Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Peintres du Tibet

GONKAR GYATSO
La peinture tibétaine
en quête de sa propre modernité

de Nathalie Gyatso

On ne parle du Tibet qu'en termes passéistes. On s'intéresse à sa culture en tant qu'entité à "préserver", "unique héritage". Or la résistance dont fait preuve le Tibet face à l'occupation ne se mesure pas uniquement en sa capacité à maintenir vivantes ses traditions. Le dynamisme avec lequel il peut intégrer la modernité est un autre vecteur. Adoptant le postulat selon lequel l'artiste est un révélateur de son époque et de sa société, cet ouvrage, à travers l'oeuvre de Gonkar Gyatso, demande à ce que soit revisitée notre appréhension d'une telle culture, et plus largement la notion d'identité.

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C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale. En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.

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De Gonkar Gyatso à Dedron : retour vers le Futurisme.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Dedron : Life ( courtoisie :mechak center)
dedron

Par beaucoup de points la peinture d'avant garde du Tibet ressemble à celle de l'ensemble du continent chinois. Certes la diaspora tibétaine est étendue et il serait difficile de définir son art fluctuant. A Lhassa les artistes engagés dans l'art contemporain sont nés pendant la révolution culturelle et n'ont pas reçu d'éducation bouddhiste. Ceux de l'extérieur ont connu par l'exil et ses bouleversements une éducation occidentale. Un fait est sûr cependant : l'artiste tibétain est un artiste en lutte contre l'oppression du pouvoir central chinois. Cet engagement connaît des reconnaissance par des expositions d'envergure aussi bien à New York qu'à Pékin (Red Gate Gallery).

Un des plus célèbres représentant de l'art tibétain d'aujourd'hui est Gonkar Gyatso. Par diverses techniques et à travers sa propre image, il met l'exil en exergue en multipliant plusieurs avatars de son autoreprésentation (d'aucun diront de son autosuffisance). Cependant avec le temps l'artiste est devenu plus conséquent et radical. Retenant de l'art occidental l'aspect minimaliste il y trouve un moyen de se dégager de sa tendance (comme celle de l'art bouddhiste en général) au décoratif et à la surcharge. L'iconographie spirituelle reste récurrente dans les photographies programmatiques, les peintures, les autocollants sur toile, etc du créateur tibétain. Mais peu à peu le mandala se réduit chez lui à sa plus simple expression de cercles dans un carré comme manifestation récurrente mais moderniste afin de donner aux images bouddhistes le droit de citer dans l'art contemporain mondialisé. Tout se passe comme si Gonkar Gyatso ne voulait pas être un artiste "tout court" mais un artiste tibétain. Selon lui son statut d'artiste passe d'abord par cette identité.

Il est vrai que son travail parle d'une résistance pour un avenir meilleur même si le cadre de ses toiles reste toujours celui des peintres de thangka. L'artiste à ouvert en 2003 une galerie à Londres qui est selon lui la première galerie en Occident à promouvoir l'art tibétain. Certains membres de la communauté tibétaine l'accusent d'inauthenticité. Vu de l'extérieur cela est difficile à affirmer. La liberté que Gonkar Gyatso semble avoir trouvé en occident est de pouvoir s'affirmer tibétain plus que chinois et de proclamer le droit d'inscrire dans la contemporanéité une tradition menacée à l'heure de la mondialisation.

L'art proprement tibétain, il faut le reconnaître, laisse souvent dubitatif sur sa capacité de créativité au même titre d'ailleurs que l'art chinois en général et l'art tout court : en dehors de quelques galeries spécialisées, en occident aussi l'art est le plus souvent rétrograde et pompier. Toutefois Dedron, une jeune peintre, fait figure d'ovni annonciatrice de lendemains prometteurs sous le ciel de Lhassa. Dans et par exemple une ?uvre puissamment colorée ("Are they all right ?") elle met en scène l'attachement aux fondements de la philosophie bouddhiste dans un univers uniquement féminin et iconoclaste. L'apparition de femmes peintres au Tibet est d'ailleurs un fait récent.

Grâce à elles et face à un langage pictural attaché aux images de la tradition et à une esthétique réaliste qui facilite la remémoration, Dedron fascine pas son langage neuf et corrosif. Ayant rangé l'iconographie classique au rayon des accessoires elle prouve que le Tibet peut se passer du pittoresque bouddhiste pour atteindre l'universel et un monde où ce n'est plus la religion ou la politique qui seraient structurantes mais l'art. Il y a plus en ce dernier de cosmique que de cosmétique que dans les deux autres à condition bien sûr qu'il fasse le pari de l'avenir en renonçant à ne cultiver que les images du passé. Dedron le porte vers un tel sentier de la création.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

La jeune femme qui descend l'escalier
de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

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