Styles et mouvements artistiques
FUTURISME


Né en Italie au début du XXème siècle et largement influencé par le cubisme, le futurisme célèbre l'ère technologique, les machines, le mouvement et la vitesse.

Le Futurisme sera récupéré par le mouvement Novecento dans l'Italie fasciste sous Mussolini et mourra avec ce dernier.

Artistes représentatifs :
Filippo Tommaso Marinetti, Umberto Boccioni, Giacomo Balla, Carlo Carrà, Gino Severini


Umberto Boccioni
Weisses Haus in Dangast (1908)

Umberto Boccioni
La strada entra nella casa par (1882-1916)

Le bruit de la rue pénètre dans la maison.
Ce tableau peint en 1911 par Umberto Boccioni est une des œuvres les plus connues du mouvement futuriste. Il nous interpelle avec sa force graphique particulière sur la relation entre la maison et la rue rue, le silence et le bruit, l'intérieur et l'extérieur, la tranquillité et l'activité...


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Tuons le clair de lune !!
Manifestes futuristes et autres proclamations
de Filippo-Tommaso Marinetti


" Une automobile rugissante, qui a l'air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace. " La provocation de Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), lancée en l909 dans le " Premier Manifeste futuriste ", résume, de manière lyrique et violente, les contradictions de la modernité technique. Chef de file des futuristes, il déclare la guerre au passéisme et à la tradition. " Tuer le clair de lune ", sentimental et nostalgique : voilà le programme qu'il s'assigne. Il faut aller de l'avant, toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus haut, mais où ? Le futurisme incarne parfaitement cette morale prométhéenne de la vitesse qui est celle de notre temps.

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Fortunato Depero
Paysage urbain
Filippo Tommaso Marinetti
Extrait du Manifeste du Futurisme (février 1909)



Manifeste du Futurisme

1. Nous voulons chanter l'amour du danger, l'habitude de l'énergie et de la témérité.
2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l'audace et la révolte.
3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.
4. Nous déclarons que la splendeur du monde s'est enrichie d'une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre ornée de gros tuyaux tels des serpents à l'haleine explosive... une automobile rugissante, qui a l'air de courir sur de la mitraille, est plus belle que La Victoire de Samothrace.
5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige idéale traverse la terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite.
6. Il faut que le poète se dépense avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux.
7. Il n'y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues pour les sommer de se coucher devant l'homme.
8. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles !... À quoi bon regarder derrière nous, du moment qu'il nous faut défoncer les vantaux mystérieux de l'impossible ? Le temps et l'Espace sont morts hier. Nous vivons déjà dans l'absolu, puisque nous avons déjà créé l'éternelle vitesse omniprésente.
9. Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde –, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.
10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.
11. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte ; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes ; la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques ; les gares gloutonnes avaleuses de serpents qui fument ; les usines suspendues aux nuages par les ficelles de leurs fumées ; les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés ; les paquebots aventureux flairant l’horizon ; les locomotives au grand poitrail, qui piaffent sur les rails, tels d’énormes chevaux d’acier bridés de longs tuyaux et le vol glissant des aéroplanes, dont l’hélice a des claquements de drapeau et des applaudissements de foule enthousiaste.
C'est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd'hui le Futurisme, parce que nous voulons délivrer l'Italie de sa gangrène de professeurs, d'archéologues, de cicérones et d'antiquaires.

L’Italie a été trop longtemps le grand marché des brocanteurs.

Nous voulons la débarrasser des musées innombrables qui la couvrent d’innombrables cimetières.

Musées, cimetières !… Identiques vraiment dans leur sinistre coudoiement de corps qui ne se connaissent pas. Dortoirs publics où l’on dort côte à côte avec des êtres haïs ou inconnus. Férocité réciproque des peintres et des sculpteurs s’entretuant à coups de lignes et de couleurs dans le même musée.

Qu’on fasse une visite chaque année comme on va voir ses morts une fois par an ! Nous pouvons bien l’admettre !… Qu’on dépose même des fleurs une fois par an aux pieds de la Joconde, nous le concevons ! … Mais que l’on aille promener quotidiennement dans les musées nos tristesses, nos courages fragiles et notre inquiétude, nous ne l’admettons pas ! … Voulez-vous donc vous empoisonner ? Voulez-vous donc pourrir ?

Que peut-on bien trouver dans un vieux tableau si ce n’est la contorsion pénible de l’artiste s’efforçant de briser les barrières infranchissables à son désir d’exprimer entièrement son rêve ?

Admirer un vieux tableau c’est verser notre sensibilité dans une urne funéraire, au lieu de se lancer en avant par jets violents de création et d’action. Voulez-vous donc gâcher ainsi vos meilleures forces dans une admiration inutile du passé, dont vous sortez forcément épuisés, amoindris, piétinés ? En vérité la fréquentation quotidienne des musées, des bibliothèques et des académies (ces cimetières d’efforts perdus, ces calvaires de rêves crucifiés, ces registres d’élans brisés !…) est pour les artistes ce qu’est la tutelle prolongée des parents pour des jeunes gens intelligents, ivres de leur talent et de leur volonté ambitieuse.

Pour des moribonds, des invalides et des prisonniers, passe encore.

