TOUS POUR UN – UN POUR TOUS !
par Bernadette Mora
En allant à Condom le lundi 6 installer mes tableaux pour mon exposition qui durera tout le mois de septembre 2010, j’ai découvert (et ce avec un grand plaisir !) sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre un groupe sculpté que je n’avais jamais vu là, et pour cause, puisqu’il n’y était que depuis le samedi 4.
Dans un premier temps il fut exposé au Grand Palais à Paris, dans le cadre de l’Exposition nationale russe. L’œuvre était destinée à être offerte par le sculpteur, Zourab Tsereteli, à Aymeri de Montesquiou, sénateur du Gers, descendant de la lignée familiale des d’Artagnan (et capitaine de la Compagnie des Mousquetaires de l’Armagnac). Aymeri de Montesquiou pensant que cette œuvre serait plus à sa place à Condom (où se tient le chapitre des Mousquetaires) que dans sa propriété de Marsan, décida donc de l’offrir à la ville de Condom. Il considère que les mousquetaires « sont un patrimoine de la Gascogne et du monde ».
La donation a été faite de façon très officielle ; l’acte a été contresigné par le président Dmitri Medvedev dans le cadre de l’année franco-russe.
La sculpture mesure 2,30 m de haut , plus de 4 m de long, et pèse 5,5 tonnes. Le maire de Condom, Bernard Gallardo, apprit qu’elle arriverait plus tôt que prévu, car elle ne devait pas finalement être exposée à Paris ailleurs qu’au Grand Palais. Il fallut trouver un endroit approprié pour l’installation de nos mousquetaires. Le sculpteur lui-même est donc venu à Condom, accompagné de l’ancien ambassadeur de Géorgie, Gotcha Tchogovadze, afin de choisir l’emplacement. Par la suite une équipe a passé plusieurs jours sur place afin de préparer l’opération de mise en place, avec toute la logistique nécessaire.
L’inauguration a réuni près d’un millier de personnes ; l’œuvre a été dévoilée en présence de la directrice générale de l’Unesco, Irina Bukova. A la suite s’ouvrait le 52e chapitre de la Compagnie des Mousquetaires de l’Armagnac (association de promotion de l’armagnac, de la Gascogne et l’« esprit mousquetaire », que préside donc Aymeri de Montesquiou).
Les représentations de d’Artagnan en sculpture sont assez rares. Outre celle, connue, située sur un palier de l’escalier monumental d’Auch, face au Gers (l’escalier monumental est en réfection, qui traîne…) , il en existe une à Maastricht (où il perdit la vie en 1673), une à Paris et une autre, copie de la statue auscitaine, devant l’Université de Cincinnati aux Etats-Unis. La statue d’Auch fut réalisée en 1931 par Firmin Michelet.
Les héros des « Trois mousquetaires » sont, pour la première fois, représentés tous les quatre, disposés en arc de cercle, entrecroisant leurs épées, scène qui évoque leur prestation de serment : « Tous pour un, un pour tous ». La ville de Condom a été honorée par ce magnifique cadeau, œuvre d’un artiste russo-géorgien, Zourab Tsereteli. Les visages des héros sont ceux des acteurs russes qui ont interprété les rôles des mousquetaires au cinéma.
On reconnaît facilement Porthos, à sa corpulence, d’Artagnan qui, ne faisant pas encore partie de la célèbre compagnie du capitaine de Tréville, ne porte pas la tunique comme ses trois compagnons. Aramis est placé près de lui, et enfin Athos complète le groupe. L’ensemble donne une belle impression de force, d’équilibre, de sereine majesté ; il est évocateur d’une histoire très populaire, connue grâce à Alexandre Dumas dans le monde entier.
Rappelons à l’occasion que d’Artagnan, Charles de Batz, naquit au château de Castelmore, à Lupiac, dans le Gers. Lorsqu’il partit pour Paris, il emprunta le nom de sa mère, Françoise de Montesquiou d’Artagnan. Artagnan était une seigneurie de Bigorre appartenant à la famille de son père. Sa vie réelle est connue, mais offre moins d’attraits romanesques que l’on pourrait le penser à la lecture des «Trois mousquetaires », de « Vingt ans après », et du « Vicomte de Bragelonne ». Gatien de Courtilz de Sandras écrivit les « Mémoires de Mr d’Artagnan, capitaine lieutenant de la première compagnie des Mousquetaires du Roi, contenant quantité de choses particulières et secrètes qui se sont passées sous le règne de Louis le Grand » (mémoires en trois tomes, chez l’éditeur Jean de Bonnot). Odile Bordaz a publié une biographie sous le titre : « D'Artagnan. Biographie Du Capitaine-Lieutenant Des Grands Mousquetaires Du Roy ».
Athos quant à lui, tire son nom d'Athos-Aspis en Béarn ; fils d'Adrien de Sillègue, seigneur d'Athos et d'Auteville, cadet de famille, il ne pouvait recevoir les seigneuries d’Athos et d’Autevielle destinées à son aîné. Etant cousin de Monsieur de Tréville, il put entrer dans le régiment des Mousquetaires en 1640, à la même époque que Porthos. Il mourut jeune, sans doute au cours d'un duel selon le registre des décès de l’église Saint-Sulpice à Paris à la date du 21 décembre 1643.
Le véritable nom de Porthos est Isaac de Portau, né à Pau le 2 février 1617, mort à une date inconnue. Il était issu d'une famille protestante du Béarn, originaire d'Audaux (Pyrénées-Atlantiques). Son père fut secrétaire du roi et des États de Navarre, personnage important, qui se fit anoblir grâce à l’achat de seigneuries. Porthos passa aux Mousquetaires, l’année même de la mort d’Athos. On le retrouvera ensuite garde des munitions à la forteresse de Navarrenx (Pyrénées Atlantiques).
Henri d’Aramitz ou Aramis, né vers 1620, est un abbé laïc qui a inspiré le personnage fictif d'Aramis. Comme Porthos, il appartient à une famille illustre du Béarn. À la différence des autres mousquetaires béarnais, il est d’origine militaire noble.
Ces personnages présentent évidemment dans la réalité de leurs vies respectives des différences par rapport à celles qui leur sont attribuées dans les romans de Dumas.
Quoi qu’il en soit, réalités ou imaginations, l’œuvre monumentale dont désormais peut s’enorgueillir la ville de Condom ne peut qu’attirer et faire rêver par sa beauté, sa prestance, son panache ; elle fait passer un souffle d’aventure et de romanesque ! Nombreuses sont les personnes qui viennent la contempler, la photographier, poser devant ces personnages emblématiques pour une photo. Une dame escrimeuse disait qu’elle viendrait avec son groupe d’escrimeurs, lesquels évidemment seraient à leur place devant les illustres héros !
De plus, il ne peut y avoir ici vis-à-vis du sculpteur de controverses et polémiques comme celles suscitées par la statue de Jean-Paul II (statue de 10 m de haut, qui fait maintenant l’attraction de la ville de Ploërmel) , par son projet de statue monumentale de Christophe Colomb (j’en ai entendu parler, à Condom par le patron d’un café situé sur la place, qui avait pendant plusieurs jours eu la clientèle de l’équipe du sculpteur). Ces controverses étant liées entre autres, à la personnalité et aux relations politiques de l’artiste, président de l’Académie des Beaux-arts de Russie. Mais pour nos mousquetaires, tout semble positif !
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Panache – Hommage à d’Artagnan J’ai toujours admiré ce qui a du panache, Bernadette Mora |
©Texte et photos Bernadette Mora






