Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

MENASART Fair

Art-thérapie : La peinture qui guérit
Michèle Curinier

Sous la forme d'un bref récit poétique, mêlant son itinéraire à celui des personnes qu'elle accompagne, l'auteur nous initie à la pratique de l'art-thérapie, ici la peinture thérapeutique. Elle nous montre comment l'acte créateur bouscule le fondement même de l'être. Le geste nécessite une liberté intérieure qui ne peut être fabriquée par la pensée. Il s'agit d'un chemin à parcourir où les sens nous ouvrent à la créativité et à la spiritualité. Le corps, le mental et l'âme peuvent s'accorder, faisant sauter les verrous de la dualité qui nous morcellent. Si la voie thérapeutique conseille de regarder ses blessures pour mieux les surmonter, c'est en reconnaissant les forces qu'elles ont fait naître en nous, que nous pourrons guérir et retrouver la vie. C'est dans une approche multidimentionnelle de l'être humain, une approche moins fragmentée de la médecine, de la psychologie et de la spiritualité, que l'on peut retrouver la joie en nous, l'élan vital qui guérit le corps et l'esprit, conduisant à notre véritable " moi ".
l'auteure
Michèle Curinier est une artiste au parcours atypique. Installée dans le Dauphiné, elle renonce à une belle carrière et renoue, vers l'âge de trente ans, alors qu'elle est mariée et mère de famille, avec un rêve : la pratique de l'art pictural. Très vite reconnue dans le milieu artistique où, grâce à l'édition d'art et aux galeries, ses œuvres se vendent en France et s'exportent, elle ouvre un atelier d'expression où elle est rapidement confrontée au mal être et à la détresse intérieure de ses élèves devant l'acte créateur qui révèle nos failles. La pratique de nombreuses années de yoga, l'étude des grands maîtres spirituels de l'Inde et des grands mystiques chrétiens l'ont solidement ancrée dans une spiritualité en quête d'unité. Une formation d'analyste transpersonnelle l'a conduite tout naturellement vers l'art-thérapie. Elle anime des sessions et des conférences, aboutissement fructueux de ses longues années d'expérience.
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MENASART : ELOGE DE LA TRANSVERSALITE

par Jean-Paul Gavard-Perret

  
« Menasart Fair », BIEL, Beyrouth (Liban),
13-16 Juillet 2011.

 
Bravant les épreuves de son histoire Beyrouth voit la création - après la « générale » comme ont dit au théâtre une « édition zéro » en 2010 - de la première foire d’art contemporain réservée aux artistes de ME.NA SA . A savoir un continent transversal qui va de l’Afrique du Nord à l’Asie du Sud Est en passant par le Moyen Orient.. Laure d’Hauteville (directrice de la foire), Pascal Odille (son pertinent directeur artistique secondé par Jean Marc Decrop pour le sud-est asiatique) et Guillaume Taslé d’Héliand (directeur général) on compris l’importance de ce « continent » parfois scandaleusement sous représenté alors que la scène artistique y demeure des plus vivantes.
 
Face à l’Europe et aux Etats Unis, la Chine s’est déjà imposée. Ses artistes trustent déjà les premières places sur le marché international. Mais les pays de la ME NA SA restent encore les parents pauvres - au niveau de la reconnaissance - des territoires interlopes en émergence. Laure d’Hauteville n’a pas choisi Beyrouth au hasard. Elle y avait  créé la foire « Artsud » en 1998 mais les évènements politiques de 2005 et 2006 n’ont pas  permis de faire perdurer ce premier projet. La directrice croit toujours pourtant en Beyrouth. Depuis qu’un certain équilibre est réapparu  la ville peut devenir la plateforme stratégique de la diffusion des oeuvres. Située au centre du « croissant fertile » la capitale libanaise fait figure de capitale culturelle du monde arabe à proximité  des émirats du golfe. Le Koweit, le Qatar et Oman deviennent en effet des places centrales dans le développement de l’art en sa mondialisation.
 
