Tribune libre : Bernadette MORA

La tribune d’Arts-up est ouverte à tous : l'objectif est de promouvoir de réels échanges entre les artistes ou entre les artistes et leurs publics, dans un esprit constructif et courtois, mais en dehors de toute langue de bois.

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up



Bernadette Mora

Née à Auch en 1938, Bernadette Mora a fait ses études à l'Université de Poitiers.
Ancien ingénieur d'études au CNRS et spécialiste de l'épigraphie médiévale, elle est aussi une artiste reconnue qui expose au niveau international et dont les oeuvres sont présentes dans des collections privées de collectionneurs de nombreux pays (France, USA, Grande-Bretagne, Japon, etc.).

Bernadette Mora à « La Terrauboise »
32700 TERRAUBE
janvier-février 2009


Guide juridique et fiscal de l'artiste
et de l'entreprise artistique
par Véronique Chambaud

L’artiste et l’entreprise artistique jouissent d’une place atypique dans l’économie. Leur statut juridique, fiscal et social est à part, à la mesure de l’originalité de leur activité. Ce statut concerne les producteurs d’oeuvres d’art stricto sensu. Dans cette acception, l’entreprise artistique concerne les acteurs des arts graphiques et plastiques : peintres, sculpteurs, graveurs, photographes et certains illustrateurs ou designers. Elle peut s’étendre aux marchands d’art, car les galeries sont également soumises à un régime dérogatoire du commerce. Les artisans d’art (céramistes, verriers, etc.) se situent entre les artistes et les artisans. Leur statut comporte également quelques spécificités. Cet ouvrage permet aux protagonistes du marché de l’art qui en vivent professionnellement ou occasionnellement de profiter pleinement des avantages à leur disposition et de déjouer les pièges pour conduire et réussir un vrai projet d’entreprise.
Public concerné : Artistes, artisans d’art, marchands d’art, galeries.

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Fig. 1 - Toulouse, Musée des Augustins,
épitaphe de Pierre Bernard (1173)



Fig. 2 - Toulouse, Musée des Augustins,
pierre tombale de Marquise de Lias (1293
)


Fig. 3 - Toulouse, Musée des Augustins,
fondation de la chapelle Saint-Jacques
(XIIIe-XIVe s.)

Ecriture, architecture, et autres arts
par Bernadette MORA

 

Lorsque je travaillais au « Corpus des inscriptions de la France médiévale », je m’étais intéressée à l’évolution de la forme des lettres dans les inscriptions. La discipline nommée épigraphie étudie les inscriptions sur  supports dits « durables », c’est-à-dire la pierre, le métal, le verre, l’émail, le bois, l’ivoire, l'orfèvrerie, mais aussi les peintures murales, les tissus, mais ne prend pas en compte l’écriture des manuscrits. Elle s'attache à ce qui est en quelque sorte de la publicité ou de l'identification, parfois de la narration.On ne saurait interpréter, par exemple,  l'iconographie d'un chapiteau historié si une inscription y figure et que l'on n'en tient pas compte.
A l'époque carolingienne on trouve une belle écriture (influence de la capitale romaine) ; on observe une certaine dégradation aux Xe-XIe s. ; puis en allant vers le XIIe s. une reprise vers une plus grande qualité, ainsi qu'une abondance de conjonctions de lettres (fig. 1), l'usage d'onciales (au tracé arrondi), de lettres ornées, fleuronnées, perlées, etc. . Au XIIIe s. on voit moins de liaisons de lettres, les onciales se généralisent.

C’est surtout à partir de l’écriture des XIIe-XIIIe s que ma réflexion a débuté, car j’ai à ce moment-là réfléchi sur le parallélisme de l’évolution que j’observais entre les formes architecturales et les formes des onciales. Les écritures des inscriptions  évoluent de façon un peu différente suivant les pays et les régions (il est des endroits reculés dans lesquels persistent des formes devenues archaïques, tant dans l'architecture que dans l'écriture). Si l’on prend comme exemple l’évolution de la forme du E oncial, on voit très bien comment cette lettre se transforme. Des petits appendices ou crochets apparaissent au bout des extrémités et de la traverse ; ensuite ces appendices se rejoignent : la lettre se ferme, puis le tracé devient plus anguleux ; la même évolution s’observe pour les M, les U, etc. On arrivera à la minuscule gothique, qui  fera place au XVIe au retour de la capitale romaine.

En même temps, donc,  que ces modifications interviennent, le plein cintre de l’architecture romane va faire place à la croisée d’ogives, avec tout d’abord la voûte simple puis plus tard la complexité apparaît avec la voûte divisée en compartiments par les liernes et les tiercerons ; le premier gothique fait place au gothique rayonnant, puis celui-ci cède la place au gothique flamboyant. La pierre tombale de la photo  (fig. 2) montre la concordance entre l'écriture et l'arc trilobé qui surmonte la défunte. L'inscription de fondation de la chapelle (fig. 3) présente des formes tout à fait fermées, même dans les T et les S.
J’ai pensé également à la musique : on part de la monodie, du plain chant, et on arrive à la polyphonie telle que celle de Pérotin le Grand (1160-v. 1230), puis plus tard, de Guillaume de Machaut (1300-1377), entre autres musiciens. Le mouvement est le même : du plus simple au plus complexe. Plus tard arrivera la polyphonie de la Renaissance, pendant que l’architecture gothique devient plus raffinée en ce qui concerne les bâtiments civils, cédant peu à peu la place au style de la Renaissance.

Le goût pour les formes effilées après la période romane, où prédominaient les arrondis,  s’observe également dans l’habillement au XVe s. : hennin, chaussures à la poulaine. Dans le mobilier (crédences, sièges, coffres) on voit une transposition dans le décor des formes de l’architecture.
Bien plus près de nous, au temps de l’art nouveau, on voit les ornements en volutes d’édifices tels que la maison Horta à Bruxelles avoir leur pendant dans l’écriture des affiches de l’époque. et bien sûr dans l’art (entre autres) de Gallé, dans le mobilier, dans la décoration des intérieurs, dans la peinture. Le style des meubles,  de l’architecture et également de l’écriture publicitaire,  vers les  années 1930 et plus tard,  se caractérise par un goût des lignes droites, un aspect géométrique, qui va en s'accentuant ; on peut le remarquer dans les publicités, les titres des films, etc.
A notre époque je pense que les tags et le rap se rapprochent par leur côté rugueux et brut, je ne m'appesentirai pas là-dessus – ne supportant pas les tags que je ressens comme une agression visuelle imposée (j'ai toujours peur qu'en soient « gratifiées » des façades de monuments historiques !) et le rap écorchant mes oreilles – je laisse à ceux qui les apprécient le soin de les analyser !

Ce texte est ouvert aux remarques et réflexions, bien sûr, et peut permettre de découvrir d'autres parentés, sans doute. Je n'ai pas comme lorsque je travaillais des dictionnaires, encyclopédies et autres ouvrages à ma disposition – les recherches sur internet sont quand même bien utiles ! Par ailleurs, j'ai depuis ma retraite d'autres occupations prenantes (comme la peinture !) et pour creuser vraiment le sujet il faudrait plus de temps que celui que je veux y consacrer maintenant.
Bernadette MORA

Bernadette Mora
bernadette.mora186@orange.fr

N.B. Ces inscriptions sont présentées dans le fascicule 7 du « Corpus des inscriptions de la France médiévale » consacré à la Ville de Toulouse, paru en 1982 aux éditions du CNRS ; volume auquel j'ai collaboré (sous le nom de Leplant) avec Jean Michaud et Robert Favreau sous la direction de + E.-R. Labande

 


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