AARON CLARKE
le blog



Artistes : 1001 conseils
pour mieux vendre vos oeuvres
de Céline Bogaert

Produire un travail artistique de qualité ne suffit pas pour en vivre. Vendre son art est un véritable métier et les démarches à accomplir sont nombreuses. Il faut notamment : se faire connaître, trouver des financements, des partenaires, des clients, les fidéliser, choisir une structure juridique, établir les déclarations légales, gérer ses ventes.
A travers ce guide, vous trouverez des astuces et des réponses à vos questions concernant : les formations, les subventions, le mécénat et le sponsoring, les outils efficaces pour développer votre notoriété, les relations avec vos différents publics et clients, les déclarations obligatoires, la facturation, la protection de vos oeuvres.
Les textes de ce guide sont illustrés par de nombreux exemples et modèles (demande de subvention, communiqué et dossier de presse, fichier clients, dossier de diffusion, contrats, facture…) et assortis d'un précieux carnet d'adresses (contacts administratifs, organismes délivrant des aides et subventions, associations de promotion et d'accompagnement des artistes...).

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Guide juridique et fiscal de l'artiste :
de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).
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Le petit interview intempestif de : AARON CLARKE
par Jean-Paul Gavard-Perret

Qu'est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le temps qui va trop vite. Je manque toujours de temps. J'aimerais être capable de dormir moins, de me lever beaucoup plus tôt. J'aime le matin, me lever avant le jour, le voir se lever. Si je dors trop, j'ai l'impression d'avoir gâché ma journée. Mais le soir, je vais me coucher comme les poules, je suis épuisé.

Que sont devenus vos rêves d'enfant ?
Quand vous utilisez le mot rêves, je crois comprendre que vous évoquez les désirs d'enfants. Mais pour ma part, c'est un vrai rêve rêvé qui me vient, plutôt un cauchemar qui n'est d'ailleurs rien devenu, pour répondre à votre question, mais flotte encore comme un étrange objet. Il ne m'a jamais lâché. Et je ne parle pas souvent de cauchemar. Des rêves désagréables restent des rêves. Un cauchemar c'est quand ça déborde le sommeil. Ce jour là ça avait débordé, il me reste l'écume. J'avais perdu ma mère. Des hommes en costume me traînaient dans leur voiture pour m'aider à le retrouver. L'air était collant, c'était au bord de la mer. Nous arrivions sur une immense plage, la mer avait reculé si loin qu'on entendait plus qu'un bruit sourd. Le sable était parsemé de bosquets de plantes qui ressemblaient à des joncs. Un poney baie broutaient près de ces touffes éparses. Une arche très ancienne était à demi enfouie sous la plage, un peu plus loin. On entendait craquer le bois par moment. Puis l'arche s'était soudain soulevé dans un grincement terrible de bois pourri. C'est une jambe ensanglantée – que je reconnaissais comme celle de ma mère – qui soulevait l'épave. J'avais retrouvé mais perdu plus encore ma mère. Et il y avait toujours le poney, ce satané poney qui me jetait un regard effroyablement noir. Plus effroyable que la perte. Je me suis réveillé très angoissé... et le regard de ce poney ne m'a jamais vraiment laissé tranquille. Ça n'a sans doute aucun sens de raconter ça ici ! Tant pis !

A quoi avez-vous renoncé ?
Je ne sais pas... à tellement de choses. Tous les jours il faut renoncer à ceci ou cela. Par manque de temps, manque de moyens, manque de savoir-faire, manque de motivation...

D'où venez-vous ?
Je viens d'une tête ! Puis ça dépend des jours... je bouge beaucoup.

Qu'avez-vous reçu en dot ?
Rien !

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?
Rien ! Il n'y a pas que le travail.…

Un petit plaisir - quotidien ou non ?
A la volée ! Je ne suis pas difficile à satisfaire. Voir ce qui m'entoure me met en joie. Pas tout bien sûr. Je suis plutôt pessimiste. Mais les choses les plus simples me consolent : un bout de bois bien fait, les pierres des murs, une petite bestiole, trois fois rien. Puis les amis, les échanges, la famille bien sûr.

Qu'est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Je ne suis pas artiste.

Où travaillez vous et comment ?
Je peux travailler à peu près n'importe où, tant que je suis seul. La solitude est la condition. Je travaille au sol ou sur des planches et des tréteaux. Il n'y a pas de règle. Je travail là où j'ai trouvé le bout de papier qui m'intéresse. C'est sans importance, pas de rituels. Ça peut durer des heures ou trois minutes et déjà ras le bol. C'est très aléatoire. Il y a des jours où ça ne fonctionne pas, si le besoin n'est pas là. C'est difficile en fait, je doute beaucoup. Je me dis toujours qu'il faudrait retourner ce doute, puisqu'il accompagne, en faire un nouvel objet de contemplation. Assister calme à l'effondrement, mais c'est impossible. Enfin, moi, je n'y parviens pas. J'ai beaucoup détruit. J'ai passé des années à faire puis détruire. Détruire était à la fois un soulagement et bien sur un sentiment d'échec manifeste. Alors j'ai trouvé une astuce pour m'obliger à garder certaines choses. Je me suis mis à faire des livres avec des auteurs. Des livres tous simples. Des papiers peints et pliés en deux ou en quatre, peu importe. Je continue comme ça. J'envoie les papiers à l'auteur, il y écrit un texte manuscrit puis on se partage les livres. En fait c'est plus qu'une astuce, bien sûr. J'ai toujours eu le sentiment que mon travail ne valait rien. Je n'ai rien à dire, rien à montrer : avec des couleurs et du papier je n'aspire qu'à retrouver devant moi les vestiges d'une émotion lointaine. En faisant ces livres, mon travail se trouve accompagné et je n'ai plus le droit de le détruire. Cet accompagnement m'est nécessaire. Il m'aide vraiment. J'ai passé beaucoup de temps à ne faire plus que ces livres... mais je tente de petites peintures à nouveau. On verra ce qu'elles deviendront.

