Artistes de référence

Gaëlle Pelachaud

Gaëlle Pelachaud

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Gaëlle Pelachaud, artiste, actuellement conférencière au Centre Pompidou et professeur de dessin à la Ville de Paris, a exposé dans de nombreux pays. Elle a réalisé plusieurs livres d'artiste, et livres-films. En qualité de chercheur sur le livre en mouvement, elle participe à des conférences sur cette thématique.

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LE SPATIALISME SELON GAELLE PELACHAUD
par Jean-Paul Gavard-Perret


Québec, la nature s'offre en spectacle
Livre théâtre de Gaëlle Pélachaud, 2011

Avec Gaëlle Pelachaud le livre par essence bidimensionnel trouve une troisième dimension. L'artiste le déploie, le désosse, lui offre du mouvement et un volume particulier. Elle sait aussi que la technologie numérique le transforme d'une autre manière. Page papier, page-écran, dématérialisation ouvrent d'autres voies. Pour autant l'artiste ne renonce pas à la matière image. Depuis toujours elle cherche à inventer d'autres liens entre l'écriture, la lecture, l'image (animée ou non) voire le son. Elle ne renonce pas pour autant à des techniques plus primaires : la gravure par exemple qui retrouve une belle naïveté.

L'oeuvre est donc complexe. Elle rapproche les feuilles du livre du feuillage humain. Et pratique parfois des passages en force pour que la vie comme l'art et la littérature aient encore à restituer bien plus que des fantômes. Un tel travail rappelle le silence tel qu'il fut parfois mais aussi un murmure. Sous ses multiples facettes l'œuvre devient mer et plage, enfance et tourment, fable et folie. Il faut la comprendre comme un chant face à la crainte d'un dépérissement. Mais peu importe le flacon. Reste l'ivresse des images et des vocables faits d'échos et de résurgences afin qu'aucun trait ne soit tiré. Comme si la créatrice retrouvait par son travail la femme dont l'imaginaire ne refuse pas d'échanger avec le réel.

Souvent son travail se réduit au presque dépouillement ludique. Restent des images sourdes. Elles ne retranchent rien. Elles ajoutent de l'organique tout en creusant ou développant leur support. Gaëlle Pelachaud est capable de beaucoup car elle refuse les clivages. Elle avance dans la langue, la matière. L'œuvre est soudain plein de fond. Même s'il n'existe pas de réponses ni de simples images reflets toutes faites dans sa création. L'œuvre en tant qu'objet ne fait jamais barre ou barrage. Parfois un hiatus s'élargit entre les mots et les images et leurs supports. Parfois à l'inverse les rapports se resserrent par de nouvelles amorces ductiles et délicieuses.

Un tel langage et ses supports conduisent à des découvertes. Il s'agit comme toujours chez Gaëlle Pelachaud de convoquer le corps et l'esprit. Ils découvrent par les œuvres une consistance. Chaque technique ou objet devient un lieu d'interaction. A l'espace balisé qu'est le « cadre » étroit du livre, du film et que sont les conduites forcées des images un éclatement de formes et de couleurs a lieu sans complaisance ou facilité.

L'artiste sait que franchir la frontière des apparences touche à notre plaisir, à notre jouissance et, sans doute, à nos possibilités d'angoisse puisque nos certitudes se voient interpellées. Par ses innovations et variations elle inscrit à sa manière une coupure dans la coupure. Celle ou celui qui regarde devient sourdement « aimantée » à ce qui d'habitude fait partie d'une forme de quotidien. Gaëlle Pelachaud déploie un autre lieu en une sorte d'actes et d'objets « poétiques » construit souvent sur l'exécution de divers motifs, structures, pliages. Transcendant les limites du support elle y introduit des formes qui s'abîment en lui afin qu'un passage ait lieu.

Une faille est donc introduite dans « l'objet », sans interruption et afin que l'imaginaire porte à faux sur le réel. L'art gagne alors en ouverture dans les tracés. Ils débouchent vers une autre spatialité Entre le réel trivial et la poésie pure Gaëlle Pelachaud introduit ses « fétiches » afin de faire surgir une réalité plus expressive. Elle offre des propositions aussi avénementielles que ludiques. C'est sa manière à proprement parler de « mettre le paquet », de recycler et de pervertir la communication dont l'art par son rôle est non seulement le symbole mais le vecteur. Le travail de la créatrice propose un étrange plaisir, un sentiment " excentré " fait de mouvements contraires. Béance pure par ce que l'artiste découpe, soude ou déploie. Chaque fois l'émotion qu'elle engendre est multiple.

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.