par Bernadette MORA
Tous les jours ou presque je lis, j’entends, des choses qui font frémir l’amoureuse de la langue française que je suis.
Même des personnes qui d’après leur fonction devraient avoir une culture les mettant à l’abri des erreurs que je remarque, en commettent des grosses.
Le relatif « lequel » fait les frais d’une désaffection incompréhensible en ce qui concerne sa forme au féminin ; j'ai même entendu un académicien lors d’un discours oublier de l’accorder (il a corrigé dans la forme écrite sur internet).
On entend ainsi des choses telles que : « la table sur lequel il est posé », exemple entre mille fautes commises pour une raison qui m’échappe. En tout cas j’ai l’impression que des mots tels que celui-ci sont comme des chevilles ou des vis qui, mal utilisés, font que l’édifice dont ils assurent la cohésion, petit à petit, se lézarde, se fendille, craque. Je n’arrive toujours pas à comprendre la raison de cette étrangeté : est-ce donc si difficile d’accorder ce pronom ?
Les accords de participe – ah, oui, parlons-en – parce que même les plus élémentaires parfois ne sont pas respectés : «les habitudes pris », ou choses de ce genre. Quant aux formes plus élaborées, alors, là, rares sont les personnes qui font l’accord tel qu’il doit être. On entend aussi souvent des dames dire : « Je me suis permise » – et, non, madame : il faut dire : « Je me suis permis ».
Je ne dois pas oublier les formes interrogatives devenues des : « Vous faites quoi ? Vous habitez où ? Vous êtes qui ? » ; les pléonasmes et répétitions inutiles, du genre : « Dans ce jardin on y voit », « Les viticulteurs ouvrent leurs portes de leurs chais », et autres exemples, parmi ceux entendus ou lus.
Beaucoup d’internautes écrivant sur des blogs me feraient m’arracher les cheveux, confondant allègrement les verbes « être » et « avoir », les participes passés et les infinitifs, les démonstratifs et les pronoms réfléchis. Si on a le malheur de le faire remarquer, on se fait parfois presque insulter. Je ne parle même pas de ce langage SMS absolument désastreux, si irritant, souvent à peine compréhensible ; et pas non plus de détails tels que l'emploi des majuscules à tort ou à raison, des traits d'union oubliés : ce sont des subtilités qui échappent à une énorme majorité de personnes.Bref on pourrait faire un thesaurus horribilis avec tout cela.
J’ai entendu aussi dire « Ségolène Royal n’est pas prêt à…. » ; et d’autres manques d'accord de ce genre, mais pourquoi diable ? Ceci de plus en plus fréquemment, alors que nous voyons des féminins complètement stupides et étymologiquement incorrects tels que « auteure », «professeure », « procureure », que je me refuse catégoriquement à employer ! Parce que les formes féminines des mots terminant en -eur sont en – euse, ou – trice, suivant la forme masculine du mot, tout d’abord, et aussi parce que pour prononcer ce e final qui est de surcroît censé être muet, il faudrait presque dire : « professeureu », n’est–ce pas ? Ce qui est bien laid.
J’ai vu un reportage télévisé sur des élèves d’un lycée hôtelier, qui ne savaient pas écrire « toque », et le professeur leur demandait comment ils écrivaient « tour de cou », se demandant sans doute s’ils savaient le faire. Etant donné qu’une élève a eu du mal aussi à soustraire 10 euros de 165, je me demande ce qu’on a bien pu leur apprendre durant leur scolarité.
Je connais une jeune professeur de français qui se désole de l’ignorance de ses élèves et se ferait taper sur les doigts par les inspecteurs si elle voulait leur enseigner les conjugaisons. Elle déplore de ne pouvoir faire son travail correctement.
Ma grand-mère était allée à l’école jusqu’à 12 ans, seulement ; elle avait travaillé ensuite. Elle est décédée à 95 ans, et même dans ses dernières années lorsqu’elle écrivait, elle ne faisait pas de fautes d’orthographe. Ma mère n'avait pas appris le latin, mais les racines latines et grecques des mots, ce qui est fort utile, pour tout le monde.
