Claudine Loquen

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Contrats du monde de l'art
de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière... ... » la suite


Art-thérapie : La peinture qui guérit
Michèle Curinier

Sous la forme d'un bref récit poétique, mêlant son itinéraire à celui des personnes qu'elle accompagne, l'auteur nous initie à la pratique de l'art-thérapie, ici la peinture thérapeutique. Elle nous montre comment l'acte créateur bouscule le fondement même de l'être. Le geste nécessite une liberté intérieure qui ne peut être fabriquée par la pensée. Il s'agit d'un chemin à parcourir où les sens nous ouvrent à la créativité et à la spiritualité. Le corps, le mental et l'âme peuvent s'accorder, faisant sauter les verrous de la dualité qui nous morcellent. Si la voie thérapeutique conseille de regarder ses blessures pour mieux les surmonter, c'est en reconnaissant les forces qu'elles ont fait naître en nous, que nous pourrons guérir et retrouver la vie. C'est dans une approche multidimentionnelle de l'être humain, une approche moins fragmentée de la médecine, de la psychologie et de la spiritualité, que l'on peut retrouver la joie en nous, l'élan vital qui guérit le corps et l'esprit, conduisant à notre véritable " moi ".
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Le petit interview intempestif de : Claudine Loquen
par Jean-Paul Gavard-Perret

Claudine Loquen a répondu de manière différente au questionnaire. Elle propose une réponse synthétique, condensée et littéraire fruit d'un long travail de réflexion. Qu'elle en soit remerciée.

Duc de Pouze et Princesse Germignonne 100X81 Technique mixte
claudine loquenJe suis une fille de l'Ouest, une dionysienne née dans les hauts du Havre, patrie de Jean Dubuffet et de Raoul Dufy.

J'appartiens à cette Normandie pleine d'histoire, à ses plages immenses et ses vagues violentes. Il n'est pas si loin le temps de l'exode que m'a conté ma grand-mère, cette route qui mène à Avranches empruntée pour fuir les bombardements de 1940. La petite fille qu'elle portait en elle et qui ne vécut que quelques mois s'appelait Claudine. Je porte le nom du souvenir mais aussi celui de l'avenir.

J'aime lire et relire les oeuvres d'Annie Ernaux « La place », « Les années », Elles dépeignent à merveille l'atmosphère normande du pays de Caux où ont vécu mes grands parents.
Autant que je m'en souvienne, la mer à mes côtés m'est toujours apparue comme une raison d'être, une évidence, plus encore : une nécessité. Pourtant, j'ai renoncé à elle, je m'en suis éloignée pour vivre à Paris. Je sais malgré tout que la retrouverai un jour.

J'ai peint des marines pour combler ce vide, des bateaux à n'en plus finir, le bleu de l'Armorique, le calme de la Rance et les paysages de mon enfance aidant à mon inspiration.
L'envie de peindre les femmes et les hommes de ma vie m'est venue plus tard, un certain été 2003,  mais depuis je ne les ai plus quittés ; visages féminins d'Henriette, mon aïeule, Gémaux, ma mère, devenue reine le temps d'une toile, Sonia et Zigou, mes soeurs, parfois princesses ou demoiselles d'honneur. Puis Vincent et Hubert, mes fils, sont venus compléter cette fresque familiale, ainsi que l'invicible Pouze.

Je suis peintre. Les mots ne me sont pas nécessaires, l'image me suffit. Ma vie d'artiste est comparable à « La première gorgée de bière » de Philippe Delerm, intense, savourée.
Lorsque je m'éveille le matin, je sais que mes pinceaux et ma palette m'attendent dans mon atelier près de ma chambre. C'est un atelier en pan de bois du 17ème siècle qui donne sur la vue de vieux hôtels particuliers. J'aime l'idée qu'il a beaucoup vécu et j'ai laissé sur les murs les tapisseries  successives des anciens habitants. J'essaye d'imaginer leur vie. Etaient-t-ils heureux  ?

Chaque matin, c'est un premier regard sur mon travail de la veille qui me motive instantanément. La nuit passée m'a souvent éclairée. Je retrouve dans mon tracé à l'encre de Chine celui de ma grande jeunesse et j'utilise l'acrylique parce que j'aime travailler vite. L'idée d'attendre le séchage me fait perdre le fil de mes pensées. Et puis … à dire vrai, je suis une grande impatiente. J'ai l'amour de la matière et des textures, tissus, papiers, métaux, bois …

Les couleurs vives, mes personnages sont le témoignages de mes premières lectures poétiques et de mes premiers romans, « Nadja », « Belle du Seigneur» …C'est peut-être cette présence importante du roman et de la poésie qui me distingue des autres artistes. J'ai besoin de textes, de lecture. J'aime glisser dans mes toiles les scènes de film que qui m'ont marquée, les endroits magiques, insolites où j'aime aller, « Les deux Magots » à Paris, l'Opéra Garnier, la rue Saint-Patrice à Rouen ... Mes toiles sont des courts métrages, des scènes de théâtre, souvent gaies, jamais tristes où Paris, ville lumière, a le premier rôle. Je peins en musique, bien souvent sur fond d'opéra ou sur des airs jazzy de Miles Davis.

On ne dit jamais assez que l'art est le pharmacien de l'âme. J'ai connu des années moroses lorsque je travaillais en entreprise, dans un bureau, face à un ordinateur. Le mot « challenge » me désolait, et cette course à la promotion, cette hiérarchie … quelle consternation. J'étais perdue. Ma place était ailleurs et je me suis donnée les moyens d'en partir, de poser mon crayon, de tout plaquer avec bonheur. Adieu à tous ces cartésiens aigris et sans imaginaire. Je leur souhaite d'aller plus souvent dans les musées.

L'art, la peinture ont donné des réponses à mes questionnements. J'ai pu enfin avancer et réaliser mon rêve d'enfant : être peintre. Lorsque je me regarde dans la glace, j'y vois le bonheur accompli de celle qui a trouvé un sens à sa vie. Le mot sens n'est pas un vain mot. Il est possible d'être un artiste heureux. Pourquoi les historiens, les cinéastes se focalisent-ils sur les destins tragiques ? Faut-il avoir avoir connu le malheur pour être davantage reconnu. Au cinéma, les films drôles sont moins primés, il y a plus de noblesse dans les films dramatiques. Il en est de même dans la peinture : « Il faut peindre avec ses tripes  !». Je n'aime pas les tripes.

L'art naïf, l'art singulier, l'art brut, doivent  être davantage défendus et reconnus. Ils ne sont pas assez mis au devant de la scène. Pourtant, quelle richesse dans les couleurs, quelle variété dans les styles, quelle profondeur, quelle vie !. Le mérite d'un tableau est d'être une fête pour l'oeil. L'art figuratif revient enfin, il nous est permis de nous identifier.

C'est l'être humain qui importe, ses sentiments. Je me sens très liée à Camille Claudel, ou à Frida Kahlo, car ce sont des amoureuses. Elles ont donné de l'amour sans un réel retour. En créant n'ont-elles pas cherché la conquête de l'être aimé, en vain ? L'amour, n'est-il pas comme le définit Milan Kundera dans « L'insoutenable légèreté de l'être », le désir de s'abandonner au bon vouloir et à la merci de l'autre » ?

Peindre c'est aussi savoir s'abandonner, dire oui pour pouvoir se libérer.  Peindre c'est consentir.
Je dis oui à toutes les fêtes, surtout celle du 22 février, les cadeaux d'anniversaire sont les bienvenus, une filmographie de Patrick Dewaere, me ferait infiniment plaisir ainsi qu'une aquarelle de Marie Laurencin ...