Galeries d'Art et lieux d'exposition de France

Le MAN - Le Musée d'Art Naïf de Béraut dans le Gers
par Bernadette Mora

musée art naïf béraut

MAN - Musée d'Art Naïf, marginal et populaire
Château d'Ensoulès - 32100 Béraut
Tél. : +33 (0) 5 62 68 49 87



Marché de l'art et Gestion de Patrimoine
de Henri Mahe de Boislandelle

Ce livre a pour but : de préciser les concepts d'art, d'antiquité et de collection ; de montrer l'importance économique et sociale des marchés de l'art ; d'étudier la rentabilité des placements en objets culturels ; de fournir des outils d'aide au placement en objets d'art ; d'analyser les stratégies des intermédiaires (galeristes, antiquaires, courtiers, commissaires-priseurs, sociétés de vente aux enchères publiques, sociétés de courtage en ligne...) et des artistes ; de comprendre les logiques d'achat individuelles et institutionnelles.. Alternant analyses rigoureuses et conseils pratiques, cet ouvrage devrait intéresser : les amateurs d'art, d'antiquité et de collection ; les professionnels du marché des arts plastiques et des antiquités ; les conseillers en gestion du patrimoine (compagnies d'assurance, banques, investisseurs, fiscalistes, notaires...) ainsi que leurs clients soucieux de diversifier les placements, d'échapper à l'impôt (ISF) ou de le réduire (dation, mécénat, fondation...) ; les étudiants et chercheurs concernés par le commerce de l'art, le marketing, le management culturel ou événementiel.
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Art et Fiscalite, Droit Fiscal de l'Art 2011
par Véronique Chambaud

Cet ouvrage, entièrement mis à jour, donne les repères indispensables pour comprendre et utiliser le droit fiscal de l'art. Il clarifie les problématiques de la fiscalité du marché de l'art et examine les obligations et impositions des intervenants culturels, tant professionnels qu'amateurs. Il présente les mesures de soutien à la création artistique et en évalue l'incidence sur le statut fiscal des artistes selon leur spécialité (plasticiens, photographes, graphistes).
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Le Musée d’Art naïf (1) de Béraut (MAN) est situé en pleine campagne gersoise, dans un endroit vallonné, en face du village, de l’autre côté de  la route menant à Condom,  sur la propriété du château d'Ensoulès dans des bâtiments anciens (un ancien chai d’armagnac du XIVe s.). La façade, ornée de grands tournesols  (« Les tournesols du peintre », œuvre de Gilles Brasseur, peintre gersois d’origine parisienne) met déjà dans l’ambiance.
Ce Musée a été fondé en 2004 par monsieur Albert Laporte, qui était biologiste de formation. A la fin de son service militaire, à l’âge de 21 ans, il fut séduit par un tableau du peintre naïf Raymond Riec. Cette œuvre déclencha chez lui un « coup de foudre » l’incitant à continuer ses recherches et ses achats dans cette voie spécifique. Il présente sur le site Internet du Musée dans une vidéo l’histoire de sa passion pour l’art naïf et l’aboutissement de celle-ci concrétisée par la création du Musée de Béraut.
De part sa profession Albert Laporte fit de nombreux voyages à travers le monde, fonda une ligne de cosmétiques, et put ainsi acquérir des œuvres naïves dans divers pays. Se trouvant en Espagne avec son épouse Ana, il ouvrit un musée dédié à l’art naïf à Figueras, espérant que la proximité du Musée Dali attirerait des visiteurs ; cette création ne répondit pas suffisamment à ses attentes.  Par la suite, Albert Laporte s’installa dans le Gers, où il ouvrit le Musée actuel, consacré donc à l’art naïf et populaire, avec une petite salle présentant en outre quelques productions de l’art dit art brut.
Le Musée invite à découvrir sur 1000 m² plus de 520 oeuvres en constante rotation, d'artistes naïfs et marginaux du monde entier.

 

lloveras
Christian Lloveras
Les collines de la nuit – détail
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J. Glozik
Campagne en hiver

