Jean-Claude BELEGOU
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photo inédite de J-C Belegou
courtoisie de l'auteur pour Arts-up


Le petit interview intempestif de : JEAN-CLAUDE BELEGOU
par Jean-Paul Gavard-Perret



Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La lumière, les chats qui réclament leurs croquettes, le désir absurde de poursuivre l’œuvre.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je faisais surtout des cauchemars. Si on prend rêve au sens métaphorique, très tôt je me suis renfermé dans l’imaginaire et la solitude et ne pouvais concevoir autre chose que d’ être artiste. D’une certaine façon j’ai poursuivi ces obsessions. Il n’y a que de la liberté dont j’ai dû faire mon deuil comme tout le monde.

A quoi avez-vous renoncé ?
A vivre, à flâner au soleil dans le jardin, à bouquiner, à partir en villégiature !. A me tenir dans une vie strictement contemplative ce qui aurait été profondément l’autre pôle de mes désirs : ne rien faire, ne pas prendre part au monde, le mépriser, peut-être même me faire moine, non par foi, je suis parfaitement athée, mais pour me retirer du monde.
C’est une vie de sacrifice qu’une vie dédiée à la création puisque d’action c’est-à-dire d’immersion dans des tas de problèmes quotidiens pratiques ( le temps, l’argent, les moyens de créer par exemple, la marche des ordinateurs) et d’une action tournée vers une seule fin, exclusive donc.


D’où venez-vous ?
D’ailleurs. Socialement parlant, historiquement parlant, culturellement parlant.

Qu’avez-vous laissé tomber ?
Réponse : la révolution.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Peut-être d’être intempestif, indifférent aux modes et aux goûts de mon époque. De n’en faire qu’à ma tête, de mépriser l’instrumentalisation actuelle de la culture (ce mot fourre tout asphyxiant). De vouloir peut-être encore faire une œuvre intérieure. De poursuivre mes obsessions.

Où travaillez vous et comment?
Essentiellement chez moi, si on fait exception de quelques créations faites dans le Grand Nord ou en Italie. C’est ce que j’ appelle la clôture, le territoire. Des prises de vues aux tirages d’exposition tout est fait dans cette vielle bâtisse habitée plus que toute autre. Je travaille toute la journée, tous les jours que la vie me laisse, sans pauses

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?
Je n’écoute jamais de musique en travaillant. Je travaille, concentré, dans le silence total d’une encore (relative) campagne. Et puis la musique n’est pas faite pour se distraire, elle mérite l’attention et une autre concentration !Mais nous écoutons, avec ma compagne, de la musique chaque soir, de la musique dite classique, lyrique, contemporaine, du jazz, de la chanson parfois aussi.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
La poésie a longtemps été pour moi la seule lecture. Elle demeure la quintessence de toute littérature et peut-être même de l’art tout entier. Si à quinze ans je n’avais pas découvert la poésie, je serais mort d’ennui dans ce monde gris, opprimant, et désenchanté. Aussi je relis volontiers les poètes : Apollinaire, Guillevic, et même ce vieil imbécile d’Aragon par exemple.

Quelles taches ménagères vous rebutent le plus ?
Les tâches répétitives comme la vaisselle, je ne déteste pas par contre les gros ménages spectaculaires : les vitres, les lessivages, etc.

Quels sont les artistes (peintres, photographes) dont vous vous sentez le plus proche ?
Ceux qui ont fait des tableaux qui sont autant d’espace de méditation, de contemplation et non d’illustration. Dans la peinture il y en a tant ! En photographie il y en a si peu : pêle-mêle me viennent les noms de Legray, JM Cameron, Weegee, Drtikol, Lartigue, Weston, Moholy-Nagy, Lewis Carroll, Stieglitz, Brassaï, Rodtchenko, Pierre Boucher… et Sylvaine Branellec bien sûr.


Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un grand Prix avec une très grosse dotation.

Que défendez-vous ?
Il n’y a plus rien à défendre de ce monde. Tout au plus peut-on essayer de résister des deux fers, traîner les pieds le plus qu’on peut pour être moins vite emporté vers le pire.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?
Elle me fait penser à un livre de François Georges, satire féroce dans les années 70 du dit Lacan, qui s’appelait l’effet tuyau de poêle je crois.

Et celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?".
Il ne faut jamais répondre à une question sans en connaître la teneur, on s’expose alors à tous les périls.