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Jacqueline Fischer (au premier plan)

"Entre le textile et le poème c'est le jeu des yeux et des mains: l'oeil lit , relit, et parfois des visions intérieures et colorées s'ébauchent. Les mains cherchent les tissus, les fils, tracent un dessin... assemblent, brodent ...L'oeil revient au texte quand les mains sont en panne. Expérience qui m'a semblé exigeante, exaltante et que j'aime à poursuivre". 
Jacqueline Fischer

 

Poèmes courts, miniatures qui, par leur concision, nous invitent à explorer nos propres malles à souvenirs. A l’instar des haïkus avec lesquelles elles revendiquent un cousinage, puissent ces traces ténues du voyage de la vie dont le souvenir lui-même déjà s’estompe donner corps à vos émotions.
Quatre vingt poèmes comme autant de petits cailloux sur le chemin.

» en savoir plus : site de Jean-Marie Riquier

Art textile et poésie
par Jacqueline Fischer

 

D’abord, il y a la rencontre entre le poème et l’artiste textile.
La lecture suggère des images qui au début sont souvent indistinctes. Tout juste une ébauche de formes et de couleurs.
Dans tous les cas, il faut que vienne de l’un un accord, de l’autre un appel : presque une vocation…n’importe quel poème ne saurait convenir, car si évocateurs soient-ils, tous ne suggèrent pas ces visions premières à partir desquelles l’ouvrage textile pourra être élaboré.
L’écriture poétique de Jean- Marc Riquier, que lui-même qualifie d’ « imaginelle», m’a semblé se prêter aisément à cette co-incidence de deux langages.
J’ajouterai que les liens d’amitié et de compréhension mutuelle qu’ont tissés le poète et la brodeuse aident sans doute à cette harmonie.
Tout est ensuite affaire de sélection : ce tissu –là, de cette nuance-là, pour rendre cette métaphore, celui-ci pour ce rythme, celui-là encore pour la tonalité d’ensemble.
On n’est pas encore très avancé : les mots et les étoffes s’entremêlent ; les uns déjà sortis du métier les autres pas encore montés, souvent à l’état d’amas informe. L’esquisse ici tient dans l’élection des matières et ce choix se fait tout d’abord au toucher, et à l’œil. A la différence des autres représentations de textes, l’art textile va donner à toucher autant qu’à voir.
Il s’agit moins, à ce stade, de restituer un sens que des sensations.
C’est alors qu’on peut songer au dessin, que s’ébauchent déjà quelques formes ; à ce stade, on peut travailler sans le texte, avec en mémoire en quelque sorte, le parfum des mots, leur «corps», leurs vibrations. Je dis « le dessin », mais c’est souvent plusieurs. Sur le schéma il arrive que les mots réapparaissent comme dans un calligramme qui servira de guide, délimitant des zones, une carte que l’on va suivre pour une sorte de voyage entre deux formes de création.
Le reste est affaire de technique, mais dans l’idéal, on aime à croire que chaque point qui assemble n’est pas là par hasard et qu’il existe quelque part une correspondance exacte entre deux langages : ainsi ne choisira-ton aucun point de broderie uniquement pour orner mais aussi pour signifier. Rien ne sera gratuit, hormis, parfois-souvent !- pour le plaisir et la liberté.
Il se dégage peu à peu des étoffes et des broderies comme une sémantique parallèle : le poème nous parle, et sa traduction s’impose autant par l’intuition et l’instinct que par la rigueur.
On s’éloigne du poème, mais jamais des visions qu’il suggère et quand les doigts doutent, l’œil revient aux mots. L’élaboration à ce stade, n’obéit plus à aucune règle explicable rationnellement.
Illustrer, c’est jeter de la lumière sur, éclairer, suggérer des lectures du poème.
Parce qu’elle joue sur les épaisseurs et les transparences, la variété infinie des textures et des points, l’œuvre textile peut approcher de cette complexité, «sans rien qui pèse ni qui pose» (Verlaine).
Le textile offre du poème une interprétation assez complète : visuelle, tactile et même si on le souhaite olfactive, puisqu’on peut parfumer les étoffes. Parce qu’il sollicite plus de sens que d’autres arts graphiques ou plastiques, je crois qu’il permet de cerner au plus près-sans prétendre y atteindre, bien sûr- l’essence d’un langage pourtant immatériel.

L’art textile peut devenir celui par lequel la poésie se voit, se touche et même se respire.

Jacqueline Fischer
site web - email - galerie Arts-up



œuvre de Jacqueline Fischer
L'écorce - poème de Jean-Marc Riquier




Extrait de "Faits- Contre Faits" - I - Carnets
Librairie-Galerie Racine