Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Arnaud Vasseux

DVD
Lignes, Formes, Couleurs
par Alain Jaubert

Une série documentaire pour comprendre l'histoire des techniques de la peinture par Alain Jaubert, auteur de Palettes. Mettant à profit toutes les possibilités offertes par les nouvelles technologies, la série Lignes formes couleurs revendique une approche encyclopédique de l'histoire des techniques de la peinture. Chacun des films de Marie-José et Alain Jaubert explore les plus grands chefs-d'oeuvre de la peinture sous des angles méconnus. L'occasion de regarder autrement de célèbres tableaux de maîtres analysés dans leurs moindres détails.
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SUSPENS D’ARNAUD VASSEUX

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Drop 2006 Polypropylène, 80 x 80 x 45 cm - Arnaud Vasseux
vasseuxArnaud Vasseux part toujours de matériaux basiques du bâtiment ou de l’industrie légère. Plus précisément il choisit des matériaux qui se modulent : le plâtre, la résine, la fibre de verre. L’artiste attache en effet une grande priorité aux qualités physiques et chimiques de tels matériaux qu’il utilise à des fins inédites à travers ses manipulation « hors cadre ». Toutefois ce travail d’emprise n’entre pas dans le cadre d’un « arte povera » mais plutôt dans celui du minimalisme. Chaque fois l’artiste par ses expérimentations « alchimiques » propose au spectateur une expérience inédite au sein d’une tension propre à créer un univers poétique aussi prégnant que minimaliste. Avec « Drop » (2006) une simple feuille de polypropilène « accoudée » à un mur crée une articulation de l’espace. D’autres sculptures semblent aussi inamovibles qu’éphémères dans leur simplicité, leur apparence de lambeaux de toile. Mais de fait la matière qui la remplaceet la transgresse entraîne une métamorphose étrange aussi proche que lointaine.

De grandes tailles ou de volumes plus restreints surgissent des œuvres à la fois une forme d’érection et d’érosion, une manière de montrer et de cacher. Par exemple, l’effet de drap usé est contredit par la non malléabilité du matériau choisi afin de la fabriquer et de le contredire. L’ « objet » créé semble recouvrir mais il devient lui même sujet d’exposition. Tout se joue entre effondrement et surrection dans un travail à la fois déceptif mais saisissant. Emane aussi un jeu de concentration, de rétention , d’émulsion et de gonflement dans une sculpture intitulée « Tour » composée d’un amoncellement de cartons élevé dans toute la hauteur d’une salle . Sur cette forme un film plastique est tendu et l’entoure pour créer justement cette tour que le titre indique. Par le jeu de la tension et de l’élasticité le volume babélien se cintre mais semble toujours sur le point d’exploser.

La fausse simplicité des constructions et transformations joue sur un point de limite, un moment de rupture et de suspens où l' équilibre à tout moment semble pouvoir s'estomper comme si le geste de l’artiste était  soumis au jeu de l’extrême. D’où l’impression d’un « non fini » méticuleusement concerté. L’artiste donne l’impression feinte de « work in progress » dans ce qui pourtant est de l’ordre du plus abouti. Entre l’éphémère et le durable, la matière dure fait résistance tout en se présentant comme volontairement provisoire et titubante. L’artiste donne ainsi de l’éternité à ce qui paraît un simple moment. Le présent devient un présent éternel. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il n’a point d’avenir. Au contraire. Là où le sublime côtoie le fragile dans le basculement sans cesse à venir Arnaud Vasseux instruit une manière de lutter contre le temps ou de lui donner dans le plus éphémère une plus value d’état pur.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.