Avant-propos L’idée de ce livre m’est venue, il y a une trentaine d’années, en écoutant l’émission Apostrophes. Le sujet ce soir-là portait sur la manière dont, dans les maisons d’édition, on jugeait de la valeur des oeuvres littéraires soumises à la sagacité des lecteurs professionnels. L’un d’eux déclara, très péremptoirement et avec la certitude absolue des personnes qui ont pouvoir de donner vie ou mort aux créations des autres, qu’il ne lisait que la première page et que ça suffisait à se faire une opinion de tout le reste. L’envie m’est alors venue illico de ne plus perdre mon temps à écrire les centaines de pages restantes, et je me suis mise à rédiger ces Initiales en suivant l’alphabet, avec dans l’idée d’orner le texte de Lettrines brodées. Au départ j’avais interrompu les textes au milieu d’une phrase pour bien montrer que c’était des débuts, puis le procédé me semblant artificiel, j’ai décidé de faire des commencements qui pourraient être aussi des fins en soi... laissant au lecteur le soin de jouer les prolongations, s’il le désire. Ecriture interactive, avant l’heure, donc. Ou souhaitant l’être sans rencontrer beaucoup d’échos. Enfin, comme au fil des années les images numériques sont venues s’ajouter à l’écriture, et à l’expression textile , j’ai décidé de jouer sur ces différents moyens d’expression pour accompagner le texte. Jacqueline Fischer
Jacqueline Fischer a deux passions : les mots et les tissus. "Je travaille sur les uns et les autres alternativement, mais j'essaie aussi d'établir un lien entre ces deux activités... pour tenter de vous faire partager mes aventures textes-textiles."
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INITIALES
Un livre de Jacqueline Fischer
dont ARTS-UP vous dévoile
un chapitre - une initiale - chaque mois
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A

A vrai dire, ce jour ne différait en rien des autres jours. Seule l’arrivée du soleil avait enrobé cet insipide paysage d’un éclat étrange. Les rayons brillaient, plus vifs, atteignaient au coeur de chaque fleur, où, incandescentes aiguilles, ils se fichaient.
La viridité de l’herbe nous ravissait à la monotonie des semaines précédentes. Nos regards s’attardaient avec jouissance sur l’ondoiement souple des graminées encore épargnées par la faux, et y plongeaient comme dans une mer fluorescente et tendre, dont on pressentait l’accueil moelleux. Et l’envie de sentir plier sous nos pieds nus les frêles feuilles s’emparait de nous, puissante, et aussi le désir plus secret d’être insecte et de s’enfouir au plus profond de cette forêt, d’en escalader les jaillissements aigus, les glaives flexibles.
Il y eut aussi, dans les jours qui suivirent, l’excessive familiarité des oiseaux. D’ordinaire ils n’approchaient pas si près de notre banale demeure, même lorsque nous tentions de les circonvenir par nos pauvres ruses d’humains aptères.



