Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

SUN Xun

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


SUN Xun

sun xun

Yue Minjun est né en 1980 à Fuxin dans la province de Liaoning en Chine Vit et travaille à Pékin.

Les oeuvres de SUN Xun sont visible notamment à la ShanghART Gallery.



C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale.
En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.


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Le monde selon SUN Xun

par Jean-Paul Gavard-Perret

sun xun

SUN Xun - Utopia in the Day (video 2004)
courtoisie : ShanghART gallery

Honoré par la diffusion de plusieurs de ses films au Festival Shadows 2008 à Paris, Sun Xun fait partie des grands talents du cinéma d'animation chinois. Il est aujourd’hui l’une des figures incontournables du renouveau du film d’animation en dans son pays et dans le monde. Né en 1980 à Fuxin, dans le Liaoning, il a fait ses études à la China Academy of Fine Arts de Hangzhou, où il réside toujours. C’est en 2006 qu’il a fondé son studio d’animation « Pi » et ses œuvres, tant picturales que cinématographiques, ont depuis lors fait le tour des grands musées et des festivals de cinéma. Pour créer ses animations, Sun Xun réalise des centaines de dessins individuels. Mais il existe une particularité dans ses images : elles  incorporent souvent des textes sur des sujets qui sont le plus souvent historiques et politiques. Il filme ensuite les dessins l’un après l’autre pour donner non seulement du mouvement mais afin de suggérer le passage du temps ou les machinations de l’histoire.

Les œuvres réalisées pour la préparation des films sont elles-mêmes des œuvres d’art à part entière, présentées parallèlement aux films eux-mêmes, dans musées et galeries. En 2006, à la biennale de Shanghai, il a inauguré une manière très vivante d’initier le public à sa démarche créatrice : l’artiste a d’abord tenu un studio public où l’on pouvait le voir réaliser les sketchs préparatoires du film et les œuvres réalisées ont été exposées pendant le mois suivant. Parmi ses films les plus fameux on peut retenir  « Coal Spell » qui relate l’histoire sa ville natale  transformée dans son approche en une cité mystérieuse et sombre, parcourue par des tempêtes de sable, des nuées de fumées noires s’échappant d’immenses cheminées d’usines cachent le soleil. Les slogans idéologiques retentissent quotidiennement pour rappeler les esprits à l’ordre et brider leur curiosité du monde extérieur.

« Coal Spell » devient l’histoire urbaine d’une  prison à ciel ouvert. Sun Xun  y a condensé de ses thèmes favoris et son esthétique.

Le monde de Sun Xun est un univers très sombre, manipulé par des magiciens et habité par le mensonge. Il est aussi peuplé d’animaux monstrueux et menaçants, où dominent le noir du néant et le rouge des flammes. Les murs s’y fissurent inéluctablement et la guerre semble toujours imminente. C’est donc un univers cataclysmique sur lequel pèse une menace qu’on retrouve de manière plus métaphorique dans un film tel  que « Utopia in the day » où n’émerge en cinq moments qu ‘une ampoule, une toupie (où un marionnettiste tire les fils du monde), de l’eau courante, des échecs et un réveil  et où le monde est détruit – dans l’obscurité finale ‘une main allume une allumette). Dans « Magician lie » des visages sont traités comme des masques et un corps nu maculé de terre sur lequel se meuvent des signes semblables à des scarifications tribales  est le prétexte à une séance d’exorcisme ou plutôt de magie guerrière. Dans « Lie » un espace vague à la Beckett est habité par un personnage portant un chapeau haut de forme (figure récurrente chez Sun Xun, représentant le magicien manipulateur des foules, c’est-à-dire le politicien). L’homme est éclairé par la lune qui brille à travers les barreaux de la fenêtre ; peu à peu, cependant, les murs commencent à afficher des figures inquiétantes qui se développent, et les créatures qui naissent de ces formes étranges se transforment en bombes.

Poète des requiems pour un monde à l’agonie, Sun Xun ne voit pas la Nouvelle Chine sous, c’est un euphémisme, une aspect harmonieux. Son travail ne fait que dessiner des entailles profondes qui émergent sous le nouvel affichage de la nouvelle propagande. Révolution socialiste ou révolution capitaliste ne conduisent pas à une libération mais à l’oppression. L’oeuvre de Sin Xun reste à ce titre une des plus désespérées de la nouvelle ère artistique chinoise.  Mais son univers de guenilles, de charpies et de friches demeure un des plus règénérants (pour l’art) qui soient.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.