Cette foire n’a pas l’ambition de prétendre instaurer dans ses expositions la présence d’un art spécifique arabo-musulman. Le territoire de la ME NA SA est trop large pour prétendre à un art univoque. Chaque pays possède sa propre tradition. Et leurs artistes eux-mêmes vivent parfois en dehors de la frontière. La foire est donc le lieu d’une immense confrontation,  d’un vaste remuement. La tradition est réinterprétée selon différents axes. Et les diverses approches elles-mêmes (vidéo, sculptures, installations, etc.) prennent des voies parfois surprenantes.
 
Au fil des galeries diverses versions de l’art seront donc visibles. Des artistes tels que l’historique  Mahmound Said, les plus récents Nja Mahdaoui, Farhad Moshiri, Ahmed Moustafa (côté calligraphie réinterprétée), ou Youssef Nabil restent dans une forme de tradition. A l’inverse des artistes tels que Paul Guiragossian, Mounir Fatmi, Eko Nugrobo, Faridei Lashai, Shurocq – chacun dans des registres différents- s’inscrivent au sein d’une post-modernité plus mondialisante que jamais. Elle trouve à travers eux une force impressionnante.
 
Menasart Fair devrait donc devenir (c’est tout le mal qu’on lui souhaite) un événement artistique mondial. Il permettra le creuset germinatif à l’inverse de beaucoup d’événements qui se contentent de la dispersion ou de l'inventaire. Grâce à ses concepteurs la foire parie sur une notion première qu’hélas beaucoup de responsables artistiques d’événements veulent ignorer : l’importance accordée à la beauté. La perfection formelle reste en effet des plus nécessaires. Elle fait qu’une œuvre existe ou ne demeure qu’un épiphénomène afin d’amuser les gogos.
 
Laure d’Hauteville croit en l’art et ses "cristallisations" féeriques. On lui en sait gré. Pour elle l’art ne rime pas avec avatar. Au lieu de nous faire assister au désastre croissant de l’imaginaire elle va donc proposer un point d’ancrage de ce qui compte mais qui demeure encore trop passé sous silence au nom de politiques commerciales discutables. Visiter une telle foire reviendra à voir et comprendre comment des artistes revisitent nos gouffres intérieurs ou environnementaux et comment ils leur accordent un supplément d’âme.
Et si tous les artistes présents ne possèdent pas encore de « noms » la majorité d’entre eux a déjà une signature ou plutôt un langage. Les Faridah Lashai, Shiroq Amin, Natte Utarit ou Marwan Rechmaoui inventent des tensions dans l'immobilité apparente des présences qu’ils érigent.  Leurs œuvres en leur diversité atteignent une puissance irradiante. Elle permet de parachever le monde au sein d'une plénitude réduite parfois à l'essentiel. Le "jeu" donc n'est plus de savoir à quels pays de tels artistes appartiennent mais comment ils remplissent le monde par leur lumière.
Emergent des visions parfois féminisées (Diana Al-Hadid), parfois idéales (Ahmed Moustafa) ou encore "céphalomorphes" (Mounir Fatmi, Eko Nugroho). S’y dessine une histoire connue et inconnue au sein d'un espace physique et mental qui nous éloigne du quotidien encombré.  Dans un dialogue soutenu entre la présence fortement matérielle et l'intervention fortement “ émotionnelle ” ces artistes ne se contentent pas de s’affronter à la matière-objet.  Surgit un arrachement dans les soliloques de leurs gestes. Ils  donnent naissance à un règne énigmatique.
Laure d’Hauteville et son équipe nous plongent en conséquence dans le monde encore méconnu d’injonctions presque inédites où les traces diverses deviennent l’énergie sourdement incorporée par la puissance de créations d’un ailleurs de moins en moins éloigné ou exotique. Nous souhaitions donc une fois de plus à ce premier numéro de Menasart Fair tout le succès qu’il mérite et à cet évènement une longue vie. Sa transversalité est en effet capitale.
    

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Le territoire ME.NA.SA., proposé comme une nouvelle forme de « continent » transversal, s’étend de l’Afrique du Nord à l’Asie du Sud Est, en passant par le Moyen Orient. Les ventes internati onales d’art de ces dernières années, de plus en plus spectaculaires, témoignent de l’énergie créati ve et arti sti que de l’ensemble de ces régions. En 2010, Menasart-Fair Editi on « Zéro » consacre cett e réalité, en créant la première foire d’art contemporain réservée aux arti stes de ME.NA.SA.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.