Jean ANGUERA

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Contrats du monde de l'art
de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière... ... » la suite


Enfin ré-édité et mis à jour

La Galerie d'Art
de Marie-Claire Marsan

,

Tout savoir sur les usages de la profession ; connaître les recommandations indispensables pour l'établissement d'un contrat artiste-galerie....

"Qu'est-ce qu'une galerie d'art aujourd'hui ? Comment fonctionne-t-elle au quotidien ? Quel est son rôle dans le milieu de l'art ? Cet ouvrage s'adresse au public, aux artistes et à tous ceux qui souhaitent créer une galerie. Il permet de guider chacun dans ses démarches, qu'elles soient artistiques, commerciales, juridiques ou fiscales. Car ouvrir une galerie est avant tout affaire de passion et d'engagement. C'est choisir d'être au coeur de la création, en constituant le lien indispensable entre l'artiste et l'amateur... cet ouvrage fait le point complet sur les réglementations juridiques de la profession."

L'auteure
Marie-Claire Marsan, est Déléguée Générale du Comité Professionnel des Galeries d Art. La CPGA représente les galeries françaises auprès des pouvoirs publics et les conseille. Le soutien du CPGA porte sur la gestion : fiscalité, douanes, social... (sécurité sociale, taux réduits pour les uvres originales...) ; il veille à l éthique par un code de comportement envers les artistes, les clients acheteurs ou vendeurs et Points forts Cette ré-édition a été mise à jour.

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Le petit interview intempestif de : JEAN ANGUERA
par Jean-Paul Gavard-Perret

 



Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
A une époque j'ai pensé que j'étais sculpteur au sens ou Mozart était musicien. La sculpture est naturelle pour moi

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
J'ai l'impression que mes rêves d'enfant étaient déjà adultes. Enfant je réalisais des petites figurines avec lesquelles je jouais. Selon le jeu elles avaient des tailles différentes. Les plus grandes étaient déjà des petites statues. Progressivement j'ai acquis un souci du détail et j'ai amélioré mes connaissances anatomiques. Vers treize ans ma mère m'a inscrit à des cours hebdomadaire de nu. On y dessinait quatre heure de suite , j'étais infatiguable. Pendant la semaine je reproduisis le modèle sous forme de statuettes. A dix neuf ans je suis entré dans un atelier de sculpture des Beaux-Arts A suivie une période de mon existence pendant laquelle s'exprimait une volonté affirmée d'évolution. Je souhaitais inventer un langage plastique original pour traduire des émotions, des sentiments ou des désirs qui ne pouvaient pas arriver à la conscience autrement que par un travail particulier de la forme. Plus largement traduire ma réalité d'homme. La sculpture est-elle autre chose que la représentation de soi? Peu à peu je me suis rendu compte à quel point les choses étaient liées, l'intention, le sujet, les moyens d'expression et l'expression de même que le moment et le lieu. Il y a une sorte de présent de la pensée qui fait la réalité. Considérée dans la durée cette réalité ressemble à un mélange de tangible et de rêve, de conscient et d'inconscient. Il y a une découverte c'est celle de l'ici et maintenant et en se resserrant sur cet "ici et maintenant" il prend une consistance en dehors du temps, une consistance de sculpture.

A quoi avez-vous renoncé ?
Vers quinze ans j'aurai aimé devenir Rodin cet homme qui rassemblait la puissance, la passion et les sentiments. Puis je me suis rendu compte qu'il était un héritage mais pas un exemple. Il me semblait nécessaire d'être très modeste et de rester dans une proximité de moi-même. En somme de me trouver sans user de moyens extraordinaires. Pour moi la sculpture est devenue une aventure de l'esprit. J'ai donc renoncé aux grands gestes, aux techniques compliquées. J'ai cherché à simplifier, à me limiter à la forme-signe, à la forme-sens une démarche qui m'a fait peu à peu et paradoxalement découvrir que ce qui m'intéressait c'était uniquement traduire le corps de l'homme et dans une situation dépourvue de toute narration ou plutôt c'est à dire que je n'arrivait pas à extraire l'idée de la chair. comment représenter de la matière pensante à partir de nous-même matière pensante et puis cette matière dehors cet autre et la réalité intime de la pensée, cette source intarissable comment la couler dans l'obscurité de la matière, le mobile dans l'immobile. je pense qu'enfant j'étais plus proche. En fait dans ma sculpture il y a une profonde nostalgie.

D’où venez-vous ?
Ce que je sens surtout c'est ma nature humaine. Je n'ai pas l'impression de venir de quelque part (même si ma famille est composée essentiellement d'émigrés et que j'ai eu la chance de vivre sept années en Auvergne un endroit particulièrement aimé que j'ai du quitter à contre-cœur: je ne suis donc pas de la Beauce, un lieu qui d'une certaine façon n'existe pas, un lieu inhabitable parce que dépourvu de repères. Un lieu où l'homme s'ingénie à effacer tout repère avec une sorte de désespoir. la surface de la terre est un immense rejet et pourtant c'est une surface vivante. Elle est entièrement tournée vers le ciel comme un gigantesque autel) Je ne vient donc pas je suis d'ici avec un sentiment très fort de fraternité à l'égard des autres hommes.
Il reste cela d'une précédente réponse: j'émerge de la terre mais ma force de déplacement vient du ciel.

