Jeylina Ever : le site


Art-thérapie : La peinture qui guérit
Michèle Curinier

Sous la forme d'un bref récit poétique, mêlant son itinéraire à celui des personnes qu'elle accompagne, l'auteur nous initie à la pratique de l'art-thérapie, ici la peinture thérapeutique. Elle nous montre comment l'acte créateur bouscule le fondement même de l'être. Le geste nécessite une liberté intérieure qui ne peut être fabriquée par la pensée. Il s'agit d'un chemin à parcourir où les sens nous ouvrent à la créativité et à la spiritualité. Le corps, le mental et l'âme peuvent s'accorder, faisant sauter les verrous de la dualité qui nous morcellent. Si la voie thérapeutique conseille de regarder ses blessures pour mieux les surmonter, c'est en reconnaissant les forces qu'elles ont fait naître en nous, que nous pourrons guérir et retrouver la vie. C'est dans une approche multidimentionnelle de l'être humain, une approche moins fragmentée de la médecine, de la psychologie et de la spiritualité, que l'on peut retrouver la joie en nous, l'élan vital qui guérit le corps et l'esprit, conduisant à notre véritable " moi ".

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Le petit interview intempestif de : JEYLINA EVER
par Jean-Paul Gavard-Perret


Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?

La fin de mon sommeil et l’optique d’un bon petit-déjeuner. J’aime ce moment, entre deux états ou le gout de caramel du café noir très sucré, la confiture de figue aux noix et le jus d’orange glacé s’unissent pour réveiller mes sens en douceur. Puis le plaisir de l’heure à passer dans la salle de bain, j’aime la buée sur les carreaux, les odeurs de fleurs et de crème, la douce chaleur qui enveloppe mon corps. Même si je dois faire du ponçage dans la journée, je ne peux m’empêcher de m’accorder ce moment de préparation de mon corps, comme un rituel, un hommage à la journée nouvelle qui s’offre à moi ! Non ce n’est pas l’envie de créer qui me fait me lever le matin puisque la création existe intrinsèquement dans mon esprit, la réaliser n’est plus qu’un acte d’artisan moins excitant que la naissance même de l’idée qui surgit subitement dans mon esprit comme si elle m’était imposée par la dictature de mes neurones.
L’inspiration reste pour moi un mystère. Avec le recul, je l’attribue à l’insupportable de ce que mes semblables sont capable de s’infliger ! J’essaie d’en extraire une certaine poésie comme pour trouver un peu d’humanité dans ce groupe animal dont je fais partie .

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?

Mes rêves d’enfants ne m’ont jamais quitté, doux, colorés ou morbides, j’ai les mêmes. JE pense que ce sont eux qui me font avancer dans ma vie privée et professionnelle. Ils sont au plus profond de moi, quelque peu entachés par la réalité du monde, ils entretiennent malgré cela mon envie de créer, mon regard sur le monde ils sont comme une fenêtre ouverte par laquelle le soleil peut entrer quand bon lui semble.

A quoi avez-vous renoncé ?

J’ai renoncé à l’égocentrisme de la jeunesse, à la compromission et aux combats inutiles. Je n’ai jamais renoncé à ce que je suis au plus profond de moi, je ne suis pas du genre à renoncer à l’essentiel. Lorsque je renonce c’est que je ressens comme une naïveté puérile dans ce que j’avais pu entreprendre. Que ce soit dans le quotidien, en société ou dans mon art.

D’où venez-vous ?

J’aime cette question car elle a mille sens ! Du ventre de ma mère ? De France ? De la nuit des temps ? Réellement, je pense venir du tout comme tout ! Je sens en moi tous ces atomes qui ne m’appartiennent pas et pourtant qui se sont unis pour que je sois, un temps, avant de passer la main. Alors ils se disperseront de nouveau et se retrouverons peut-être un jour ici ou là. Hormis ce coté j’ai été conçue par un père à l’enfance détruite par la guerre et une mère fragile comme une pipette de verre, artiste mais despote et dont j’étais la préférée des cinq enfants ce qui a engendré haine et amertume dans la fratrie aujourd’hui disloquée. J’ai souvent ralenti mon mouvement vers l’avant pour ne pas perdre mes frères et sœurs mais j’ai rapidement senti que c’était cause perdue, que je me serais égarée dans des nimbes inconnues et que ma vie devait être entièrement consacrée à l’art. Coûte que coûte !

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?

