Artistes de référence

EMOLIO PEREZ



La Mariee était en Rouge
de J-P Gavard-Perret

gavart-perret : la mariée était en rouge

Si toutes les veuves ne sont pas joyeuses, elles ne sont pas forcément tristes pour autant. Parmi elles, une s'était mariée en rouge : elle déplace les états d'âmes par le miracle de son écriture. Le pourpre lui va donc comme un gant. Pas n'importe quel pourpre : celui du sang. Quand elle écrit il faut lui répondre d'une même encre, attendre que cela passe et voir ce qui en coule. C'est en le découvrant que l'on reprend conscience. On ne retire plus le corps de l'écriture : on l'accepte même si le sexe en reste l'énigme suprême. Cela dessine un bord d'ombre, un duvet si fin qu'il tombe en fragments. Mais demeurent l'interstice, le passage. Ils ouvrent à une étrange intimité. On s'y laisse emporter.

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MAIN BASSE SUR LE REEL : EMOLIO PEREZ
par Jean-Paul Gavard-Perret


Emilio Perez,
"Rivers always meet the sea" ,
12 octobre - 14 novembre 2011,
Galerie Lelong
Paris.

The Way it Goes, 2011 (courtoisie Galerie Lelong)
Emilio Perez plonge dans des territoires inédit où le mur entre les concepts d'abstraction et de figuration s'écroulent. Il joue sur les deux registres dans la jubilation d'un parcours initiatique. Il provoque par voie de conséquence un ravissement au sein d'une confusion organisée. Feinte d'incarnation « réaliste », la peinture devient le lieu où le visible transfiguré est livré au vertige en une forme de contrat virtuel là où l'image devient un paradoxe. Franchir son seuil ne revient pas à trouver ce qu'on attend car un tel travail ne risque pas de rameuter du pareil, du même.
Surgit une effraction par laquelle monte contre l'obscur des myriades de formes et de couleurs aussi légères, vivantes que denses. Même les bleus flambent. Avec « Rivers always meet the sea » tout est en soubresauts, turbulences, explosion, flux. Chaque œuvre est dynamisée par une énergie et des mouvements. Exécuté froidement chaque pièce recèle la puissance de l'agitation. Le plus souvent Perez applique sur un panneau de bois une couche de peinture monochrome, puis une couche de latex. Il y pose diverses couleurs. Ensuite, à l'aide d'un cutter, il incise la surface, décolle de fines pellicules de peintures superficielles et fait apparaître « en négatif » sur le fond monochrome les formes, les lignes, les surfaces agitées qu'il souhaite. Surgit une sorte d'abstraction particulière. Elle retient l'essence du vivant là où aux arêtes vives l'artiste préfère des concavités plus subtiles
Là où semble trôner le chaos et l'irréel se concrétise une autre figuration dont la structure échappe en un devenir incessant. C'est pourquoi les oeuvres n'ont rien à prouver qu'elles-mêmes. Le centre de la création reste sa " matière " elle-même. Le reste n'est qu'anecdote. Emilio Pérez retient l'essence de la peinture en tant que travail de transformation de la matière. L'art s'il n'est pas pacifiant n'a rien pour autant de « chaosmique » au contraire. Car un tel travail génère bien plus d'extase que du dégoût. Tout un paysage physique aussi bien que mental s'élève par empreintes et éléments de genèses. Par trouées insidieuses et sourdes aussi. Elles sapent l'apparence pour de belles échappées et des échappées belles. L'espace s'ouvre - territoire très intérieur d'abord. Mais c'est le dehors lui-même qui se met à chanter et qui continuellement déclenche le geste de Pérez.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.