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?
Je crois être fataliste et superstitieux tout en étant enthousiaste alors je ne crois avoir rien "plaqué"à part peut-être des avantages matériels. En tout cas ce que j'ai plaqué ce n'est en rien dû au fait que je sois artiste

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Il m'arrive de rencontrer des artistes qui me ressemblent et que je comprends très vite, même si je n'apprécie pas toujours leur travail.
L'artiste a socialement une formidable aura. Je n'aime pas les artistes qui ont voulu être artiste. J'aime ceux qui ont voulu être peintre ou sculpteur et surtout ceux qui ont eu besoin de l'être. Alors ils sont très rares et généralement considéré comme n'ayant pas de talent.
En tant qu'artiste je me sens mal dans ma peau. J'ai une grande aversion pour l'institution parce qu'elle est arrogante alors qu'au mieux elle est un mal nécessaire, elle s'arroge de plus en plus le droit de sanctionner le fait artistique.
Profondément je ne vois pas ce qui me distingue des autres artistes. je suis plus artiste qu'eux?

Où travaillez vous et comment?
Je travaille ici et bientôt. Comment? là, j'ai l'impression que c'est trop vaste!

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?
En ce moment j'alterne les œuvres pour piano de Liszt par Jorge Bolet et celles de Mozart par Christian Zacharias, c'est une bonne combinaison. Parfois quand je dessine je mets la musique très très fort pour me saouler pour m'éviter aussi trop de réflexion, trop de repentirs qui finiraient par détruire tous les dessins. En sculpture la musique souvent me dérange.
Je mets beaucoup France Musique et j'écoute absolument tout. Je reprocherai cependant à France Musique de ne pas passer assez souvent des compositeurs contemporains, je trouve même cela assez grave, surtout qu'il n'y a pas de radio concurrente.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Il y a Proust que je lis par petits bouts depuis un peu plus d'un an. Quelques livres d'architecture de la collection "Architecture universelle" les textes et analyses sont très intéressantes.
J'aime revoir deux films d'Almodovar "Parle avec elle" et "Volver" en versions originales.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Je n'ai pas beaucoup voyagé. J'ai eu la chance d'aller au Japon pour une exposition et j'ai été très impressionné par Tokyo, mais aussi par Kamakura et Hikko qui sont proches. J'aime aussi Barcelone avec des questions d'origines familiales. En règle générale je suis très sensible à "l'esprit des lieux". Aussi chaque village autour de chez moi m'apparaît porteur d'une sensibilité particulière au monde. Il y a dans leurs situations, dans leurs géographies, leurs paysages des nuances intéressantes parfois fondamentales.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Les arts primitifs c'est à dire Chaldéen, Egyptien, Sumérien, Chinois des premières dynastie mais aussi les Arts préhistoriques, ils me parraissent proche de l'homme , ils ont la force d'une nécessité, ils ont une antériorité et aussi une capacité de présence.
Les "primitifs Italiens" et la peinture flamande, les Metsu, les Teniers, les Breughel, etc... pour leur extraordinaire humanité
Mais les artistes actuels vivants partageant avec moi le monde et l'époque. Ils sont fondamentaux mais je ne les distingue pas je pioche dans leur travail, j'aime de ci de là et peu importe qu'ils soient peintre photographe, poète, cinéaste etc. ce sont mes alter ego ils m'interrogent, m'étonnent, m'aident à voir le monde, mais ils ne sont pas modèles

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
J'aimerai que soit accroché dans le sapin de Noël la possibilité de faire une exposition. La plus grande partie de mon travail n'a jamais été montré. Mais il y aussi beaucoup de projets que je ne peux réaliser faute de moyens. Souvent à la fin de l'hiver j'éprouve ce sentiment d'étouffement, de ne pouvoir faire, de ne pouvoir montrer.

Que défendez-vous ?
Je ne défends pas les idées, ce sont souvent des réductions autoritaires de ce phénomène incernable mouvant inventif étonnant, déroutant illimité qui s'appelle la vie. Même ce partage philosophique entre réalité intérieure et réalité extérieure, classique et absurde partage du réel et de l'imaginaire (où commence et où s'arrête le réel? et si l'imaginaire ne fait pas partie du réel, de quoi fait-il partie? etc)
Je défends l'homme bien sûr et j'aimerai avoir le courage de défendre sa modestie face à la création. Mais la question suivante me souffle la réponse, celle du sentiment amoureux qui ne nous appartient pas mais qui nous traverse et qui me semble la bonne boussole, l'aimant, le désir, ce sentiment amoureux qui réalise et nous donne au final l'état du monde.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?
C'est un peu facile de dire que ce qui arrive à Lacan ne me regarde pas. A priori je redoute les phrases avec "on" ce sont paroles d'être qui surplombe. Il faut croire que les intellectuels se reproduisent comme les plantes grâce au vent.
Plus sérieusement je dirai que dans le quotidien de mon travail l'échec est la règle et curieusement la réussite a une nature d'évidence et malgré cela elle est difficile a reconnaître. Peut-être parce qu'il y a un peu de réussite et d'échec en tout?

Et celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?".
Enfant je voyais le modèle et j'essayais de le reproduire. Mon bonheur était là. Maintenant je suis conscient que ce que j'essaye de reproduire n'est pas ce que je vois immédiatement. Peut-être simplement m'est-il plus difficile de voir. Fondamentalement il y a ce désir de reproduire la réalité, même si cette dernière a acquis une nature plus intérieure à force d'étonnements et d'interrogations.
En tout cas à la question de savoir pourquoi dois-je reproduire la réalité, à quoi cela sert-il?
Je ne sais pas si la réponse est oui
Ce questionnaire a valeur d'intermède, de toutes façons?