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?
Je n'écoute jamais de musique en travaillant. J'ai du mal à faire plusieurs choses à la fois. Et, inversement, quand j'écoute de la musique, je ne peux pas travailler en même temps. Ce sont des canaux différents,... Ce que je fais vient (et s'expulse) vraiment par les yeux. Mes yeux accaparent tout l'espace. Rien d'autre n'est possible à ce moment là.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Je relis presque tous mes livres. Au moins de façon fragmentaire. Il m'est donc difficile de répondre sérieusement à cette question. Mais je pense quand même aux « Contes à rebours » de Didier Anzieu... Je laisse passer plusieurs années, puis me prend l'envie de tous les relire.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ?
A tous les coups, quelqu'un d'autre... et tant mieux. C'est la seule chose qui me permette d'avancer vraiment. Je crois que ça ne me pose plus trop de problème de ne pas tout à fait coïncider avec moi-même. Pendant longtemps, ça a été quelque chose de très douloureux, source d'angoisses... mais ça va, c'est comme ça..

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?
Je ne me gène plus pour ça. C'est réglé.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Les géographies sont mobiles. Les lieux changent et se déplacent avec nos têtes, on le sait bien. Mais depuis quelques temps, le lieu qui à valeur de mythe pour moi se situe en Abkhazie. Une région côtière au statut discuté, située au nord est de la Géorgie. Il y a là une petite maison, au bord de la mer. Une maison posée dans le calme où la pensée se laisse prendre et bercer par le ressac. Je ne connais pas ce lieu... C'est un ami qui m'en parlait avec nostalgie, il y a peu. Il y a vécu jusqu'à ses 12 ans, puis il a été arraché à cet endroit par la guerre. Et de m' avoir parlé, avec tant d'affection de l'endroit, il en a fait un lieu pour la pensée, un refuge pour moi. Et je crois que le statut discuté et instable de ce territoire me parle aussi beaucoup. Entre le calme, la beauté et la déchirure immense. C'est un peu ce que nous sommes aussi, les uns et les autres, des espaces contrariés, avec nos enclaves, nos frontières à vif. Mais pour en revenir à l'Abkhazie, cet ami m'avait conseillé de consulter des photos de Jonas Bendiksen, elle sont magnifiques... j'invite qui le veut bien à faire de même.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
J'ai beaucoup de mal à envisager ma relation aux artistes en terme de proximité... car je me sens loin, toujours très loin de tous et de tout. Par contre il y a les artistes que j'aime, que j'admire. Je ne suis pas forcément en accord avec eux, ou je fonctionne très différemment mais je les aime. C'est souvent quand il existe ce genre de tension qu'un peintre et son œuvre m'intéressent. Je pense par exemple aux très belles premières images d'une interview filmée de Bram Van Velde qu'on peut consulter sur le site de l'INA. On y aperçoit le peintre élégant, installé dans un fauteuil en osier, dans une nature superbe et blanche de marguerites ou de je ne sais quelles autres fleurs. Et Bram Van Velde dit à peu près ceci : « je crois que je ne vois pas grand chose, je vois... je vois vraiment peu […] c'est que le réel m'intéresse très peu, ça n'a presque pas d'importance... » et je suis à la fois admiratif (cette trajectoire singulière) et incapable d'adhérer. Car pour ma part le réel me trouble tout autant que ma vie intime. L'un et l'autre s'entrechoquent !

Qu'aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Du papier s'il vous plaît...

Que défendez-vous ?
Je me défends mal,... Et je suis un mauvais défenseur. J'ai tendance à encaisser bêtement.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas" ?
Il y a quelques années je me serais débattu avec cette phrase. Lacan m'a beaucoup intéressé. C'est une phrase séduisante, elle affole quelque chose en nous... alors on croirait bien volontiers qu'elle parle d'Amour (puisque ce qu'elle donne à vivre, cet affolement, ressemble au sentiment amoureux... peut-être). Mais Lacan et l'amour, ça fait deux... C'est ce que je crois, pour le dire très simplement.

Enfin que pensez vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?"
Il y a toujours quelque chose comme ça, qui a déjà eu lieu, qui précède et qu'on cherche ou qu'on attend désespérément devant soi. Je reprendrai les quelque mots écrits plus haut : je n'aspire qu'à retrouver devant moi les vestiges d'une émotion lointaine...