C’est peut-être un baume à leurs blessures que l’admirable passé, du moment que l’avenir leur est interdit… Mais nous n’en voulons pas, nous, les jeunes, les forts et les vivants futuristes !

Viennent donc les bons incendiaires aux doigts carbonisés !… Les voici ! Les voici !… Et boutez donc le feu aux rayons des bibliothèques ! Détournez le cours des canaux pour inonder les caveaux des musées ! Oh ! qu’elles nagent à la dérive, les toiles glorieuses ! À vous les pioches et les marteaux ! … Sapez le fondement des villes vénérables !

Les plus âgés d’entre nous n’ont pas encore trente ans ; nous avons donc au moins dix ans pour accomplir notre tâche. Quand nous aurons quarante ans, que de plus jeunes et de plus vaillants que nous veuillent bien nous jeter au panier comme des manuscrits inutiles !… Ils viendront contre nous de très loin, de partout, en bondissant sur la cadence légère de leurs premiers poèmes, griffant l’air de leurs doigts crochus, et humant, aux portes des académies, la bonne odeur de nos esprits pourrissants, déjà promis aux catacombes des bibliothèques.

Mais nous ne serons pas là. Ils nous trouveront enfin, par une nuit d’hiver, en pleine campagne, sous un triste hangar pianoté par la pluie monotone, accroupis près de nos aéroplanes trépidants, en train de chauffer nos mains sur le misérable feu que feront nos livres d’aujourd’hui flambant gaiement sous le vol étincelant de leurs images.

Ils s’ameuteront autour de nous, haletants d’angoisse et de dépit, et tous, exaspérés par notre fier courage infatigable, s’élanceront pour nous tuer, avec d’autant plus de haine que leur cœur sera ivre d’amour et d’admiration pour nous. Et la forte et la saine injustice éclatera radieusement dans leurs yeux. Car l’art ne peut être que violence, cruauté et injustice.

Les plus âgés d’entre nous n’ont pas encore trente ans, et pourtant nous avons déjà gaspillé des trésors, des trésors de force, d’amour, de courage et d’âpre volonté, à la hâte, en délire, sans compter, à tour de bras, à perdre haleine.

Regardez-nous ! Nous ne sommes pas essoufflés… Notre cœur n’a pas la moindre fatigue ! Car il s’est nourri de feu, de haine et de vitesse !… Ça vous étonne ? C’est que vous ne vous souvenez même pas d’avoir vécu ! Debout sur la cime du monde, nous lançons encore une fois le défi aux étoiles !

Vos objections ? Assez ! Assez ! Je les connais ! C’est entendu ! Nous savons bien ce que notre belle et fausse intelligence nous affirme. Nous ne sommes, dit-elle, que le résumé et le prolongement de nos ancêtres. – Peut-être … Soit ! Qu’importe ? Mais nous ne voulons pas entendre ! Gardez-vous de répéter ces mots infâmes ! Levez plutôt la tête ! …

Debout sur la cime du monde, nous lançons encore une fois le défi aux étoiles !

F. T. Marinetti
Directeur de Poesia

Librairie Arts-up
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Futurisme
de Sylvie Martin


L'art du passé est une grande absurdité qui repose sur des principes moraux, religieux et politiques. Ce n'est qu'avec l'art futuriste que l'art naît réellement. - Carlo Carra.

Première contribution à l'art moderne européen, le futurisme est en même temps l'un des moteurs les plus puissants de celui-ci. Se développant en réaction aux courants naturalistes et académiques du 19e siècle, il leur oppose une vision du monde radicale, dynamique et résolument tournée vers l'avenir. En février 1909, Filippo Tommaso Marinetti publie dans " Le Figaro " le premier Manifeste du Futurisme. Il y vante la beauté du mouvement et de la vitesse, mythifie la vie urbaine et les moyens de transport rapides, les jugeant, de manière péremptoire, bien supérieurs aux idéaux artistiques du passé. Autour de Marinetti se regroupent quelques artistes combatifs tels Giacomo Balla, Umberto Boccioni, Carlo Carra, Luigi Russolo, Gino Severini, entre autres. Leurs actions, leurs manifestes et leurs proclamations (" il faut brûler le Louvre ! "), visent consciemment à ébranler l'idéologie bourgeoise.


L'auteur :
Sylvia Martin (née en 1964) vit à Munich où elle travaille en free-lance comme commissaire d'exposition et auteur de livres d'art. Elle a soutenu sa thèse d'histoire à l'université de Cologne, a fait un stage au Kunstmuseum de Düsseldorf, et a travaillé comme commissaire d'exposition et assistante scientifique au Kunstmuseum ainsi qu'au museum Kunst Palast de Düsseldorf. Uta Grosenick (née en 1960) est éditrice et lectrice free-lance à Cologne. Elle a rédigé la publication des titres suivants pour les Editions Taschen : Art at the Turn of the Millenium, 1999 (en collaboration avec Burckhard Riemschneider) ; Women Artists, 2001 ; Art Now, 2002 ; (en collaboration avec Burkhard Riemschneider) ; Büttner, 2003. Depuis 2004, elle dirige la présente collection chez Taschen.


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Fortunato Depero, futuriste
De Rome à Paris, 1915-1925
de Gabriella Belli et Béatrice Riottot el-Habib


Futurisme

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