Bob Verschueren

Bob Verschueren : « Autodidacte, j’ai débuté mon parcours par la peinture. Peu satisfait des limites que m’imposait la toile, je me suis tourné vers le paysage, dans lequel je suis intervenu directement avec des pigments naturels. Ainsi sont nés, en 1978, les Wind paintings. Ce tournant radical vers l’éphémère m’a fait choisir les éléments de la nature comme moyens d’expression. En 1985, j’ai réalisé ma première installation végétale, proposant ainsi aux visiteurs, une œuvre où le processus de dégradation était en jeu. (…) Mes installations, plus souvent à l’intérieur de lieux d’expositions qu’à l’extérieur, sont autant de réflexions sur l’indéfectible lien entre la vie et la mort »

» le site de Bob Verschueren


Dialogues entre Nature et Architecture
Bob Verschueren

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Depuis 1992, le Festival des jardins du Domaine de Chaumont-sur-Loire constitue un panorama étonnant de l’état de la création paysagère dans le monde. À la fois mine d’idées et pépinière de talents, le festival redynamise l’art des jardins et intéresse le public et la profession en présentant de nouveaux fleurissements, de nouveaux matériaux, des idées et des approches novatrices. En collaboration avec ce festival incontournable de l’art des jardins, l’ASBL belge, Façons de voir, crée le Festival Art et Nature, à Chaudfontaine, dont la première édition s'est ternue au printemps 2010. En parallèle à cet événement, l’ASBL prévoit la publication de deux livres par an, dans un esprit de collection : Au printemps : un catalogue sur l’artiste invité d’honneur du Festival ; À l’automne : un livre contenant pour moitié de la théorie (sujet : thème du festival) et pour moitié le catalogue des œuvres des artistes et intervenants partageant un catalogue sur des intervenants et de la théorie. L’artiste, invité d’honneur en 2010, est Bob Verschueren, dont Mardaga a déjà publié une monographie très remarquée en 2008, Dialogues entre nature et architecture Cette publication, Natura Humana, est consacrée uniquement aux installations en extérieur, et notamment aux projets pour le festival de Chaudfontaine, toujours dans cette perspective de l’art comme lien entre l’homme et la nature.
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Le petit interview intempestif de : BOB VERSCHUEREN
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?

Probablement que la réponse la plus honnête est : « Il n’y a pas de temps à perdre ». Les temps perdus ne se rattrapent jamais, or il me semble important de faire quelque chose de sa vie. C’est peut-être bien ça l’œuvre qu’on a à faire, forger sa vie.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?

Des milliers de rêves d’enfant se sont succédés, l’un chassant l’autre. J’avais surtout cette conscience de la fragilité de la vie qui générait en moi de l’inquiétude.

A quoi avez-vous renoncé ?

Je n’ai pas l’impression d’avoir renoncé à beaucoup de choses. Bien plus d’avoir accueilli des tournants, d’avoir redressé la barre, quand je sentais que la direction prise n’était pas la bonne. Ainsi, avoir abandonné la peinture a été bien plus une libération qu’un renoncement.

D’où venez-vous ?

Je viens d’une famille où, dès mon enfance, mon père me disait que la pire chose qui puisse m’arriver, c’est de devenir artiste. Pour lui, il voulait m’éviter une vie en bâton de chaise, avec une fin tragique. Tous les clichés de l’artiste maudit le hantait.

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?

Rien, en ce sens que je n’ai jamais eu l’envie de devenir riche. Pour moi, la vraie richesse est dans la qualité de la vie. Être est bien plus important qu’avoir.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?

Répondre à cette question, ce serait non seulement prétendre connaître parfaitement les autres artistes (et peut-être même les mettre tous dans le même panier !), mais aussi imaginer qu’une comparaison puisse donner des informations intéressantes.

Où travaillez vous et comment?

 Partout. Quand je suis chez moi, c’est dans mon atelier que je travaille. Dans ce cas, l’espace relativement réduit me fait faire des travaux de petite taille, par exemple les « miniatures végétales ». Quand je suis ailleurs, je travaille dans les lieux d’exposition. Cette nécessité de devoir s’adapter aux différents lieux me motive beaucoup.

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?

Je travaille rarement en musique. Peut-être parce que je suis trop mélomane que pour considérer la musique comme un « décor sonore ».

Quel est le livre que vous aimez relire ?

Il y en a plein. J’aime particulièrement Francis Ponge, mais aussi Tabucchi, Pessoa, Michaux, Handke, etc.

Quelles taches ménagères vous rebutent le plus ?

C’est plutôt le bricolage qui me rebute. J’ai toujours cette frustration d’être peu doué pour scier une planche, reboucher un trou dans le mur, visser correctement etc. Cette incompétence peut me mettre en rage !

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?

Forcément ceux qui ont une réflexion sur le rapport art-nature, mais pas exclusivement. Je me sens proche de ceux qui me semblent les plus idéalistes, les Don Quichotte de l’art. Par contre l’art-business, la Jet-set de l’art ne m’intéresse pas du tout.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

Du temps. Il m’en manque souvent.

Que défendez-vous ?

Pas grand-chose. Je ne suis pas de ceux qui croient pouvoir sauver le monde. Tout ce que je souhaite, c’est faire autant que possible du bien aux autres, les aider à se poser les questions fondamentales, les aider à faire le tri et évacuer tout ce qui peut polluer notre vie : la haine, le mépris, l’égoïsme, …

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?

Ce genre de phrase ne m’inspire pas. Cela semble une sorte de faire valoir à l’usage des salons où l’on s’ennuie. Peut-être faut-il lire toute l’œuvre de Lacan pour comprendre ce qu’il a voulu dire par là.

Et celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?".

Parfois Woody Allen me fatigue. Je préfère celle de Groucho Marx: “Il vaut mieux parfois ne rien dire et passer pour un imbécile, que de l’ouvrir et confirmer qu’on en est un.”