Je viens de le dire plus haut, la fratrie avec tout ce que ça comporte ! Des amours aussi qui me parasitaient. Des relations qui m’auraient compromis, échangeant ma liberté de créer contre un certain confort matériel.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?

Je ne sais pas ce qui me distingue des autres artistes, je risquerai de me tromper moi même en répondant de façon formelle à cette question ! Je me sens parfois en adéquations avec certains artistes, à l’opposé de certains autres.
Peut-être que le fait d’avoir changé de sexe doit me distinguer de la majorité des autres artistes. C’est une expérience unique qui ouvre des portes dont seules les transsexuelles ont les clefs. Des portes qui peuvent s’ouvrir sur des mondes terribles qui peuvent être dangereux pour celui ou celle qui n’en connaîtrait pas les pièges et les subtilités. D’ailleurs le Mona Circus est né en même temps que moi, comme par hasard ! Il me permet de prendre chacun par la main et accompagner le spectateur dans ce monde aux méandres incertains qui emmèneront le spectateur dans sa propre névrose !

Où travaillez vous et comment?

Je travaille, dans ma voiture, dans les cimetières, les yeux rivés sur les trottoirs à la recherche d’objets incertains, le regard dans les nuages ? en marchant dans la forêt et en introspection. Ca pour l’essentiel, le concept.
Matériellement, dans un atelier de 2 m par 4 sous combles, exposé en plein sud, équipé d’un computer, appareil photo, peinture et toute ma matière première glanée aux hasards de mes voyages . la fenêtre de mon atelier donne sur une vallée boisée, l’horizon est lointain, la vue dégagée et propice à la réflexion.
Je travaille de façon très méthodique car comme je l’ai dit plus haut ! Il n’y a pas de hasard dans la réalisation d’une œuvre, elle est déjà conçue, je n’ai plus qu’à la réaliser ! Je manque quand même de place et une création de sculpture de termine dans un atelier si encombré que je fini par devoir enjamber les « choses » ce qui doit me conférer l’allure d’une danseuse exécutant une danse contemporaine très lente ! Il n’y jamais d’accident dans l’atelier car je connais les conséquences de plusieurs jours de travail réduit à néant pour une maladresse.
Un grand désespoir !

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?

J’aime que Philip Glass m’accompagne dans mon travail sinon J’aime la messe en Ut de Mozart, du trip hop, un peu de rock, de jazz.

Quel est le livre que vous aimez relire ?

Orlando de Virginia Woolf

Quelles taches ménagères vous rebutent le plus ?

Aucune et toutes ! Je fais ce qui doit être fait ! Comme je suis capable de repousser au maximum le moment d’exécuter les tâches ménagères à accomplir ! Quand la poussière à complètement envahi chaque recoin d’une pièce, j’éprouve une certaine jouissance à rendre l’endroit parfait ! Au moins je vois ce que je fais !

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?

Les anonymes de Lascaux, Jérôme Bosch, Edvard Munch, Marc Chagall, Gustav Doré, Hans Bellmer, Zao wou ki et Rothko. Je me sens proche de chacun d’entre eux pour différentes raisons.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

Une surprise.

Que défendez-vous ?

La liberté, rien d’autre ! Le reste est le choix de l’humanité, la famine, la pollution, les guerres, les dictatures, la démocratie et ses vices.
Je ne supporte plus le monde que l’on est en train de créer, la liberté est devenue le combat du futur, chaque jour, l’humanité se l’interdit un peu plus et grignote cet espace de façon discrète mais certaine! Le tout au nom d’une morale douteuse et hypocrite !

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?

Je n’aime pas cette phrase de Lacan, c’est une phrase de psychanalyste. C’est une affirmation alors qu’il devrait poser la question ! L’amour peut-il être « donner quelque chose » ?…
L’amour c’est se donner à quelqu’un sans rien vouloir en retour que le plaisir de l’autre d’être aimé ! Que peut on donner que l’on ne possède pas soit même ? Si ce n’est soi ? La seule que je considère ne pas pouvoir être la propriétaire est ma propre personne puisque je suis moi-même. Je ne peux dans le sens dont l’entendrai Lacan me donner ! Et à quelqu’un qui n’en voudrai pas relèverai pour moi d’un sacrifice proche de la névrose.
Je ne vais pas me replonger dans Platon Kant ou Nietzsche, mais je dirai :
"La cruauté c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?

Et celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?".

Une certaine candeur mais aussi une certaine indifférence à l’autre !
Dire oui n’est pas toujours facile ! Dire oui sans connaître l’essence de la demande est risqué !