Danielle Berthet

Née au Sénégal de parents français. Académie Met de Penninghen à Paris, atelier du Louvre, école d'architecture à l'UP6 de Paris, puis de Grenoble . Vit et travail à Aix les Bains en Savoie (France).

contact : danyberthet@free.fr
le site : /www.danielleberthet.com/


Le guide de l'artiste: Tout ce que vous avez toujours voulu savoir pour émerger dans l'art

A l'adresse de tous les artistes, professionnels et amateurs, ce guide volontairement concret rassemble l'essentiel de ce qu'ils ont toujours voulu savoir pour émerger dans le monde de l'art contemporain en France et à l'étranger. Il apporte des réponses aux questions clés quand on veut réellement évoluer dans l'art, à la sortie d'une école d'art ou en autodidacte : Qui sont les acteurs du monde de l'art ? Quels sont les choix à faire au départ ? Comment assurer sa viabilité ? Quelles pistes pour développer sa visibilité ? Sorte de petite "bible" de conseils stratégiques et pratiques, Le Guide de l'artiste livre les conseils et les secrets utiles, et souvent étonnants, des plus grands spécialistes français : le curateur Nicolas Bourriaud, la directrice de la Fiac Jennifer Flay, le président du Prix Marcel Duchamp Gilles Fuchs, le collectionneur Guillaume Houzé, le galeriste Emmanuel Perrotin et le directeur du Palais de Tokyo Marc-Olivier Wahler, qui interviennent aux côtés des plus grands collectionneurs, galeristes, directeurs d'institutions et curateurs de la scène internationale. Mais c'est aussi un carnet d'adresses regroupant en un seul volume plus de 1 500 contacts et adresses de professionnels et d'organismes d'art contemporain : lieux d'exposition, centres d'art, galeries, foires, biennales et festivals, mais aussi bourses, prix et résidences d'artiste, sans oublier les écoles d'art, revues et éditeurs liés à la scène contemporaine. Visant à offrir au lecteur la plus large visibilité du monde de l'art contemporain en France et à l'étranger, Le Guide de l'artiste est un ouvrage destiné à devenir un incontournable pour ceux qui veulent faire de l'art le coeur de leur vie.

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Le petit interview intempestif de : DANIELLE BERTHET 
par Jean-Paul Gavard-Perret

 


Qu'est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le désir de vivre, de vivre encore, de ce qui est à venir et que j'ignore encore. Voir la lumière, différente chaque matin, la première chose que je fais est ouvrir les fenêtres et les volets; continuer le travail en cours !

Que sont devenus vos rêves d'enfant ? Ils sont toujours là, ils habillent ma vie, sont mon refuge, et quelques fois merveilleuses j'en vis un! ou je crois en vivre un.. c' est déjà ça quand j'étais petite fille le jour où j'ai découvert par hasard avec mes crayons de couleur qu'avec du bleu et du jaune je pouvais faire du vert a été une émotion inoubliable, l'ouverture d'un monde à rêver, à créer là la magie !! tout ce qui a suivi vient aussi de là. J'ai oublié d'être archéologue, j'ai été très peu architecte, mais je continue à rêver que je vole...

A quoi avez-vous renoncé ?
A tout ce qui sature le regard et masque l'essentiel, à toutes les certitudes, sclérosantes et à tout comprendre.

D'où venez-vous ?
Question vertigineuse... du début du monde par amours successifs (enfin j'espère..), de l'amour de mes parents, colons et libres penseurs, et d'ancêtres cheminots, enseignants et sourciers .pour rester terre à terre ( mais est ce le mot ?), je viens d'outremer, de l' océan et de la brousse, de Miles Davis et des tam-tam.. l'arrivée en France, la perte de mon Afrique a été un déchirement, mon pays ne me reconnaît plus, et je n'en fini pas de décoder cet autre monde où je vis depuis, et me sens toujours étrange (erre..). Je viens du jardin où j'ai sifflé en duo avec un merle qui est parti interloqué

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?
Rien. je crée depuis l'enfance un monde où je pourrais vivre, c'est à la fois mon travail et ma vie

Un petit plaisir quotidien ou non?
Un carré de chocolat noir avec un café noir, lire au soleil.

