Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Maï-Thu Perret

DVD
Lignes, Formes, Couleurs
par Alain Jaubert

Une série documentaire pour comprendre l'histoire des techniques de la peinture par Alain Jaubert, auteur de Palettes. Mettant à profit toutes les possibilités offertes par les nouvelles technologies, la série Lignes formes couleurs revendique une approche encyclopédique de l'histoire des techniques de la peinture. Chacun des films de Marie-José et Alain Jaubert explore les plus grands chefs-d'oeuvre de la peinture sous des angles méconnus. L'occasion de regarder autrement de célèbres tableaux de maîtres analysés dans leurs moindres détails.
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DE LA DISJONCTION A LA JONCTION : PRINCIPE D'UTOPIE DE MAI-THU PERRET

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Mai-Thu Perret: Land of Crystal :
le livre sur The Crystal Frontier
Maï-Thu Perret crée la labilité d'une expérience sensible qui contraste sans doute avec le minimalisme traditionnel. Toutefois son approche tend vers une sorte de sublimation qu'on nommera post-minimale. Traitant du postmodernisme et des différentes formes d’incarnation d’utopies la Genevoise Mai-Thu Perret a commencé sa carrière d’artiste à la fin des années 1990  après des études de lettres à Cambridge. Elle a dirigé l’espace d’art contemporain Forde à Genève et est déjà une artiste d'envergure internationale malgré son jeune âge. Très vite elle s'est fait remarquer par sa production d’objets manufacturés placés souvent en un scénario fictif pour une narration très particulière. Elle repense ainsi le statut de l'œuvre d'art et son contexte de production.
Sa narration a commencé en 1999 sous le titre "The Crystal Frontier". Il s'agit de l’histoire d’un groupe de femmes. Déçues par la société capitaliste et patriarcale ces personnages "auraient" engagés une nouvelle fuite au désert. Celui du Nouveau-Mexique pour fonder une communauté autonome : "New Ponderosa”. Celle-ci veut réinventer les relations au travail et à la nature. C’est sous la forme de fragments de journaux, de lettres ou de rapports d’activités écrits par ces femmes que l’histoire est transmise par Maï-Thu Perret. Mais elle fait plus et mieux. Elle double son récit par la création d'objets nommés “la production hypothétique” de le "New Ponderosa".

L'artiste se réfère à la phrase de Sol Lewitt “l’idée est la machine qui fait l’art”. Et pour elle , la fiction narrative devient la machine génératrice, le mécanisme créateur de l’art. L'artiste invente toute une stratégie qui permet d'oblitérer le plus possible la subjectivité de la créatrice pour s'intéresser à sa position dans la production d’oeuvres d’art et la reconstruction de celle-ci. Le risque est ici pour l'artiste d'être taxée d'impersonnalité. De fait entre un art conceptuel et minimal l'artiste est de celle qui croit encore à une utopie. Cela est essentiel chez celle dont on risque parfois d'aborder l'œuvre uniquement par ses caractéristiques formelles même si bien sûr elles restent fondamentales. L'intérêt réside autant dans le fait d'un primat du concept sans pour autant que le résultat soit négligé. Il est même capital.

Une quantité de médiums  dont la céramique, le textile, la peinture, la sculpture , le film ,  ont chez elle des références au constructivisme russe, au mouvement Art & Craft, au minimalisme. L'artiste imbrique d'ailleurs ces mouvements historiquement codés à sa propre fiction afin de questionner les utopies. C'est pourquoi sous couverts de production d’objets décoratifs et/ou utilitaires l'artiste pose la question de leur sens : Que "font" de tels objet lorsqu'ils sont decontextualisés dans un autre champ ?
Quand l'artiste expose une série de tapis tachés de peinture qui évoquent le test de Rorschach, par la bande l'artiste invite le spectateur à ses propres projections imageantes et imaginaires. Mais en même temps surgit une recontextualisation fictionnelle : il peut s'agir en effet de l’expression de la créativité libre que les femmes de New Ponderosa recherchent dans le retour à la nature et à l’artisanat. Derrière les qualités "décoratives" des œuvres émerge donc un  fond de moralisme mais qui n'a rien d'étriqué, de normatif ou encore de purement féministe. Par des techniques et des médiums variés demeure avant tout la question des formes et de leur environnement. Ce n'est pas l'éthique qui fonde une esthétique mais celle-ci qui crée celle là. Les formes créent donc un espace mental utopique. En cet espace l'épars ne sépare pas. Au contraire. Comme chez Armleder - mais selon d'autres principes - le jeu de la disjonction n'est là que pour une nouvelle unité : une unité à venir. De même l'éloignement du lieu  "Nouveau Mexique" crée un rapprochement. Bref le lointain fait le jeu de la proximité.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.