Michel Katz
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michèle katz


Art et Fiscalite, Droit Fiscal de l'Art 2011
par Véronique Chambaud

La fiscalité française de l'art est de plus en plus complexe. A la multiplication des réglementations s'ajoutent les difficultés nées de la qualification fiscale des activités artistiques et des oeuvres d'art. Cet ouvrage, entièrement mis à jour, donne les repères indispensables pour comprendre et utiliser le droit fiscal de l'art. Il clarifie les problématiques de la fiscalité du marché de l'art et examine les obligations et impositions des intervenants culturels, tant professionnels qu'amateurs. Il présente les mesures de soutien à la création artistique et en évalue l'incidence sur le statut fiscal des artistes selon leur spécialité (plasticiens, photographes, graphistes). Il étudie les régimes fiscaux spécifiques de l'art tels que l'imposition des revenus artistiques, de l'atelier d'artiste, l'achat d'oeuvres à un artiste, le mécénat culturel, la vente d'art sur l'Internet, l'acquisition de trésors nationaux, la taxation des ventes publiques, la TVA, etc.. Méthodique et pratique, à jour des dispositions applicables en 2011. » disponible chez Amazon

Le petit interview intempestif de : MICHELE KATZ 
par Jean-Paul Gavard-Perret



Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Mon réveil est dans la tête, ce n'est plus l'objet strident du même nom. Je suis donc un être libre. A cinq heures du matin, la nuit encore quand l'atelier m'adresse un signe, en bas. A 10 heures quand l'angoisse guète et qu'il me rejette.  

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je me parle toujours en bons termes. Mes rêves d'enfant étaient des cauchemars : je me cache dans la huche à pain comme le 7ème chevreau car les allemands me cherchent. Un train à toute vitesse me sépare de ma mère. Mon père revient me voir après sa mort, mais il a une boule blanche à la place de la tête et je ne le reconnais pas. Je note encore mes rêves aujourd'hui. Ils m'apprennent autant que ma peinture sur moi et sur le autres.

A quoi avez-vous renoncé ?
C'est fou! A rien. Mais en fait j'ai viré selon des tournants plus ou moins brusques pour garder ce que je voulais garder.  J'ai renoncé à avoir une maison. J'ai renoncé à avoir beaucoup d'argent. J'ai renoncé non pas à l'amour et à la sexualité mais au couple établi comme une institution. Dès que j'ai été trop bien installée, j'ai déménagé, ou fait déménager. J'ai six petits enfants : j'ai renoncé à avoir raison. 

 D’où venez-vous ?
Lié à la question : où allez-vous? La neige blanche de la montagne m'a appris  l'écriture en creux, le dessin avec le noir des  petites branches et les traces. la neige sans trace m'a appris l'immensité et la peur de l'immensité. La neige du Nord de l'Europe et la neige des montagnes n'est pas la même, sauf pour moi. L' histoire de "Un homme véritable", tombé de l'avion, il marche dans la forêt pleine de neige, et il se sauve, épuisé, blessé mais vivant. Je me suis échappée une nuit avec mon frère, à huit ans, de la colonie pour orphelins de guerre et aller dans un autre monde, à ski. On n'a pas été loin. Une autre fois nous les trois enfants de ce père juif et de cette mère savoyarde on a passé tout un hiver, j'avais 6 ans, dans un chalet perdu au-dessus de Boëge, gardés par une jeune fille, On mangeait du "Serac", et on pissait au lit. Les allemands ne sont pas montés. Mais nous étions  bien gardés, nous n'avons pas connu les atrocités. Le curé m'a dit : "ah non pas toi, Michou", lorsque je suis rentrée dans l'église pour manger le petit gâteau  blanc et rond  que je voyais mis dans le bec ouvert des autres enfants à la queue-leu-leu dans la nef. Dans le salon de mon grand' père Jules Dufour notaire qui épousa une huguenote de Genève, issue d'une famille franc-maçonne il y avait un  immense tableau. Mon arrière grand'mère debout peignant un tableau retourné comme je vis plus tard le grand espagnol faire. Elle n'avait pas la croix de Malte, mais un  superbe tablier en moire et collerette. Une palette aussi à la main et ses pinceaux. Que peignait-elle? Je disais, quand on me posait la question : d'où venez-vous? Je viens d'elle. Son sourire imperceptible et doux  m'accompagne dans mon atelier encore aujourd'hui depuis la mort de ma mère. Je savais que je lui ressemblais. Dire que mon père était mort était juste impossible, mais surtout à penser. Je n'ai pas connu la famille de mon père, ni le père ni la mère de mon père. J'étais une étrangère des deux côtés. Mon grand' père paternel Antoine Katz, juif allemand, quitta l'Allemagne, épousa Florence Muller, eut son fils en 1911, se naturalisa français en 1912 et fit la guerre de 14 contre les allemands. Mon grand' père Dufour, oui, Dufour,catholique, se tira une balle dans l'index droit pour ne pas la faire.