Qu'est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Tout dépend de la distance : de loin, pas si loin peut-être, nous sommes semblables; à quelle distance voit on les différences? je ne sais pas en fait tout est là: où est ma place? ça bouge tout le temps...mal au cœur et il y a autant de réponses que d'artistes et d'humains, c'est pourquoi j'ai eu du mal à terminer ce questionnaire !

Où travaillez vous et comment?
Dans ma tête partout, tout le temps; envies et images déclenchées par ce que je vois, ce que je vis; ça devient parfois envahissant, obsédant. Tous les matins je lis, je prends des notes, remplis des carnets; il y a des périodes vides de ça et elles m'inquiètent; le passage à l'acte est plus difficile, et pourtant à peu près quotidien, l'après midi dans mes ateliers (un atelier de gravure avec la presse, un autre atelier pour la peinture, dessin..) ou sur ordinateur pour les photos; j'ai une sensation d'urgence, la peur de ne pas avoir le temps, tant de choses me traversent et je me sens si lente! lassitude de dire, de faire ce qui me semble évident; j'ai souvent la tentation de passer à la suite avant d'avoir achevé; mais quand je suis dans la matière ce sont des moments très intenses, tendus, parfois jubilatoires, rarement paisibles, où tout est possible

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?
Dans la période de mûrissement, je n'aime que le silence, ou plus exactement ma musique intérieure. Ensuite lorsque "ça" démarre j'ai besoin de musique, jamais de radio; je cherche la musique qui correspond à ce que je suis et ce que je vais faire à ce moment là, c'est une question de vibrations et de rythme. Lorsque j'ai trouvé je l'écoute souvent en boucle, et parfois très fort; c'est très varié, ça change tout le temps: Satie, Marin Marais, Philippe Glass, Lou Reed, William Sheller, Brad Meldhau, Count Basie, Miles Davis... Bashung, les Beatles, Nirvana, Pearl Jam, Leonard Cohen, du reggae, de la country... beaucoup de groupes rock, beaucoup de jazz, j'aime découvrir, le dernier Radiohaed par exemple, je l'adore... et parfois rien, le silence

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Depuis l'adolescence je relis assez régulièrement DH Thoreau (Walden ou la vie dans les bois), utopiste engagé désobéissant non-violent, poète et philosophe, moi qui ne cesse de m'égarer, sa lecture me ramène à l'amour d'une terre vivante. Marguerite Duras, son écriture est ma respiration, elle est ma voix, ma mémoire, mon oubli, mon absence-présence au monde,. Proust, par petits bouts feuilletés, parce qu'il n'enferme rien, ni les mots, ni les phrases, ni les sentiments. Samuel Beckett, pour ses mots-trous noirs, son écriture blanche sur fond blanc, son humour; et en ce moment "Entre chats" de William Burroughs... Chaque relecture me montre le chemin que j'ai parcouru (ou pas!)

Quelles taches ménagères vous rebutent le plus ?
Toutes. J'aime les rituels, mais pas les routines

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Il y en a beaucoup dont l'oeuvre me touche infiniment : Cy Twombly, Giuseppe Penone, Sean Scully, Edward Hopper, Zurbaran... ils ont ouvert des voies d'exploration qui me fascinent mais mon travail n'en est pas proche; ils sont mes repères, c'est vers eux que je retourne quand je perds le fil.

Quel film vous fait pleurer ?
Tous les films de Charlot quand j'étais petite. Easy Rider. Out of Africa

Un endroit mythique pour vous ?
Réponse grand rêve: le ciel, l'océan, le désert, tous les déserts, là où tous les possibles sont à tracer, ou à enfin renoncer
Réponse marche ou rêve: la route, toutes les routes, les routes américaines, la route 66 des pionniers..
Réponse (b)rêve: New York, la ville rêvée, le coeur battant du monde

Que défendez-vous ?
Des utopies: la liberté, le respect des hommes et du monde , peace and love for ever...

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?
Ce serait alors un jeu intellectuel et unilatéral, le contraire de l'amour mais il faudrait peut être lire tout Lacan, et donc tout Freud, pour comprendre vraiment cette petite phrase définitive..

Et celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?"
C'est croire que tout est possible, et vouloir le croire, c'est ne pas se méfier de ce qui va advenir, ou plutôt en accepter d'avance les erreurs, les errances, les souffrances, les nôtres, et celles de l'autre: c'est croire à l'amour. J'adore Woody Allen et son humour, c'est à dire la distance à laquelle il se tient du désespoir