Sabine Delahaut

sabine delahaut

Burin, roulette et pointe sèche sur cuivre (2010)

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Contrats du monde de l'art
de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière.
Après avoir précisé le cadre juridique des droits de l'artiste sur ses œuvres, les règles de rédaction et négociation des contrats du monde de l'art, il propose  . ... » la suite

 

 

 

Le petit interview intempestif de : SABINE DELAHAUT 
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? 
La promesse d’une journée productive… ou le chat qui gratte à la porte.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je ne me souviens pas de mes rêves d’enfant, par contre j’ai de fréquents rêves d’enfance qui me nourrissent intensément.
Les rêves et souvenirs d’enfance sont un terreau des plus fertiles.

A quoi avez-vous renoncé ?
A rien, Je laisse certaines choses de côté, momentanément, pour me consacrer à d’autres, mais ça n’est pas définitif.

D’où venez-vous ?
De la confiance placée en moi par les gens que j’aime. Concrètement, je suis née à Liège, Belgique.

Qu'avez-vous reçu en dot ?
De très belles histoires d’amitiés.

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?
Un travail que je voulais quitter.

 Un petit plaisir - quotidien ou non ?
Un morceau de chocolat noir, recevoir une letter manuscrite.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Tout et rien, c’est une question qui ne s’adresse pas à moi.

Où travaillez vous et comment?
Les idées germent face au spectacle de la rue, dans les transports en commun, dans mes rêves ou lors d’une conversation. Je les ébauche ensuite chez moi, grâce au dessin, assise à un coin de table. Vient alors la transposition sur une plaque de cuivre que je grave à l’aide de toutes sortes d’outils de taille douce, le burin étant le principal. J’imprime ensuite des épreuves, en couleur ou non. Ce travail d’impression, je le réalise dans un atelier de gravure qui se trouve dans le 14ème arrondissement de Paris.
Pourquoi la gravure?
Le geste même de la gravure, celui de  laisser une trace qui se révèlera être un relief tangible, une petite boursouflure sur le grain du papier, comme un fil posé, me fascine.
C’est un geste ancestral, simple et beau.
Je privilégie le burin par rapport à l’eau-forte (dont je n’apprécie pas le coté aléatoire et que je n’utilise qu’exceptionnellement pour travailler des fonds), car il me permet de maîtriser mon sujet de bout en bout.
Le burin pousse la ligne vers l’avant, étire le temps dans un geste hypnotique, rassurant. Il est parfois nécessaire de bloquer sa respiration afin de manoeuvre une plaque de grand format, car c’est toujours la plaque qui bouge et donne le mouvement à la ligne et non le burin.
Enfin, la gravure est une passion dévorante…..
Celle du cuivre vierge, et plein de promesses qui s’offre généreusement à l’assaut des outils et que j’aime caresser incessamment pour vérifier l’absence d’aspérité ou pour combler ses creux de blanc d’Espagne et ainsi révéler le dessin au fur et à mesure de son éxécution.
C’est aussi la passion des beaux objets que sont les outils et geste de leur affûtage.
J’aime cette noble vieille dame qu’est la presse, alliée imposante faite d’engrenages, de rouleaux et de plateau.
J’aime aussi les mots de la gravure: encre, huile, papier, grain, filigrane, grattoir, ébarboir, roulette, burin, pointe sèche, tarlatane, spatule, trousser, essuyer, lange, berceau, fantôme, tirage, épreuve….
Tout comme ces parfums d’ateliers et d’encres chauffées,….
La gravure est art confidentiel, discret et silencieux qui implique un partage de savoir et une transmission.
La gravure est mon refuge.

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?
Aucune le plus souvent.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
L’homme-jasmin de Unica Zurn,
Trilogie New-Yorkaise de Paul Auster,
La montagne magique de Thomas Mann,
La Gana de Jean Douassot.

Quel film vous fait pleurer ?
Les médiocres.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ?
Moi, la plupart du temps, mais il m’arrive de ne pas me reconnaître.

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?
A moi-même, car je n’ai jamais réussi à tenir un journal….

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Une fôret ancienne avec de très hauts arbres. 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Ceux avec lesquels je peux échanger simplement et partager des expériences de travail intense.
J’aime El Greco, Dürer, Memling, Holbein, Paul Klee, Max Ernst, Louise Bourgeois,  Kiki Smith, Vija Celmins, Luc Tuymans, Michael Borremans, Hopper…

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un vieux chien abandonné.

Que défendez-vous ? 
La cause animale.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?
Rien de particulier, je ne partage pas cette opinion..

Et celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?".
Avez-vous pris du plaisir à répondre à cet interview?