DEEV VANORBEK : MOUCHES THÉS ET POUX SAINTS
par Jean-Paul Gavard-Perret
©Vanorbeek
Voici la sculpture dont l’insecte dessine le lieu. Avec Deev Vanorbek le scarabée tout comme la puce différencient le travail du deuil de celui de la mélancolie. Les deux permettent de reconnaître l'endroit où la vie se creuse, se mange du dehors et du dedans à travers le travail du métal qui attire l’artiste comme un aimant : « impossible d’y résister ; je me promène quelque part tranquillement, ou je conduis, et soudainement j’ai le sentiment fort qu’il y a du métal abandonné qui m’attend pour être trouvé. Et je le trouve toujours. Puis, en observant la beauté du morceau trouvé, le métal me parle à nouveau. Il me dit comment je peux le travailler et le transformer en une sculpture ».
Ce matériau de récupération et de recyclage prend parfois des formes abstraites mais tout autant ceux d’insectes fous qui ont toujours inspirés l’artiste : « je vois la beauté dans ces petites et délicates créatures, qui se manifestent pourtant très fortes, je vois la beauté dans tous les détails précis du métal ». C’est lui qui amène certains spectateurs de l’œuvre à reconsidérer cet animal.
Sculpter revient à inscrire ce bestiaire particulier et presque larvaire. Il prend par le fer et l’acier, en leur torsions et soudures, une autre dimension. Et cela reste pour l'artiste un moyen de demeurer fidèle à la vie. Ses sculptures peuvent jusqu'à la diptère lorsque la décision radicale d'un morceau de métal l'induit. Le métal peut donc l'insecte qu'il soit à l'état de larve ou d'adulte. A travers lui l'artiste peut décrypter son infirmité de nymphes.
Car avant même et après la sculpture au début comme à la fin de la terre il y a eu et il y aura l'insecte. Chacun nous est fait à son image. Nous sommes poux parmi les poux. Il faut les chercher plus loin que dans la tête tant que fer le peut.... Les sculptures de Vanorbeek créent de la sorte l'espace qui ne nous sépare pas forcément de nous-mêmes. Elles rappellent la vie d'avant le jour et d'avant le langage. Il convient donc d’entrer dans leur grouillement animal. Nous y retrouvons l’"impureté" de la présence grouillante plus que la caserne de notre prétendue pureté. Nous passons donc par le fer du paroxysme de l’idéal à l’abîme suceur de sang. .
L’insecte reste une germination. Quel le forme donner à l'espace sinon le leur ? Ils ne sont pas que des repères figuratifs. Ils fabriquent une perspective que nous voulons ignorer mais que l'artiste rappelle. Créer l'insecte par le m étal ne revient pas à se défaire du prétendu nuisible. “ Et si tu dois te gratter, gratte toi" dit chaque sculpture qui nous éclaire. Elle fait parler ce qui se tait et ce qu'on repousse.
Ajoutons que créer de tels animaux revient à s’arracher à l'erreur mystique. Ce qui habite l'être n'a rien à voir avec dieu sauf à penser que l'insecte a lui-même une spiritualité vagissante. Qu'il est un Narcisse mélancolique ou la mante religieuse hantée par la maladie de l’idéalité. La sculpture des insectes renvoie ainsi à nos deux chaos. Celui de nos marais, celui des nos étendues continentales. Ils sont nos hôtes innombrables et accouchent notre chimère de leur thorax et leur abdomen. L'âme humaine est soluble en eux en leur sculpture d’en-fer et peut-être de paradis.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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