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Léa Le Bricomte

Léa Le Bricomte

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Le guide de l'artiste: Tout ce que vous avez toujours voulu savoir pour émerger dans l'art

A l'adresse de tous les artistes, professionnels et amateurs, ce guide volontairement concret rassemble l'essentiel de ce qu'ils ont toujours voulu savoir pour émerger dans le monde de l'art contemporain en France et à l'étranger. Il apporte des réponses aux questions clés quand on veut réellement évoluer dans l'art, à la sortie d'une école d'art ou en autodidacte : Qui sont les acteurs du monde de l'art ? Quels sont les choix à faire au départ ? Comment assurer sa viabilité ? Quelles pistes pour développer sa visibilité ? Sorte de petite "bible" de conseils stratégiques et pratiques, Le Guide de l'artiste livre les conseils et les secrets utiles, et souvent étonnants, des plus grands spécialistes français : le curateur Nicolas Bourriaud, la directrice de la Fiac Jennifer Flay, le président du Prix Marcel Duchamp Gilles Fuchs, le collectionneur Guillaume Houzé, le galeriste Emmanuel Perrotin et le directeur du Palais de Tokyo Marc-Olivier Wahler, qui interviennent aux côtés des plus grands collectionneurs, galeristes, directeurs d'institutions et curateurs de la scène internationale. Mais c'est aussi un carnet d'adresses regroupant en un seul volume plus de 1 500 contacts et adresses de professionnels et d'organismes d'art contemporain : lieux d'exposition, centres d'art, galeries, foires, biennales et festivals, mais aussi bourses, prix et résidences d'artiste, sans oublier les écoles d'art, revues et éditeurs liés à la scène contemporaine. Visant à offrir au lecteur la plus large visibilité du monde de l'art contemporain en France et à l'étranger, Le Guide de l'artiste est un ouvrage destiné à devenir un incontournable pour ceux qui veulent faire de l'art le coeur de leur vie.

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LEA LE BRICOMTE : LE CHOIX DES ARMES A HELIX
par Jean-Paul Gavard-Perret

Léa le Bricomte, Exposition War Room, Galerie Lara Vincy, 47 rue de Seine, 75006 Paris.

Artiste dancefloor pour escargots, guitariste expérimentale, performeuse Léa Le Bricomte vit et travaille à Dijon et Caen. Elle collabore régulièrement avec Joël Hubaut. Plus conceptuelle que son partenaire elle décline selon divers médiums images récurrentes et idées. Reprenant le cycle de la vie et de la mort et en conséquence de la renaissance cyclique l'artiste est particulièrement intéressée par l'escargot et ses morphogénèses. Le gastéropode peut par exemple proposer une métamorphose du corps de l'artiste elle-même. Un tel changement de point de vue produit un glissement et révèle la vitesse différente de l'être humain et de l'escargot.

Dans « Escargots Lubrillants » (vidéo 2008) elle transforme « L'origine du monde » de Courbet en un dancefloor pour escargots. Le sexe féminin imberbe est cadré en très gros plan. Cela pourtant échappe au registre pornographique par la présence incongrue et centrale de l'escargot qui produit un glissement vers un univers onirique. Le sexe devient une vallée où l'escargot semble apparaître comme un sex-toy hypnotique mais qui échappe à la simple lubricité. Il s'intègre à la peau afin de provoquer répulsion ou désir par processus flexibles plus que durs qui rappelle sur un autre plan ce que l'artiste crée de manière musicale et performatrice avec Joël Hubaut lors de leur tour "Stone et Charnel"). S'y s'entrechoquent rock métal et poésie sonore en d'imprévisibles percolations qui prolongent les recherches plastiques du couple. et son mix scénique aléatoire définit comme expériences plastiques « punko-zen et tragiquement parodique ».