Je me souviens d’une dictée – je devais avoir 8 au 9 ans - où il était question de « prairies émaillées de fleurs », je suis sûre que maintenant même des étudiants ne l’écriraient peut-être pas correctement. La même année, j'apprenais à faire des analyses logiques et grammaticales, rendues amusantes avec des gommettes de couleur ; tout ce qu'on apprend à cet âge-là de façon correcte reste. Ne pas profiter de la fraîcheur de l'esprit et de l'intelligence toute neuve des enfants pour leur inculquer des éléments indispensables, et qu'ils n'oublieront pas, qui faciliteront la structuration de leur savoir, est vraiment regrettable.Par ailleurs cela les habitue aussi à respecter des règles, chose dont beaucoup auraient bien besoin, lorsqu'on voit le manque de respect, poussé parfois à l'agressivité non seulement verbale mais physique parfois, manifestée par des enfants de plus en plus jeunes. Si on n'inculque pas les bases dans les petites classes, comment rattraper ensuite ce déficit ? Nous avons à notre disposition pourtant actuellement un riche éventail d'outils pédagogiques performants et qui devraient permettre une approche ludique de tous ces enseignements dans le primaire.
Maintenant, on met 11 sur 20 à une copie au bac, le candidat a fait 206 fautes d’orthographe (je n'invente rien, j'ai reçu un courrier sérieux venant d'enseignants qui le mentionnait). En Faculté, on lit des copies qui en sont bourrées. Je serais curieuse de savoir si nos « professeurs des écoles » n’en font pas ?
Je me demande avec inquiétude ce que va devenir notre langue, si personne ne réagit. Je ne parlerai même pas des anglicismes superflus (lorsqu'une expression ou un mot en français convient tout aussi bien), non, simplement de toutes ces négligences, fautes, erreurs, pertes de sens, de ce laxisme (répandu dans notre société à beaucoup de points de vue) qui fait que notre trésor linguistique est en grand danger.
Tout ce qui fait la richesse, la délicatesse, la subtilité, la saveur, la grande qualité de notre langue, certes difficile - mais a-t-on dans la vie de la qualité sans efforts ? - tout cela va-t-il peu à peu disparaître ? Il faut qu'une langue évolue, certes, j'en suis bien consciente, mais pas de cette façon désastreuse !
Je suis tombée à la boulangerie de mon village (à propos d'une affichette : « trouver chien ») tout à fait d’accord avec un monsieur qui pensait que l’appauvrissement du langage permet de mieux dominer et influencer les gens : évidemment ! Plus le langage est pauvre et mal maîtrisé, plus la pensée s’en ressent, et plus les personnes sont faciles à manipuler. Il paraît que les adolescents ont un vocabulaire bien pauvre par rapport à celui de leurs aînés.
J’attends avec impatience et en me demandant qui enfin va réagir, que l’on revienne à un enseignement correct dès le plus jeune âge. Que l’on ne nous dise pas que ces pauvres enfants ne peuvent assimiler très petits ce que nous, personnes d’âge, nous arrivions à apprendre sans pour autant être traumatisés.
Mon fils rouspète, me dit-il, contre les fautes lues dans « Libération ». Quand il était petit le directeur de son école primaire m’avait dit que l’orthographe n’avait pas tellement d’importance. Bravo, on voit les résultats ! Heureusement, il a suivi quelques cours chez une ancienne institutrice qui habitait notre immeuble. En ce qui me concerne j’ai passé trop d’années à rédiger des dossiers et relire des manuscrits avec une très grande attention pour supporter sans réagir toutes ces horreurs lues ou entendues !
Messieurs les académiciens, peut-être pourriez-vous vous remuer un peu ? et essayer de secouer les enseignants, les politiques ? Je ne sais pas ce qu’il faut faire exactement ; en tout cas réformer l’Education nationale sans remous est plus difficile que de faire passer un chameau par le chas d’une aiguille ! Pourtant, si nous continuons ainsi, la catastrophe sera inévitable : décadence linguistique, littéraire, culturelle… Qui corrigera les copies, les journaux, les livres ? Y aura-t-il encore des personnes capables de le faire ?
Bernadette MORA
nadette.mora@laposte.net
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