Artistes de référence

Petra Stavast

Petra Stavast

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Contrats du monde de l'art de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc. Après avoir précisé le cadre juridique des droits de l'artiste sur ses œuvres, les règles de rédaction et négociation des contrats du monde de l'art, il propose 25 modèles de contrats expliqués et adaptés aux exigences actuelles du marché de l'art.
Pour chaque contrat, l'auteur étudie le contexte légal et jurisprudentiel, donne un commentaire pratique sur les différentes clauses proposées et fournit un mémo de négociation, pour savoir le négocier et pouvoir l'adapter.
A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.
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RIGUEURS DE PETRA STAVAST
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les photographies de Petra Stavast sont sans concessions. Chaque fois une ressemblance obscure naît d'une autre. C'est comme une chute qui ne tombe pas parce que l'artiste la retient. Sous l'apparente froideur mitonnent sans doute des orages. Mais ils ne se montrent pas. Même par effet de variations d'un même portrait. Celui-ci reste énigmatique, magnétique et hors psychologisme.

Pour autant la photographe semble la vigie d'un monde intérieur à travers les blocs glacés de ses visages, leur altération impossible. Il peut y avoir caché un amour inoubliable mais cela reste de l'ordre du secret. En des surfaces sensibles et pâles mais pour autant nettement dessinés l'être est là soumis à sa solitude et dans le temps suspendu. Forcément il ne bouge pas. Il semble ne pas pouvoir s'unir vraiment à quelqu'un. Restent comme l'écrivait Mallarmé "Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui /Ce lac dur oublié que hante sous le givre / le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui".

Surgit en conséquence une seule nudité. Celle de la prise. En un renversement, la photographie devient la chair de son double réel. L'artiste ne triche pas, refuse tout effet . A peine si parfois certains changements d'angles de prise de vue modifient le constat qu'elle dresse de manière impénétrable. L'œuvre reste en ce sens luthérienne – mais dans le bon sens du terme. Cela donne une intensité à la fragilité des visages et des indices d'identification proposés sans le moindre fard, appât ou apprêt.

Chaque portrait demeure insaisissable. Pourtant chaque prise catalyse des montées vers l'invisible - sans que l'on puisse en dire plus. Le regard devient abyssal face aux photographies. Plus que des surfaces enrobantes elles se dérobent. Ce que le voyeur croyait investir, devient principe d'une séparation. Il est possédé et dépossédé. On ne peut donc s'en débarrasser, mais on ne peut en jouir – du moins selon l'économie libidinale habituelle et discutable.

Petra Stavast refuse en effet les jeux du fantasme. Reste ce qu'il n'appartient pas de connaître mais qui est pourtant paradoxalement offert. Il y a un « envoi » dans l'acception médiévale du terme. L'artiste crée un équilibre entre l'ellipse - tournée vers le silence - et l'énoncé complexe - tourné vers la révélation. Entre la nécessité du secret et l'impératif de l'image. Entre le corps de vie et le corps de l'épreuve.

Tout reste dans les territoires de solitude. La photographe la fait toucher. Mais sans insister sur le moindre indice de douleur. Surgit pour tout viatique une quasi transparence faiblement colorée et diaphane. Les visages ne sont jamais durement marqués afin que la rudesse de la fouille identitaire soit - paradoxalement - encore plus marquée. Chaque visage (hors contextualisation) reste dans un séjour incertain. Il semble aimanté du dedans. Même et autre il perd son évidence. Restent une présence violente ou douce et un appel peut-être. Un appel silencieux. Discret et insistant.

Tout ce qu'on peut dire : le visage sort l'ombre. Emanent un conflit sourd, une tension douce. Au bord de l'incertain le portrait n'est en rien chimère mais paradoxale épiphanie. Apparence au bord de l'apparence. Evanescence au milieu des lignes qui se perdent en lui. Ou que la photographie dénombre en les perdant.

Sa force est muette, pénétrante et crue. Son évidence n'est pas forcément présence. Petra Stavast évacue la lueur de rêve ou de la mélancolie. Chaque épreuve devient le seuil d'un autre dévoilement. On passe de l'eau dormante à l'eau bouillonnante, du plein au vide. Si bien que de telles images ne se quittent plus : elles se reprennent. Car elles créent le trouble.

Les portraits restent des présences de l'absence, des présences in absentia. Au visage est parfois préféré la chevelure Et cela provoque le comble paradoxal du portrait. Dans un effort de lucidité une humanité s'y concentre, converge soudain. Il faut donc s'abandonner à un tel déroulement et au jeu des photographies de l'artiste. Leurs courants travaillent à la limite pensée, dans la région confuse de l'émotion.

Par sa technique Petra Stavast crée une séduction particulière : à savoir celle qui refuse la séduction. L'artiste transfigure et défigure la question posée par la représentation. Et si on regarde (ce que l'on fait forcément) en effet de miroir ces oeuvres nous nous contemplons tels des naufragés solitaires.

Les portraits deviennent des écrins à hantises auxquels la créatrice donne une propriété troublante bien éloignée d'un romantisme cher à tant de noceurs de la postmodernité. Les visages sont assourdis de silence. Les photographier revient à y entrer. Cela procure une sensation de vertige. Chaque portrait rappellent qu'on n'est à personne. Entre le distinct et l'indistinct une étrange médiation peut avoir lieu

Par refus des compromissions Petra Stavart crée la résistance face à l'image instrumentalisée. La créatrice sait que la volonté de transparence reste toujours le produit d'une culture. Le caché, le mensonge comme la vérité sont relatifs à un temps et une époque. La vérité elle-même est toujours chargée d'une volonté de puissance idéologique "garante" des sociétés humaines. Face à elle l'art « rigide » et roide de la créatrice néerlandaise s'insurge et inscrit sa légitimité.

Et en une époque où un érotisme de la figure tient le haut du pavé, Petra Stavast rappelle que la photographie peut oser d'autres ambitions. Elle parvient à expulser les viatiques psycholo-gisants qui servent habituellement de matricules aux photographes à testostérone. Elle ouvre des escapades discordantes mais sans écarts primesautier ou léger. Son travail soude l'invisible au visible, l'évidence au secret.

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.