Léa le Bricomte propose ainsi une « Esthétique sécrétionnelle » afin de donner corps à un fantasme de totalité. Intéressées à la culture hindouiste l'artiste développe face à l'anthropocentrisme une conception bio-centriste dans laquelle le monde représente un ensemble cohérent et unique. Les différentes espèces s'y retrouvent en étroites collaborations que l'artiste a découvertes en se posant la question suivante de « Où commence le cannibalisme? ». Partant de cette interrogation elle a opté (comme l'escargot…) pour le végétarisme. Au nom d'une affirmation d'Orlan que Léa Le Bricomte reprend à son compte : « Il n'y a pas tellement de différence entre une tulipe et nous, encore moins avec le cochon ou le chimpanzé. Il existe une sorte de soupe primordiale. » Croisant corps individuel et social l'artiste ressaisit aussi le concept de « micropolitique » développé au départ par Deleuze et Guattari. Pour elle l'art est moins la fabrication d'un objet qu'un comportement dans lequel il convient de porter attention au vivant et aux choses les plus minimes (traces, sécrétions qui convoquent la vie et la mort comme un cycle perpétuel).

Mais l'artiste s'intéresse non seulement à ce bestiaire mais à des objets. Dont un moulage de préservatif en plomb et en étain intitulé « Love » mène. Cet objet semble ici partie d intégrante du corps qui devient en conséquence lui-même un objet. Et si le préservatif est l'emblème de l'aseptisation nécessaire il est tout autant et très vite un objet résiduel, une relique d'acte amoureux. « C'est une forme molle mais dure. Je propose une réflexion sur le changement d'état des matériaux » dit l'artiste. A travers cette sculpture elle produit ainsi une chimie et une alchimie du dur et du mou, du solide et du liquide qu'elle reprend dans son cycle des armes.

Léa le Bricomte s'avoue fascinée par elles comme par les insignes et les médailles militaires, les uniformes. « L'ordre et l'harmonie des formes peuvent vite devenir fascinant. Il y a dans ces objets, des ambiguïtés intéressantes. Les armes sont d'une beauté diabolique » écrit l'artiste. Le grand-père armurier n'y est peut-être pas pour rien. Mais qu'importe. L'artiste a par exemple transformé son atelier en fabrique artisanal de munitions. Elle a monté une ligne de véritables balles usagées, reconstituées. Les balles sont réparties en alternance petites grandes moyennes où certaines frémissent. A la suite de Warhol elle stigmatise le revolver comme un symbole de la culture populaire,)

Il y a dans ce goût et dans les pièces d' »artillerie » de Léa le Bricomte figure une théâtralisation de la vie et de la mort. Elle dénonce la suprématie du pouvoir et la domination phallique et belliqueuse. Dans sa « Mue » de pistolet le métal devient organique, il fait des bulles. Avec ses « Balles Glissantes » la créatrice expérimente la notion même de déflagration. L'artiste a réalisé balles et d'obus en vaseline. Ces sculptures fragiles et éphémères sont durcies par cryogénisation. Elle s'insère dans une sorte d'usine de vaseline onirique dont parle Gilles Barbier en référence au système digestif. Ses balles apparaissent surtout comme des sculptures de sécrétion qui évoquent l'instabilité et la fragilité de la vie et ont conduit l'artiste à réfléchir à des cibles incertaines (« cibles pour tirer dans les coins » ar exemple) ainsi qu'à des obus « mielleux » symbole d'une puissance sexuelle détournée. L'obus apparaît à la fois érigé, pénétrant et réceptacle. La violence de l'arme est noyée dans la liqueur du miel. « La douille peut produire du douillet, un effet mielleux contradictoire aux éclats du signe violent, une réversibilité d'évidence » dit la créatrice.

L'art en conséquence non seulement peut mais se doit les armes comme l'escargot afin de décrypter notre infirmité. Léa le Bricomte le prouve par ses métamorphoses propres à illustrer ce qui nous affecte et nous grignote. Rappelons qu'avant même et après l'art il y a eu et il y aura le chaos. Est-ce à dire que chacun nous est fait à son image? Sans doute. Notre paquet de viande et de nerfs n'est qu'une masse visqueuse et il n'est pas jusqu'à notre sexualité à ressembler souvent à celle du chaos. Recréer l'atmosphère de guerre ou de grouillement revient donc à s'arracher à l'erreur mystique. Car ce qui habite l'être n'a rien à voir avec dieu sauf à penser que les armes et les escargots détiennent en elles-mêmes une spiritualité vagissante….



Jean-Paul Gavard-Perret.
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.