Valérie Pavia

Valérie Pavia, la plus russe des vidéastes françaises, occupe depuis plusieurs années une place particulière dans le paysage de l'art vidéo. Dans un onirisme du quoditien, et afin de mieux accommoder les restes de notre civilisation, il s'agit d'abord pour elle de collecter de l'immédiat en laissant flotter son objectif dans l'événement. A la recherche des pulsions de vie interlopes qui battent au fond des êtres, Valérie Pavia n'en est pas pour autant moraliste : évaporée dans une sorte de distance qui la protège, mais chargée d'un savant dosage de naïveté et de malice, elle constate impunément. Et vise juste...
» Amazon


Le petit interview intempestif de : VALERIE PAVIA
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le bonheur de vivre le matin car c'est bien le meilleur moment de la journée. Le matin ressemble à l'enfance. Après les choses se tassent et on oublie justement le rêve de la journée qui se cache chaque jour dans le temps du matin.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je ne les pas encore trahis car je ne suis toujours pas devenue une adulte.

A quoi avez-vous renoncé ?
C'est trop tôt pour le savoir. Je le comprendrai à la fin de ma vie.

D’où venez-vous ? 
De cette petite étincelle d'amour qui existait entre mes parents lorsque eux mêmes étaient loin de toute apesanteur.

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?
Comme pour la question sur le renoncement,  je le saurai aussi plus tard.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? 
Peut-être le fait de ne pas être sûre d'être vraiment une artiste. Je ne souhaiterais pas avec le temps me dire qu'être ou se désirer artiste ne soit justement qu'une illusion.

Où travaillez vous et comment ?
Partout et tout le temps même et surtout quand je ne fais rien. Dans mon sommeil. Et dans les endroits qui sont propices à la réalisation du rêve, sans être pour autant coupée du monde: les trains de nuit, les brasseries de gare, les hôtels, certains cafés et les bibliothèques de théologie.

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?
Le plus de silence possible. Et le brouhaha indistinct du monde qui tourbillonne quand je suis dans un café. La musique des rails.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
J'ai deux bibles: Le livre de l'Intranquillité  de Fernando Pessoa et Ouvertures hassidiques de Marc-Alain Ouaknin. Un pour le rêve, la mélancolie et l'éternité et l'autre pour se reprendre, pour remettre des ballerines.

Quelles taches ménagères vous rebutent le plus ?
Ayant eu un petit accident à l'annulaire droit, je suis hélas ou heureusement dispensée de presque toutes les taches ménagères.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? 
Seuls les musiciens me touchent vraiment car ils me semblent plus proches de la vérité, des musiciens comme Glenn Gould, Sviatoslav Richer… Je me sens proche d'eux par le désir que j'aurais de leur ressembler tout en sachant que je n'ai pas le centième de leur talent.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? 
Rien. Juste la présence de vrais amis.

Que défendez-vous ?  Rien aussi.  Juste essayer de se défaire de nos illusions qui nous empêchent de vivre.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas š quelqu'un qui n'en veut pas"?  
C'est vrai. Il n'y rien à ajouter. Je n'ai toujours pas été confrontée la réciprocité du sentiment amoureux.

Et celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" 
J'y répondrai par une autre phrase pleine d'humour et à laquelle je crois profondément : " La réponse est le malheur de la question."(C'est juste un petit clin d'œil pour votre questionnaire)