Exposition

SUTURES

English Embroidery
in the Metropolitan Museum, 1575-1700
'Twixt Art and Nature by M Watt

This book centres around the Metropolitan Museum of Art's preeminent collection of embroidered objects from England's late Tudor and Stuart eras. These seventeenth-century embroideries, some eighty works in all, include samplers, gloves, headgear, purses, raised work panels, boxes and mirrors, portrait miniatures, lavishly embroidered Bibles, and a spectacular burse made to hold the Great Seal of England. In a series of essays, the book explores the important role of embroidery in the history of textiles and decorative arts and also offers new insight into the role of women in the production of decorative arts. Expert scholars discuss embroidered furnishings, fashion accessories, biblical narratives, and pastoral imagery, to create a superb and comprehensive overview of embroidery during this tumultuous period in English history.

About the Author
Melinda Watt is assistant curator, Department of European Sculpture and Decorative Arts, The Metropolitan Museum of Art. Andrew Morrall is professor, Bard Graduate Center. He specializes in Early Modern Northern European fine and applied arts.

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La mariée était en rouge

"Déroutant, poétique, sublime. 
J'ai pris ce livre et je ne l'ai pas quitté avant de l'avoir lu en entier.  C'est un grand cru de Gavard-Perre
t"  - Gaetano Amalfi 


« SUTURES », Galerie Charlotte Norberg
Du 1er au 24 septembre 2011 - 74, rue Charlot - Paris 3ème.
Vanessa Fanuele, Faye Formisano, Naji Kamouche, Sylvie Kaptur Gintz, Mai Tabakian, Brankica Zilovic, Sandra Krasker



OUVERTURES
"C'est en défaisant qu'on fait" (B. Noël.)

L'art textile aussi peut créer des déconstructions. Par ce biais et ce pli, il se démarque le plus de l'artisanat d'un côté et de l'art de la couture de l'autre. L'exposition « Sutures » le prouve en montrant des accrocs plus que des jointures. Et les matières reprennent tout leur droit de citer comme l'illustre les fausses reprises de Sylvie Kaptur Ginz et Sandra Kasker.

Plus largement toutes les artistes réunies ici luttent contre la ressemblance à la « façon » (pour parler couture) et par voie de conséquence contre nos constructions mentales. De la matière sont tirées des comètes faites de cambrures et de spasmes Elles sortent des limbes du quotidien sans pour autant devenir des chimères.

Vanessa Fanuelle garde du visible des structures parfaites, impeccables. Celui de Mai Takabian affine une technique volontairement imparfaite. Sandra Kasker entraîne en un minimalisme vers d'extraordinaires voyages entre le dehors et le dedans. Les oeuvres ne représentent en rien un miroir de la mode, mais saisissant les structures textiles en font surgir "leur matière en deçà" (Bernard Noël) et leurs strates.

Au monde fini les artistes proposent leurs nécessaires césures et hiatus en séquences ou déchirures. L'œil danse au sein de ballets formels pour des passes inédites. Le concept d'art textile devient donc matière mais aussi pure effluve. Le métal lui-même comme le mental s'aèrent sans faire offense à l'émotion. Au contraire.

En détournant les techniques et les matières destinées au système de la mode Sandra Kasker, Brankica Zolovic et les autres fomentent des monochromes volumiques compactes mais aussi en saillies. Ce sont des structures mystérieuses à la beauté éthérée et émouvante en dépit de leur aspect apparemment « glacé ».

Contre les simples apparences des jeux de surface la profondeur prend droit de citer. Surgissent des achèvements paradoxaux : ils sont des ouvertures. Tout est transmutation vers d'iconoclastes béatitudes. Des courbes s'érotisent en absence de corps. La matière filtre l'air par effet de déchirure. Elle montre par dessous ce qui est fomenté en dessus.

Le concept de couture n'a donc plus besoin de traités théoriques : une image suffit. C'est vieux comme le monde : souvenons-nous de l'adage « une image vaut mille mots ». Encore faut-il que l'image tienne la route et crée un lieu imaginaire là où tout pourrait sembler figé.

Par cette exposition la compacité du tissus s'ajoure, crée le clair, le transversable. Il y va d'un dégorgement, d'un envol dans la matière. Face à la fenêtre de l'occident les artistes n'ont même plus besoin de faire référence au vide de l'orient ou à la brutalité africaine : elles inventent des passages.

Des images (léchées) de la couture haute ou basse débaroulent dans l'espace pour permettre de comprendre ce qui l'anime ou le bloque au moment où l'œil devient l'abîme de certaines structures admises.

Aussi abrupte que poétique l'aventure plastique de « Césures » devient la passerelle enchantée capable de franchir l'abîme de l'évidence. Et si généralement le mode « caresse des déclarations d'amour géométriques » (Martin-Scherrer), celui du regardeur est saisi ici par l'ubiquité diaphane d'échanges entre la noirceur du monde, la clarté de l'art et le factice d'une certaine conception du beau.

Les artistes ouvrent à une vision spirituelle dans la tension qu'elles inspirent et dans l'apaisement qu'elles créent. Les objets ajourés et le vœu des créatrices ne font qu'un. La compétence à la fois technique et poétique des « couseuses » et/ou découseuses crée d'étranges centres de gravité. Nous voici faisant corps avec des œuvres saisissantes et leurs ondes de choc. S'ensuivent une résonance inédite de sourdes « revenances » et de jaillissements de dedans au sein de la clarté.

Les artistes textiles rappellent que le plaisir de leur travail est d'abord un mystère. Un mystère durable en un sublime denudare. Celui-ci représente le moyen de refonder une relation particulière au monde. Il s'agit de faire corps avec ce qui n'en a pas. L'image terrasse autant qu'elle nous redresse à l'arrière des surfaces. Elle permet de passer à un plaisir plus vaste, à une extase nue.

Certes, le désir des artistes n'est pas celui du voyeur mais tous deux avancent ensemble. Ils saisissent le fascinant de l'inextirpable en un pacte qui se délie, de découd. Celui-ci suppose non l'épuisement les images, mais l'effacement de l'apparence pour une étreinte de l'étreinte où le désir puise son impossible prise par des ouvertures ou des raccords inattendus

L'art textile, le vrai devient une pensée incarnée. Et à travers elle il pose trois questions : Comment la matière qui enrobe se dérobe ? Comment a-t-elle prise sur nous et comment nous touche-t-elle ? Les créatrices ne résolvent pas forcément ces questions mais déplacent nos points de vue en inventant de nouveaux espaces, de nouveaux contacts, de nouveaux « points » et en incarnant ces questions essentielles.

Ce qui est bien mieux que de croire y répondre. Elles mettent à nu et donc permettent de voir le rapport évident du lieu tactile au lieu de la pensée et d'en toucher le mystère .

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.