Qu'avez-vous reçu en dot ? 
Je vois que je viens en partie de répondre à cette question. On est doué parce que l'on vous a donné. On m'a donné beaucoup. Ce père le juif athée mort assassiné m'a ouvert les portes de la Tora et de la politique, les a refermées, m'a laissé toute ouverte ma liberté après une vie pour se tromper et recommencer. Je n'ai peur d'aucun humain.
La peinture, chez moi, vient des femmes, et  je n'ai jamais été  impressionnée par le machisme des hommes et des femmes à propos d'être une artiste : ceci est un vrai cadeau.   
Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Rien. ou plutôt je n'en sais rien.
Un petit plaisir - quotidien ou non ? Tout tient sur le quotidien chez les femmes, surtout, chez moi : la cuisine, les jolies choses. Ce qui se répète ne me gène pas. En vieillissant le cycle de la vie se simplifie pour garder l'essentiel. Dormir pendant la sieste dans le jardin au soleil, plaisir grand. Sortir avec l'un de mes petits enfants aussi.

 Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Ce n'est pas à moi de le dire, artiste au pas.
Comme artiste, j'ai découvert quelque chose que personne n'a vraiment approfondi. Celui qui  l'a inventé, Jasper Jones, n'a pas voulu  le faire : "It's too ghostly" said he. Quatre gribouillons que j'ai vus. Rien d'autre à sa rétrospective de Cologne en 1995. C'est moi qui ai repris ce flambeau depuis 1993 de la trace du corps avec de l'huile. Il ne le sait pas. Pas plus que les historiens de l'art. Il suffira de lire deux textes que j'ai écrit dans "Chemins" édité par Aréa en 2007.  
Où travaillez vous et comment ? J'ai un rythme annuel, selon les saisons. L'hiver je suis très peu productive. Je pars dans un grand atelier en Bourgogne dès le grand soleil et je prépare en  peu de mois ce que je ne peux faire à Paris. A Paris, le temps de peindre s'égrène différemment. Je suis alors comme un chasseur: je guette le lièvre qui va sortir de son terrier, je dois me surprendre. En cela, ce que je fais est un métier, car là, il y a un savoir particulier.  

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?
alors c'est un fond sonore. 
Quel est le livre que vous aimez relire ? El libro de Arena de Jorge Borgès.  
Quel film vous fait pleurer ? L'idiot de Lars Van Trier.
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ? Qui je suis à cette seconde-là. 
A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? A Sartre, mais j'étais jeune.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? 
Que voulez-vous dire par mythe? Jérusalem est un mythe. Mais cela lui donne-t-il une valeur pour moi? Je n'en sais rien..Je n'accorde justement pas de valeur aux mythes. Ce sont des mythes, non des sources de valeur. Ce à quoi j'accorde de la valeur devient-il un mythe? Non ?
L’artiste a ajouté ensuite dans un autre envoi :
Mythe : je dis : Jérusalem est un mythe : pour certains, le mot ou/et la ville a une valeur.
Le mythe préexiste au fait que je lui donne de la valeur.
La Shoah n'est pas un mythe : c'est un fait historique : certains disent que c'est un mythe dans le sens  d' "imaginaire". Pour moi, pourtant il y a un avant absolu Shoah et un après absolu , et pas de mythe....
 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
De moi. Michèle Katz. Je est un autre.
 Je me sens proche de plein d'artistes, de toutes les époques de n'importe quel pays. C'est un royaume où je peux exercer ma boulimie J'adore toute la peinture, même la mauvaise. Demain je la trouverai peut-être bonne. J'aime découvrir ce qui est couvert. Ca me fascine comme un labyrinthe. La peinture ne répond qu'aux questions qu'on lui pose. Je regarde cela: qui est derrière cette chose que je regarde et dont je peux dire : où pourrait-elle être? Je n'aime pas Renoir et ses boudins roses. J'aime Odilon Redon de tout temps.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? 
Une grand salle d'exposition dans un magnifique espace. De l'amour. De la musique. Un grand atelier. Un jardin. Des fleurs. Des bijoux.
Que défendez-vous ?  Une possibilité de continuer à peindre et transmettre. La fin de l'opacité concernant le nucléaire, la démocratie, la justice concernant les peuples.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? 
Et pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien?

Enfin que pensez vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Rien.