par Hamid BOUHIOUI
C’est, à chaque fois, comme une première rencontre. Il se prépare soigneusement et vérifie si tout va bien. Il se demande comment le rendez-vous va se passer. Tout en harmonie ou du genre difficile à gérer ? Si elle va lui plaire ou le décevoir. Lui donner du bonheur ou le faire souffrir.
Il se demande si elle va être belle, ordinaire ou laide. Comment va-t-elle paraître et dans quelles couleurs ? Tristes ou gaies? Franches ou timides ? Il passe des heures, parfois des journées à penser à sa future toile. A s’y préparer. A imaginer une situation, puis en voir une autre, diamétralement opposée.
Un sentiment complexe où la joie est mêlée au doute et aux questions sans réponses.
Voilà ce que l’artiste peintre vit chaque jour. Une vie dépourvue de certitudes. Mais il se sent prêt à tout donner pour perpétuer ces sentiments de doute. A sacrifier des années de formation s’il le fallait, à lâcher des postes importants et à snober la sécurité du prévisible. Il est prêt à tout abandonner pour les quelques minutes de vrai bonheur que ces questions lui procurent chaque jour. Il se sent privilégié.
Il se demande ce qu’est ce sentiment de bonheur qu’il éprouve à chaque fois en peignant? En jouant avec la peinture, les liquides aux odeurs nauséabondes et les divers matériaux ! Comme un enfant qui barbotte dans la boue, concentré sur son jeu.
Qu’est-ce qui le pousse à continuer à peindre même quand il est en difficulté devant des situations dont il ignore les solutions? Qu’est ce qui fait que, même épuisé, il peut peindre durant des heures sans se plaindre? Comment se fait-il qu’il peut lire un livre sur la peinture sans s’ennuyer une seule seconde alors qu’il a, quelques fois, un mal fou à lire les simples tables des matières de certains best-sellers ?
Qu’est-ce qui fait qu’il a envie de fracasser le téléphone lorsqu’il sonne dans l’atelier, au mauvais moment ? Pourquoi atteint-il cet état d’impatience, de nervosité et parfois même d’une sorte de légère dépression quand il reste trop longtemps loin de son atelier ? Et pourquoi est-il capable de passer si rapidement de la rage à l’euphorie ?
C’est quoi cette flamme qui le brûle, le consomme, le saisit, le maîtrise, le possède, le tord, puis, le caresse et l’emmène chaque jour dans un nouveau voyage dont il ne connaît jamais que le point de départ? C’est sûrement cela, la passion !
La passion, ce carburant qui alimente l’inspiration des artistes. Qui leur fait aimer la vie et les choses ! « Le paradis c’est aimer beaucoup de choses avec passion » (Pablo Picasso.)
Un être passionné est plus fort que plusieurs aux sentiments ordinaires. Tout le monde peut apprendre à dessiner, à jouer à la guitare, à écrire ou à maîtriser un sport, mais seulement les passionnés sont capables d’avancer au point d’inspirer les gens. L’art sans passion ne mène à rien de mémorable. L’art, c’est la passion, sinon rien.
Hamid BOUHIOUI
bouhioui@yahoo.com
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