Sur deux niveaux, ces œuvres sont disposées sur les murs et sur des panneaux double face, ce qui fait que la visite demande un bon moment si l’on veut profiter de la grande variété des artistes présentés ; à vrai dire on ne peut, même en y consacrant deux heures tout voir comme il le faudrait, tant dans certains cas la richesse en détails est grande, et si l’on veut vraiment regarder tout ce qui fait la vie de ces tableaux, on pourrait passer des grands moments de contemplation !
Au rez-de-chaussée, une exposition-vente présente des peintures mais aussi d’autres objets, bijoux, sculptures, sur des panneaux et dans des vitrines ; les expositions-ventes sont renouvelées, et donnent l’occasion d’acquérir à des prix raisonnables des œuvres originales .
J’avais déjà il y a deux ans à peu près visité le Musée, j’en avais gardé un souvenir très agréable, celui d’un lieu plein de fraîcheur pour l’esprit, de ravissement pour le regard. J’y suis revenue tout récemment, et je pense que j’irai à nouveau d’ici quelque temps, étant donné que les œuvres présentées ne sont pas toujours les mêmes.
Le nom exact et complet du Musée est  : Musée d’Art naïf, marginal et populaire. La définition de l’art naïf peut varier : en général on appelle « naïfs » des artistes autodidactes, qui n’ont pas reçu de formation spécifique pour pratiquer leur art, et donnent ainsi à voir dans leurs œuvres une interprétation personnelle, spontanée,  dénuée de principes rigides, ce qui fait toute la saveur de leurs productions. Les origines sociales de ces artistes sont en fait variées, on trouve ainsi une couturière d’origine russe, des policiers, un ambassadeur, un inspecteur des impôts, un restaurateur, des ouvriers, un employé de banque, etc. ; donc il ne faut pas penser que ce  sont uniquement des personnes de condition modeste.
Cet art, ainsi que l’art dit « populaire » est présent dans des musées en France et dans d’autres pays, et dans de nombreuses collections privées. Il est vraiment reconnu comme une branche artistique à part entière dans certains cas, puisque un peintre comme Raymond Riec est présent au Louvre !
Le Musée possède des œuvres d’artistes de très nombreux pays, que je ne peux énumérer sans en oublier ; citons : France d’abord, Espagne, Belgique, Portugal, Italie, Espagne, Pologne, Brésil, Haïti, Equateur, Cuba, Indonésie, Canada, Russie, Chine…
L’impression générale est celle d’un bain de fraîcheur, de poésie, d’innocence, d’immersion dans un monde plein de sève, de vie, de spontanéité, et suscitant souvent l’admiration ressentie devant l’application de l’artiste qui a le souci du détail jusqu’à parfois un point extrême. Si on regarde les œuvres de Marcel Favre (1907-1972), on voit avec quelle minutie sont rendus les détails des édifices, pierres des façades, pavés, tuiles, feuillages, tout est dans le même esprit de précision. D’autres peignent des scènes de paysage avec une grande richesse et une variété étonnantes dans la façon dont ils représentent les arbres, les fleurs, les animaux, qui sont très souvent des éléments importants des scènes (comme dans « Trafic intense » amusant tableau de Zoppi, la circulation devant se faire pour canaliser le déplacements des bêtes). Les chats sont particulièrement  aimés des peintres naïfs, mais d’autres animaux également, animaux de ferme ou autres moins courants, tiennent une grande place dans les compositions picturales.

zoppi compagnia degli asinelli
Zoppi
La compagnia degli asinelli
bonniol ferrus
Danielle Bonniol-Ferrus
Petites vacances provençales


Les peintres adeptes de l’art dit populaire présents dans le Musée, sont des sortes de reporters, qui nous montrent des scènes tels que fêtes privées ou publiques, matches de football, corridas, etc. Il est absolument stupéfiant de voir combien de personnes figurent souvent sur ces tableaux, combien de visages sont représentés, ce qui donne une impression de vie extraordinaire, même si la facture est assez maladroite et sommaire ; ce qui frappe dans cette peinture c’est la simplicité, l’absence totale de prétention ; il s’en dégage une jubilation fort réjouissante.
J’ai, en ce qui me concerne, particulièrement apprécié des peintres comme Giuliano Zoppi, pour la finesse de ses créations, le chatoiement des couleurs  ; Guido Vedovato, pour le côté cocasse de son interprétation des formes animales ; Christian Lloveras, pour les paysages oniriques et bucoliques, Glosik… tout ceci sans exclure d’autres, bien sûr, comme aussi Joseph Claret et ses chats, par exemple.
On pense parfois devant certains tableaux grouillants de personnages au foisonnement si vivant de scènes peintes par Bruegel ; devant d’autres on pense à Chagall, à Dufy, pour la disposition des visages et corps dans l’espace ; parfois aussi on trouve quelques traits proches du surréalisme, bref on a affaire à un monde riche en diverses réminiscences sous-jacentes, qui affleurent parfois à la surface de l’œuvre.

Le site Internet du Musée donne les horaires et tarifs de visites. Le parking est gratuit, et donne l’occasion d’apprécier l’agréable paysage dans lequel s’insère le bâtiment. De plus, visiter ce musée permet de parcourir les villages et bourgs proches, et donne l’occasion de se promener dans le département du Gers, riche en monuments, paysages agréables… et aussi en trésors gastronomiques !

Bernadette MORA
bermoradette@laposte.net

(1) L’art naïf (connu bien sûr entre autres, par le biais d’un personnage célèbre comme le douanier Rousseau, figure emblématique !). Georges Kasper l'appelle aussi l’art des « primitifs modernes »

Bernadette Mora
Née à Auch en 1938, Bernadette Mora a fait ses études à l'Université de Poitiers. Ancien ingénieur d'études au CNRS et spécialiste de l'épigraphie médiévale, elle est aussi une artiste reconnue qui expose au niveau international et dont les oeuvres sont présentes dans des collections privées de collectionneurs de nombreux pays (France, USA, Grande-Bretagne, Japon, etc.).