiste Huynh, « Photographies en hommage à André Pieyre de Mandiargues », Espace du Salon de Leonor Fini, Issoudun, du 20 juin au 20 septembre 2009.
Jean-Baptiste Huynh a du attendre 2001 pour accéder en l’ENSBA, dans le cadre du Mois de la Photograpie à Paris, à sa première grande exposition personnelle de photographies. Dans le noir et blanc la finesse joue sur une infinité de nuances. Se découvrent les trois aspects fondamentaux de son œuvre : les visages (en totalité ou en fragments), les voyage et les livres. Parcourant - en dehors de la France – le Mali, l’Inde, L’Ethiopie, le Japon, Le Vietnam, Le Cambodge ou encore l’Egypte. On a qualifié pour cette raison l’artiste de « photographe d’obédience orientaliste ». Et il est vrai que, mieux que tout autre, il a su saisir, en dehors des paysages, des portraits extraordinaires et plus particulièrement il a capté des regards perdus, égarés, méditatifs, absents, inquisiteurs, attachants sans misérabilisme ou condescendance.
Un double jeu de regards se produit entre celui qui le saisit et celui (ou celle) qui regarde l’objectif. Et si Huynh préfère les sels de chlorobromure d’argent aux technologies numériques c’est sans doute justement pour saisir au plus près les visages dans leur complexité. La restitution possède grâce à la technique et le regard de l’artiste une puissance rarement égalée. Il existe quelque chose que la post-modernité a tendance à ignorer : la quête de la beauté. On la retrouve aussi dans sa manière de saisir le minéral et le végétal. Il en garde des courbes proches de l’abstraction comme dans un de ses chefs d’œuvre : « Japon, mer I », 2002). Mais c’est surtout ses portraits qui retiennent l’attention. L’artiste peut ne saisir qu’un œil de femme pour le porter au sein d’une finesse extrême aux portes de l’abstraction. Mais il ose aussi capter le regard d’un vieillard aveugle (« Mali, portrait XXVI », 2003).
Pour Huynh, photographier revient à capturer l’autre. Chaque épreuve capte le semblable dans la différence au sein d’un dialogue silencieux mais intense. Un dialogue à trois puisqu’il ne faut pas oublier le spectateur. Ce dernier est saisi par les gris feutrés. Ils correspondent autant à une grande esthétique de la photographie (Paul Strand par exemple) qu’à sculpture gréco-romaine . Le photographe reste le maître des contours. Non seulement ils soulignent et soutiennent le visage et son image mais ils leur donnent une étrange clarté porté sur des identités anonymes mais burinés par leur culture.
Photographe de l’atténuation, Huynh n’en est pas moins un photographe de l’incision. Son langage iconographique témoigne d’un extrême souci de la forme et il constitue un accès à la vie comme rythme et respiration. C’est pourquoi on peut définir sa pratique comme poésie. Cette exploration des visages ouvrent autant sur le proche que sur le lointain et l’on retrouve cette dimension dans ses « Photographies en hommage à André Pieyre de Mandiargues ». Lui aussi trouva, en Egypte, un paysage, une culture, un ésotérisme qui posa comme il pose au photographe ce que l’écrivain émit dans « Bona, l’amour et la peinture » : « le problème insoluble et fascinant de l’homme et de l’univers ».
L’acte photographique devient donc un geste majeur et profondément poétique. Il donne un écho rarissime à la quête de l’autre. A partir de l’oeuvre d’André Pieyre de Mandiargues, Huynh poursuit une recherche fiévreuse de la réalité des êtres et des choses. L’artiste offre toujours au regard par le regard une œuvre forte où se lit une sorte de voluptueux abandon. Ses prises évoquent la souffrance mais aussi la sérénité, le souvenir, la mémoire. Nous plongeons immédiatement dans l’étrangeté des périples accomplis par l’artiste. Il poursuit son aventure à la connaissance de l’homme. Il fait remonter des images englouties arrimées à l’inconscient et que seule, généralement, l'embarcation de la nuit berce de sa cargaison chimérique. Nous sommes au seuil de l’insomnie. Nous mesurons le lointain qui nous sépare de ce quai où la maison de l’être pourrait trouver son assise.
Jean-Paul Gavard-Perret
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
|


Jean-Baptiste Huynh